HISTORIQUE
On peut dire que le problème de l’anesthésie chirurgicale s’est posé dès qu’il y a eu des chirurgiens : Et bien longtemps avant notre ère, on cherchait à diminuer la douleur, ou à la supprimer par des moyens variés, dans l'opération de la circoncision, pratiquée d’une facon générale à cette époque.
Mais les efforts des chirurgiens pour obtenir l’anesthésie locale ou générale, restèrent vains, ou à peu près; la médecine avait besoin du secours de la chimie; et c'est grâce aux grands progrès de cette science à la fin du XVIII et au commencement du XIX° siècle, grâce à la découverte et à la connaissance exacte des gaz et des liquides volatils, que les inhalations des diverses substances, à propriétés anathésiques spéciales, entrèrent dans la pratique chirurgicale.
Ainsi l’histoire générale. de l’anesthésie comprend deux grandes phases; l’une dans laquelle les recherches des chirurgiens aboutissent à des procédés d’anesthésie très nombreux, mais trop peu sûrs pour qu'aucun d’eux puisse être érigé en méthode scientifique, et dont un très petit nombre sont encore utilisés de nos jours. Nous n’en dirons que peu de mots. L'autre phase, au contraire, qui date de la première moitié de ce siècle, est basée sur l'emploi raisonné de substances chimiques, dont les propriétés ont été reconnues expérimentalement. Elle a con-
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duit à l'emploi raisonné de l’éther et du chloroforme, et nous aurons à étudier quelle à été son évolution, et surtout à rechercher pourquoi léther, le premier en date, a été remplacé peu à peu, presque partout, par le chloroforme. Car nous devons nous demander si cet abandon a été justifié par des raisons scientifiques suffisantes.
Si l’on en croit un passage de Benedictus, cité par C. Hoffmann, c’est aux Assyriens qu’il faudrait remonter, pour trouver les premiers essais d’anesthésie; et il est à remarquer qu'ils tâchaient d'obtenir l’anesthésie générale ; il nous semble d’ailleurs que les eflorts des chirurgiens qui se sont occupés de la question, ont été tournés principalement vers ce but beaucoup plus que vers l’anesthésie locale.
Les Assyriens, en effet, avaient la coutume de « lier » les vaisseaux du cou aux jeunes gens qu’ils voulaient circoncire, c’est-à-dire probablement de comprimer à l’aide d’une ligature médiate les gros vaisseaux du cou; par ce procédé les patients perdaient le sentiment et le mouvement. La possibilité de ce fait a été souvent contestée ; un médecin anglais, le D' Fleming (1), dit avoir obtenu de bons résultats de cette pratique, et être arrivé à provoquer le sommeil avec anesthésie par la compression des gros vaisseaux carotidiens, le malade s’éveillant dès que la compression était suspendue. Après les Assyriens l’anesthésie générale a été recherchée à l’aide de narcotiques, et de préparations somnifères, généralement employées, dont les éléments ne nous ont pas été transmis, pour la plupart, et que l’on faisait respirer aux malades.
Au temps de Pline et de Dioscarid la mandragon était employée chez les Grecs et les Romains pour plonger, dans une sorte de torpeur, les malades soumis à des incisions
(1) British and Foreign Medico-Chirurg. Rewiew, t. XXX, p. 259.
ou des cautérisations. Ses propriétés soporifiques étaient très énergiques. À la même époque les Chinois se servaient dans le même but d'une plante appartenant à la famille des urticées (1).
L'emploi de la mandragon et d’autres substances somniîères, tels que l’opium, le chanvre, etc., fut longtemps en honneur, puisque en 4598, Bodin (2) signale leur danger, la narcose étant parfois si profonde qu'elle se termine par la mort, que Sassard (3) préconise leur usage avant les opérations en 1781. Dans notre siècle même, Hormann Deconne (4) faisait prendre de l'opium, avec succès, aux malades qu'il devait opérer, et Dauriol (à) obtenait par le mème procédé l’anesthésie complète chez cinq opérés.
A côté de l'emploi des narcotiques s'est développée la pratique des inhalations de drogues soporifiques. La première mention qui en est faite se trouve dans la traduction française des œuvres de Guy de Chanliac, par Jehan Canappe (6). D’après lui, Théodorie, chirurgien remarquable de l’époque, faisait respirer aux malades une éponge préparée avec diverses plantes ou substances somnifères, que l'on trempait dans de l’eau bouillante au moment de l'opération.
Jean-Baptiste Pesta donne également une recette pour conserver en vase de plomb hermétiquement fermé, une essence destinée à insensibiliser les malades à opérer. La nature même de l'essence nous est inconnue, mais tout
(1) Stan. Julien. Comptes rendus de l’Ac. des Sciences, t. ?S.
(2) Podin. — Pémonomanie des Sorciers.
(3) Sassard. — Dissertation sur les moyens de calmer la douleur (Journal de physique, 1781).
(4) Cité dans Courty (Thèse de Montpellier, 1849).
() Dauriol.— (Journal de médecine et de chirurgie de Toulouse, 1847).
(6) Maistre phare Canappe. Le guidon en Françoys. Lyon, 1538.