‹ De l'emploi des Courants ContinusChapitre 9 sur 16 · NS · texte numérisé non relu

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siècles, il est vrai, avant qu'on ne soupçonnât la nature de cet agent physique et ses lois, Scribonius Largus conseillait aux podagres et aux rhumatisants de se baigner dans de l’eau contenant des torpilles et desgymnotes ; mais c’est plutôt là une curiosité d’érudition qu'un fait intéressant au point de vue scientifique et pratique, et nous devons arriver au siècle dernier pour voir des médecins user systématiquement des courants électriques. Ils en signalèrent les bons effets dans le rhumatisme, mais sans rien préciser de clair à ce sujet et, en 1843 seulement, Froriep publia des observations de rhumatisme traité par les courants d’induction ; encore n'est-il question que d’arthrites chroniques consécutives au rhumatisme articulaire aigu sans aucune mention de l’arthrite déformante.

Après lui, Hiffelsheim appelle l'attention sur l'emploi des courants continus dans le traitement des gonflements articulaires et, en 1860, paraît la traduction du livre de Remak sur la galvanothérapie, où l’auteur rapporte plusieurs cas intéressants.

En 1869, le D: Chéron publie dans la Gazette des Hôpitaux toute une série d'observations dont on nous permettra de reproduire les plus frappantes à la fin de cet ouvrage et conclut en ces termes :

€ Guidé par les efforts physiologiques des courants continus, j'ai fait l'application de ce mode de traitement au rhumatisme chronique et je puis dire har-diment que ses résultats ont été des meilleurs. Je m'en suis servi un grand nombre de fois dans les

différentes formes du rhumatisme chronique, dans la forme généralisée le succès a dépassé nos espérances. »

Onimus dans son Traité de l'électricité médicale concède l'emploi des courants induits ; mais, ajoutet-il, dans les cas de rhumaiisme chronique déformant les courants continus sont incomparablement plus utiles. À l'appui de son assertion, il cite une observation typique et celle-ci offre de telles analogies avecune des nôtres que nous ne croyons pas inutile de la résumer brièvement ici.

Il s’agit d’un ouvrier horloger ayant eu longtemps auparavant du rhumatisme articulaire aigu. Au début du traitement il lui était impossible de faire le moindre mouvement de la main sur l’avant-bras ; l’articulation du poignet était gonflée et immobile, les articulations métacarpo-phalangiennes très tuméfiées présentaient les caractères ordinaires des articles atteints de rhumatisme noueux. Les doigts à demifléchis résistaient à tout mouvement de flexion ou d'extension, le pouce rigide était seul fixé en position horizontale. La main était déviée en dedans et présentait l'orientation typique de ce genre d’aflection.

Ne croyant pas, dit Onimus, qu’un traitement par les courants électriques pût être profitable, nous fimes prendre au malade de l’iodure et des alcalins sans obtenir aucun résultat. Sur ses instances, nous essayâmes les courants continus et nous fûmes très étonné de trouver plus de mobilité dans les articulations au bout de quelques séances, Maintenant la

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main est en extension presque complèle, tous Îles mouvements sont possibles, le pouce a recouvré sa liberté, les doigts se plient complètement, la déviation de la main a persislé seule, bien que moins prononcée ; le malade se sert bien de sa main pour travailler.

A la suite de plusieurs cas semblables, Onimus conclut que dans les affections chroniques articulaires les courants continus sont d’une utilité incontestable et doivent toujours être essayés même dans des cas qui paraissent incurables.

Plus près de nous encore (1893), Leduc, dans la Gazette médicale de Nantes, fit l'apologie du courant continu dans les arthrites goutteuses et rhumatismales et signala des résultats d'autant plus intéressants que dans la plupart des observations rapportées tous les moyens thérapeutiques ordinaires avaient échoué.

Depuis sont parus dans la thèse de Fockenberghe, les travaux de Castex, de Bergognié, de Guilloz et tout récemment le D' Guilleminot, dans un ouvrage intitulé Travail du Laboratoire du professeur Bouchard, indiquait le courant continu à côté de l’ionisation salicylée dans le traitement du rhumatisme déformant,.

En présence de semblables assertions, on serait tenté d'enlever au rhumatisme noueux le pronostic fatal qu’il a jusqu'ici comporté et à considérer le courant continu comme une médication spécifique de cette affection presque à la facon du salicylate dans le rhumatisme articulaire aigu. Il n’en n’est

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rien. Préférable à la plupart destraitements internes, couronné bien des fois par le succès, il compte à son actif plus d’un échec surtout dans les cas très anciens, ce qui a fait dire à Besnier : « Dans les cas où les lésions sont anciennes, l’action favorable doit être très lente, car un malade que je soigne en ce moment de cette façon depuis plusieurs mois n’en atiré encore que de maigres bénéfices. »

Aussi a-t-on cherché à perfectionner la méthode : les uns ont employé l’électrolyse médicamenteuse, d’autres sont revenus aux courants faradiques, d’autres enfin ont eu recours (et cela récemment) aux secousses d'état variable généralisées (faradisation ou voltaïsation sinusoïdale au moyen du bain électrique) ou encore à l’autoconduction à l’aide du grand solénoïde de d’Arsonval.

