‹ De l'emploi de l'éther comme anesthésique généraleChapitre 7 sur 17 · CN · texte numérisé non relu

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améliorés. Enfin la valeur comparée des différents éthers, comme agent anesthésique, fut établie.

C'est précisément à la suite d'expériences avec l’éther chlorhydrique sur les animaux que Flourens, en 1847, essaya un Corps analogue, le chloroforme ; il obtint des résultats remarquables, l’anesthésie se produisant plus vite et étant beaucoup plus profonde qu'avec l’éther.

La même année, à Edimbourg, Simpson, ignorant d’ailleurs les expériences de Flourens, essaya successivement l’anesthésie chez l’homme avec l’éther chlorhydrique. Ce dernier agent lui fournit des résultats inespérés, et après avoir réussi cinquante faits de chloroformisation, il publia sa découverte dans un mémoire présenté à la Société médico-chirurgicale d’'Edimbourg, le 10 novembre

La nouvelle se répandit avec une rapidité extrême sur le continent, et l’on peut dire que sur le champ, le chloroforme fut adopté presque partout et l’éther négligé.

Il nous intéresse de rechercher quelles peuvent être les raisons qui ont amené cet abandon si rapide de l’éther, car, plus loin en examinant la valeur comparée de l’éther et du chloroforme, nous aurons à discuter la portée actuelle de la raison.

Il est incontestable que la faveur générale du chloroforme, dès son entrée dans la pratique chirurgicale, à été dû en grande partie à la facilité avec laquelle on l’administre et à la rapidité de son action. Au lieu d'un appareil compliqué, embarrassant, réclamant une certaine habitude de la part de l’opérateur, une simple compresse de toile, un mouchoir sur iequel on versait quelques gouttes de chloroforme suffisait pour endormir le patient, et la narcose était obtenue en deux ou trois fois, moins de temps qu'avec l’éther ; de plus, elle était plus profonde, elle était précédée d’une période d’agitation bien

moins longue qu'avec l’éther. Ce fait était dû comme le fait remarquer Pétriquin (1) à ce que le chloroforme a été obtenu d'emblée, à peu près pur, tandis que primitivement l’éther ne pouvait être obtenu très concentré, à cause de l’imperfection des appareils destinés à le rectifier. Au lieu de l’éther à 63° qui fut par la suite employé par les chirurgiens de Lyon, on se servait d’éther à 50° ou au-dessous. On conçoit facilement l’insuffisance d'action d’un pareil agent, surtout si l’on songe que l’éther n’était administré qu'avec crainte, avec beaucoup de réserve. à

En effet, dans le courant de l’année 1847, on avait été fort effrayé par un cas de mort produite par l’éther, et la crainte d’un nouvel accident empêchait de donner l’éther à dose suflisante.

Le chloroforme se présentant avec l’appui d’un petit nombre d'observations, il est vrai, mais toutes heureuses, les chirurgiens n’eurent pas de peine à se décider en faveur du nouvel agent anesthésique. Enfin, il est une dernière raison matérielle, que M. Silex a récemment exposé devant la Société médicale de Berlin (2), et qui a pu faire préférer longtemps le chloroforme à l’éther : Jusqu'en 1876, deux cents grammes d’éther nécessaires pour une narcose revenaient au prix de 2 fr. 25, tandis

que l’anesthésie par le chloroforme coûtait seulement 0 fr. 45 centimes.

Ainsi le chloroforme fut substitué partout à l’éther, et employé sans crainte. De nombreux accidents ne tardèrent pas à se produire et dès 1848, on comptait neuf cas de morts Connus, dus au chloroforme, et si cet agent ne fut pas condamné aussi vite qu’il avait été accueilli, ce

(1) Gaz. hebdom., 1866.

(2) Cité dans Bull. Méd., 18 mars 1894.

fut sans doute grâce aux ardents défenseurs qu'il trouva à l’Académie de médecine et à la Société de chirurgie de Paris. En 1849, en eflet, Malgaigne, dans un rapport à l’Académie, déclarait ne trouver que trois cas de morts réellement causés par le chloroforme, attribuant tous les autres à de simples coincidences. Et l’Académie concluait en indiquant les précautions à prendre pour administrer le chloroforme sans avoir d'accident.

Malgré les craintes exposées par Guérin en 1853, malgré des poursuites judiciaires, malgré les affirmations de Velpeau disant que Ia mort par le chloroforme peut survenir quand celui-ci à été administré suivant toutes les règles de la science, l'engouement pour le chloroforme persista: et Monsieur Hervez de Chigoni, ayant porté la question en 1859 devant la Société de chirurgie, celle-ci conclut en faveur du chloroforme, déclarant qu'il n'était pas plus dangereux que léther, produisait une anesthésie peu profonde, avec ivresse moins bruyante, moins loquace, et enfin ne nécessitait pas d'appareil spécial,

Depuis cette époque, à Paris, le chloroforme n’a cessé d’être en honneur. Souvent encore surviennent des aceidents, peu connus en général, car ils ne sont guère publiés. Aussi voit-on les chirurgiens de Paris tenter de diminuer les dangers du chloroforme, soit par des injections préalables d’atropine et de morphine, soit en commencçant l’anesthésie par quelques inhalations de bromure d’éthyle, moyens efficaces et généralement abandonnés. D’autres, à l'exemple de Monsieur Reclus, veulent étendre considérablement les bienfaits de l’anesthésie locale, par le chlorhydrate de cocaïne ; mais c’est le très petit nombre, et l’anesthésie locale est ordinairement réservée aux petites opérations. Enfin, comme nous l’avons dit déjà, Monsieur Le Dentu emploie depuis le mois de janvier l’éther comme anesthésie générale, à la place du chloroforme.

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