IL. — LE CHOIX DU MÉDICAMENT
Nous venons de voir combien parfois il était difficile de décider à bon escient l’application du traitement spécifique. À son tour, le choix du produit à employer est délicat, et l’entente est loin d’être faite à ce sujet.
Tous les anti- tu sont employés; chacun d’eux a ses défenseurs; et comme tous ont des succès à leur actif, la discussion est vive. GIROUX et GRAVIER demandent que l’on varie, pour éviter l’accoutumance, et Boni remarque que tel malade, qui n’avait pas supporté un médicament aggressif au début, le tolère fort bien quand la cure a pu progresser.
Nous allons les passer en revue, et noter les résultats que l’on peut attendre d’eux, en les utilisant dans les limites que nous avons précédemment indiquées.
Notre étude envisagera successivement les arsenicaux, le bismuth et le mercure. Nous ne négligeons par les iodures, mais nous les considérons plutôt comme des adjuvants.
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ZACK, ZIELER, SCHLÉSINGER les emploient au début de la cure. On peut également les utiliser avec fruit pour remplir les périodes intercalaires ou même les associer au traitement, n’oubliant pas que chez un malade âgé, l’athérome et la sclérose voisinent avec la lésion spécifique.
Les arsénobenzènes sont les plus actifs des produits utilisés contre le tréponème; mais ils sont aussi les plus difficiles à supporter. Or, n’oublions pas que beaucoup de nos malades sont relativement âgés, que leur cœur, leur foie, leurs reins sont rarement indemnes.
Laugry lui-même, fait une exception pour les arsénicaux : « Je n’en discute pas l’innocuité et l’efficacité pour les autres manifestations syphilitiques mais, en ce qui concerne le cœur, j'ai assisté à des accidents graves », et il rapporte un cas dramatique, avec phénomènes brutaux, du à l'injection de fortes doses de novarsénobenzol.
GRENET signale également des accidents, des morts subites, dues à ce médicament; d’une façon générale, il estime qu’il ne faut pas y recourir en pareil cas, tout en reconnaissant, par ailleurs, qu’il ne s’agit pas là d’une règle absolue et que de beaux résultats lui sont redevables.
En plus de leur action particulièrement nocive sur le foie, on reproche aux arsenicaux de réactiver des lésions peu évolutives. Micran ne voit là qu’une manière de réaction d’'HERXEIMER; mais DOUMER, qui a particulièrement étudié la question n’est pas du tout de ces avis. La réaction d'HERXEIMER est le résultat d’une excitation momentanée de l’activité
du processus infectieux sous l'influence des doses faibles du début; or, cet auteur a essayé de poursuivre le traitement, et les résultats obtenus ont été mauvais. Il conclut en attribuant cette réaction, non pas à la faiblesse du traitement, mais au contraire à son action trop brutale.
D’une façon générale, donc, on se méfie de l’arsenic, et bien qu’il conserve des partisans, tels que AUDIBERT, SÉZARY, MiciAN et les syphiligraphes, on utilise plus volontiers le bismuth et le mercure.
Avec le bismuth, c’est la possibilité d’une thérapeutique active, alors que la capacité fonctionnelle cardiaque est atteinte, et le bilan hépatique médiocre. Question très déhicate que déjà, en 1922, LauBrY et BoRDET avaient soulevée à la Société Médicale des hôpitaux.
VAQUEZ, LAUBRY, BORDET, AUBERTIN, LECONTE, SÉZARY rapportent les bons résultats que ce médicament leur a donnés. :
YAcoEL, depuis plus de dix ans, traite les aortites avec la seule médication bismuthée. Il n’a eu qu’à se louer des effets obtenus.
Cet auteur préconise l’hydroxyde de bismuth radifère en suspension huileuse. « L'action spirillicide du métal est doublée ici, grâce à sa radio-activité, d’une action leucogène des plus utiles dans les lésions irritatives de la syphilis vasculaire. En outre, cette radio-activité, par son action hémato-poiïétique neutralise jusqu’à un certain point l’action déglobulisante des sels de bismuth. »
Le traitement par le bismuth présente également
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des avantages d’ordre pratique, que l’on ne saurait négliger : les injections n'étant faites que tous les cinq à sept jours, et par la voie intra-musculaire qui est la plus simple, les malades peuvent se soumettre ainsi à de longues périodes de traitement, sans être nullement QUE dans leurs occupations journalières.