Tous ces procédés ont donné des succès dans les mains de leurs divers expérimentateurs, mais nous croirions sortir de notre sujet en entrant à leur propos dans de longs développements. D'ailleurs notre ambition est moins de faire un résumé crilique complet des différentes méthodes électriques, que d’indiquer quels résultats heureux il est souvent permis d'obtenir pour le praticien éloigné des grands centres avec un outillage aussi simple que quelques piles, alors qu'il lui est impossible, pour une clientèle forcément restreinte, d'avoir à sa disposition des appareils aussi dispendieux etaussi peu pratiques en mille endroits que des résonnateurs et des bobines puissantes. Remarquons toutefois que les résultats

déjà signalés par les maîtres qui se sont occupés de celte question, aussi bien que les effets vraiment remarquables obtenus par nous-même grâce aux courants continus ne permeltent pas de les considérer seulement comme un pis-aller, mais bien comme un moyen au moins égal aux autres d'obtenir l'effet recherché par l'emploi de l'électricité contre les maladies de la nutrition. Le but poursuivi consiste en général à modifier les conditions de vie cellulaire qui par leur défectuosité ont entrainé l'affection.

Le D' Guilleminot, dans un ouvrage tout récent (1905), a bien indiqué quelle est, à son avis, la manière d'agir de l’électricité dans toutes les affections diathésiques :

«La vie d’une cellule, répète-t-il après le professeur Bouchard, c’est l’instabilité et la mobilité de la matière qui la compose, c’est un incessant mouvement de pénétration et d'expulsion de matière, de métamorphose assimilatrice et de transformation désassimilatrice, c’est un tourbillon dont la rapidité peut osciller à l’état normal dans des limites déterminées, mais dont l’intensité ne peut être exagérée ou réduite sans qu'il en résulte un trouble physiologique. Ce trouble nutritif qui retentit sur la constitution des humeurs peut ne pas se manifester pendant toute une période de l'existence ; mais, du jour où elle se manifestera par une modalité morbide, il imposera à cette maladie la chronicité à la facon de toutes les causes permanentes. »

C'est ainsi qu’il définit la diathèse et il n'hésite pas

SRE à déclarer que dans nombre de cas on peut affirmer Pefficacité de l’électrothérapie. On voudra bien nous Haisser résumer quelques passages de cet article où il défend sa proposition avec une précision et avec une autorité qu'il nous serait impossible d’atteindre. ;

Pour lui, l'expérimentation n’a fait que mettre au grand jour ce que la théorie imposait à priori :

«€ On sait depuis longtemps que les modifications des conditions extérieures de la vie entrainent des changements dans la constitution et dans le tempérament des êtres.

«Parmi ces conditions : les unes ont présidé depuis l’origine à leur genèse (radiation solaire, chaleur ambiante, etc.) ; il en est d’autres qui sont des facteurs non moins essentiels de la vie et qui affectent les relations des éléments organiques avec le milieu intérieur (phénomènes électro-capillaires, osmose, etc.). Plus nous avançons dans la connaissance de la biologie, plus nous voyons le rôle énorme joué par l'électricité dans les phénomènes vitaux, surtout si avec Maxwell nous admettons que toutes les radiations transmises par les oscillations transversales de l'éther sont des manifestations électriques.

« On conçoit dès lors que tout changement dans les conditions normales : de l'existence amène une perturbation dans la vie des éléments du corps : celte perturbation passagère ou durable imprimera dans ce dernier cas à l'individu initial un mode de

nutrition spécial qui pourra se transmettre à ses descendants.

« Une hygiène bien entendue pourrait, lorsqu'un être naît avec une constitution ainsi modifiée, lui faire remonter l'étape parcourue en sens inverse par son ascendant; cette hygiène est souvent impossible, les conditions sociales poussant en général lindividu toujours plus loin dans l’acheminement morbide créé par ses antécédents. Faute d'hygiène habituelle il lui faudra alors de la thérapeutique intermittente qui suppléera par exemple à une énergie insuffisante par une irradiatiôn passagère intensive. Or, l'électricité offre tous les genres d’irradiations dont les effets varient avec les longueurs d'onde. Les phénomènes électro-capillaires intra-organiques seraient heureusement modifiés par les courants électriques si ce courant pouvait être convenablement appliqué. »

Ces conceptions sembleront peut-être quelque peu théoriques; trop peu versé dans l’étude et dans la connaissance des phénomènes vitaux nous nous bornons à les enregistrer tels quels, ne retenant que la conclusion pratique qui en découle et que l’auteur exprime en ces termes :

« Nous sommes puissamment armés contre la diathèse de nutrition retardée et contre ses manifestations, nous devons chercher avec conviction quelles sont les modalités thérapeutiques convenant le mieux à tel ou tel cas particulier sans nous laisser décourager par des insuccès souvent plus apparents

que réels, ni par le scepticisme des malades quand

ils ne constatent pas de résultats tangibles. De temps en tempsilnous arrivera d'obtenir des succès remarquables qui nous surprendront nous-mêmes et qui nous prouveront que nous avons en mains des ressources thérapeutiques précieuses dont les effets deviendront de plus en plus constants à mesure que nous saurons mieux les employer. »

Ici s'arrête le tableau que nous voulions tracer des diverses thérapeutiques opposées au rhumatisme chronique déformant.

Nous avons vu combien est peu sûre la médication interne, à quels nombreux inconvénients on expose le malade pär l’hydrothérapie et la révulsion, ét nous ne croyons pas exagéré de dire que, Si imparfait soit-il, le traitement électrique reste encore un des plus puissants modificateurs à opposer à une affection qui se joue si souvent de la thérapeutique.

Notre expérience personnelle n’a porté que sur les courants continus en faveur desquels nous avons longuement exposé les avis favorables des maitres. Il nous reste maintenant à indiquer quel a été notre mode d’instrumentation et c’est ce qui fera l’objet

de notre chapitre troisième.

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