‹ De l'Emploi du Chloral: En Clinique ObstétricaleChapitre 29 sur 41 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

(Inédite. Communiquée par M. GRYNFLLTT.)

Au mcis de juin 1870, M. Grynfeltt fut appelé au village de Montarnaud pour voir une femme qui se trouvait dans les conditions suivantes : C'était une femme de 23 ans, primipare arrivée au septième mois de sa grossesse. Le matin de ce jour, quand son mari ouvrit la fenêtre de sa chambre, elle s’écria qu’elle était aveugle. Pourtant, la veille au soirelle s'était couchée à peu près bien portante, se plaignant à peine d’un léger mal à la tête. Elle avait dormi quelques heures. Effrayée par cette cécité, elle voulut se lever pour baigner ses yeux dans l’eau fraîche.Mais, prise de vertige, elle t'mba, sans attaque convulsive manifeste. La sage-femme fut appelée et put assister, quelques instants après son arrivée, à une attaque d'éclampsie bien caractérisés. Il était alors 8 h. du matin. La sage-femme fit prendre une potion éthérée et fit promener des sinapismes sur les membres de la malade. En même temps, on ‘aisait mander M. Grynfeltt. Mais avant l’arrivée de ce dernier (2 h. de l’après-midi), deux nouvelles attaques se produisirent : la première à 10 h. 30, la seconde à Lh. M. Grynfeltt constata que :a femme, qui se trouvait dans un coma complet, avait les membres inférieurs, les mains et la face [les paupières surtout) notablement œdématiées. La malade ne répondait ras aux questions q''on lui adressait. Les pupilles étaient dilatées, le pouls fort, plein, peu fréquent ; la langue, considérablement tuméfiée, est entaillée à la pointe. Des contractions utérines sont perçues par l'application de la main sur le ventre, et la femme témoigne de ja duleur qu'elle ressent par quelques grognements étouffés. Le col est ccmplètcment effacé, dilaté environ de la largeur d'une pièce de 2 francs. Les bruits du cœur fœtal sont faiblement perçus en z:vant, en bas etägauche,

Les urines sont albumineuses. Saignée de 300 gram. Lavement purgatif (avec 30 gram. de sel marin). Potion gommeuse avec 4 gram. d'hydrate de chloral à prendre par cuillerée d'heure en heure, et au besoin de demi-heure en demi-heure, siles crises augmentent en fréquence et en intensité. M. Grynfeltt se retire après avoir recommandé à la sage-femme de veiller à la protection de la langue, Vers 5 h. se pro-

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duisit une nouvelle attaque ; et quand M. Grynfelitrevint à 9 h. du soir, l'expulsion spontanée d’un enfant mort-né venait de se produire. Ni l’accouchement ni la délivrance n'avaient agi sur l’état de torpeur de la parturiente. Nouveau lavement purgatif et potion chloralisée à prendre de deux en deux heures. Le lendemain matin, l'intelligence avait entiè. rement reparu. La femme accusait une fatigue extrême, encore accrue par d'abondantes selles diarrhéiques provoquées par les lavements. A ce moment encore, l'urine était albumineuse ; mais les accidents ne se reproduisirent plus et la malade se rétablit complètement et rapidement.

On pourrait objecter que, dans ce cas, l’influence du chloral n’est pas très manifeste, puisque ce médicament a été employé en même temps que d’autres moyens thérapeutiques ; mais nous ferons remarquer combien le rétablissement a été rapide, eu égard à la gravité des accidents. D’ailleurs, dans de semblables circonstances, ne doit-on pas, ainsi que le dit M. le professeur Dumas, faire feu de tout bois ?

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