HALBRON réserve l’arsenic aux aortites précoces, à évolution rapide et progressive, chez un sujet par ailleurs résistant. Dans les autres cas, où il y a possibilité de traitement, c’est le bismuth qu’il emploie, le plus souvent avec les meilleurs résultats.
C’est également l’arme préférée de Poinso, qui le signale comme agissant d’une manière remarquable sur les palpitations et les douleurs.
Carey Coomgs et Bruce PERRY, de Bristol, considèrent le bismuth comme l’égal de l’arsenic au point de vue spirillicide; ils l’emploient beaucoup, mais associé au mercure; c’est d’ailleurs de cette façon qu'il est utilisé par de nombreux auteurs.
Bonxnin et DoumER, par contre, estiment que le bismuth n’est pas toujours bien supporté.
Le mercure reste sans doute le- produit le plus employé dans la syphilis cardiaque, soit solément, soit en cure associée. C’est ui que l’on utilise de préférence dans es cas limites.
Bonnin, GirAuD, MarcHaL le recommandent.
DoumEr considère que l'efficacité du traitement mercuriel, bien réglé dans la syphilis cardio-vasculaire, ne le cède nullement à celle des arsénobenzènes, tout en étant beaucoup mieux toléré que ceux-ci.
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Le professeur G. ÉTIENNE est fidèle au mercure qu’il associe aux cardiotoniques, le rein et le foie étant l’objet d’une surveillance permanente. Il utilise surtout le cyanure intraveineux, l'huile grise avec lappoint de l’iode, notamment sous la forme de ses combinés organiques.
Il note fréquemment un arrêt de l’évolution et une rétrocession des accidents conditionnés par les lésions encore spécifiques, non dégénératives définitives.
GirAUD signale l’action du cyanure de mercure qui influencerait heureusement l’angor des aortites syphilitiques. AUBERTIN et MERKLEN préfèrent le mercure aux autres antisyphilitiques, surtout sous la forme de cyanure. à
FLANDIN commence généralement le traitement des aortites par l’oxycyanure en intra-musculaires, et il déclare obtenir des résultats rapides et brillants.
Josué et LAUBRY, lorsqu'il y a début d’insuffisance cardiaque, utilisent le mercure en intra-musculaires. La voie veineuse leur paraissant trop brutale pour de semblables malades. Ils sont très satisfaits de leur thérapeutique.
Enfin DonzeLoT lui donne sa préférence, parce qu’il lui paraît moins aggressif que le bismuth pour le rein et que l’arsenic pour le foie.
Il remarque de plus que ces sels ont, en outre, l'avantage, non négligeable chez desemblables malades, de se comporter comme des diurétiques, venant ainsi en aide au rein plus ou moins défaillant.
Nous venons de rappeler succinctement les idées
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actuelles concernant le traitement des cardio-aortites syphilitiques.
De ce rapide exposé, retenons :
La seule chance de guérison complète du malade réside dans la possibilité du traitement spécifique.
— Ce traitement, malheureusement, ne peut pas toujours être tenté. Difficilement supporté quand la capacité fonctionnelle cardiaque est atteinte, et lorsque le bilan réno-hépatique est médiocre, il ne doit même plus être tenté si les phénomènes s’accentuant, la capacité cardiaque est devenue nettement déficiente et le bilan réno-hépatique mauvais.
— Dans les cas limites, où l’importance de l’enjeu autorise le médecin à tenter prudemment un traitement, on utilise le bismuth, de préférence à l’arsenic, et plus encore le mercure, dont les propriétés diurétiques sont précieuses. ;
Nous nous proposons de montrer qu’actuellement, on peut aller plus loin, et qu'il est possible, même chez des malades en pleine insuffisance cardio-hépatorénale, d’instituer un traitement, grâce aux corps de la série aromatique mercurielle, utilisés depuis quelques temps déjà comme diurétiques. Ces produits nous semblent avoir conservé des propriétés spécifiques suffisantes pour exercer une action d'arrêt sur la marche des lésions et, par l'amélioration qu’ils provoquent, permettre la reprise d’une thérapeutique plus énergique, précédemment mal supportée.
Le composé utilisé dans les observations que nous rapporterons est le 440 B de GIRARD, plus connu sous le nom de « Neptal ».
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Nous allons en exposer les caractéristiques, ce produit méritant une étude approfondie; car, reconnattre des propriétés tréponémicides à ces dérivés peu DR et très maniables, revient à reculer, presque jusqu'aux limites route les bornes qui marquent les possibilités de salut de ces malades atteints de cardio-aortite spécifique.
LES DIURÉTIQUES MERCURIELS