CH6O + CI? — CH10 + HO
Puis le chlore, continuant son action, transforme l’aldéhyde en un nouveau corps qui n’est autre que le chloral :
C?H10 + CIS — SHCI + C'KCIS0O.
Le chloral est donc de l’aldéhyde dans lequel trois atomes d'hydrogène sont remplacés par trois atomes de chlore. Le chloral anhydre que l’on obtient dans cette opération n’est pas usité en thérapeutique. On n’emploie que le chloral hydraté, ainsi que nous l’avons vu, au moyen de 10,8 °/ d’eau distillée. Ce
ATOME dernier corps est moins volatil et plus dosable. C’est une sübstance solide et incolore qui se présente lantôt sous forme de masses cristallines, tantôt en cristaux isolés. Ilse volatilise peu à peu à la tempéralure ordinaire, à la façon du camphre du Japon (Dumas). Il est excessivement soluble dans l’eau, qui peut en dissoudre près de quatre fois son poids. Il fond à 46°et bout à 97°.
Il est très important pour le médecin de savoir reconnaître l’état de pureté de l’hydrate de chloral. Nous verrons en effet, au chapitre qui traite des effets physiologiques, que des divergences assez grandes dans les opinions de divers observateurs ont pu être mises sur le compte des impuretés de cetle substance. Voici donc à quels caractères on pourra reconnaitre la présence de ces impuretés. L’hydrate de chloral pur, introduit dans une solution de potasse caustique, colore à peine en jaune clair cette solution, tout en laissant dégager une odeur franche de chloroforme. S'il est impur, il colore celte solution en brun et donne lieu à un dégagement de gaz irritants d'odeur vive et désa-
gréable.
Move D'ACTION. — (Juand Liebreich essaya pour la première fois le chloral comme agent anesthésique, il se basait sur ce fait que, misen présence d’un liquide alcalin, l’hydrate de chloral se décompose en formiate alcalin et chloroforme. Il en conclut, à priori, que la solution de ce sel, mise en contact avec le sang, devait donner lieu à la même réaction. L’expérience vint confirmer ces données de l'esprit. Et Liebreich conclut, non sans appareuce de raison, que le chloral agit par son chloroforme, Mais alors, une seconde théorie prit naissance. Ou prétendit que le chloral agissait en tant que chloral. Nous pouvons citer parmi les partisans de cette idée: Gubler, Demarquay, Krishaber, et MM. Vulpian, Labbé et Goujon, Dieulafoy.
Demarquay se basait sur la différence qui existe entre les effets du chloral et ceux du chloroforme. Il prétendit même que le
ER chloral était hyperesthésique. Gubler a soutenu que l’albumine du sang était un puissant obstacle au dédoublement, et que l’expérience, manifeste in vitro, devait échouer dans l’économie. Tous enfin donnent ce grand argument : que le chloral ne produit pas assez de chloroforme pour expliquer les effets si rapides qu'il produit.
À ceci, on a répondu que le chloroforme se trouvait alors dans lFéconomie à très petite dose, il est vrai, mais à l’état naissant, c'est-à-dire avec des propriétés beaucoup plus actives. De plus, Richardson ayant injecté sous la peau de divers animaux, alternativement, du chloral et du chloroforme, a obtenu des effets identiques; et, ayant fait usage de doses toxiques, ila pu reconnaitre l’odure du chloroforme dans lhaleine des animaux.
Personne, en France, institua une foule d’expériences pour soutenir la théorie de Liebreich. Il administra du chloral à un lapin qu’il sacrifia ensuite. Il put alors prouver que le sang de cet animal renfermait un corps volatil qui, décomposé par la chaleur rouge, fournissait du chlore. On reconnaissait ce dernier corps en ce qu il produisait un précipité dans une solution de nitrate d'argent. Roussin, répélant ces expériences, arriva aux mêmes conclusions.
Byasson et Follet, faisant passer l’air expiré par un animal chloralisé dans une solution de nitrate d’argent, virent un précipité se produire. Conclusion : cet air renfermait du chlore ; et ce gaz était fourni plutôt par du chloroforme que par du chloral, parce que ce dernier agent n’est pas assez volatil. Peuch est arrivé aux mêmes résultats.
On a encore fourni d’autres arguments en faveur de la théorie de Liebreich. Si le dédoublement a lieu, le formiate de soude, qui est le second produit de la décomposition, doit pouvoir se retrouver. Or l'urine d’un animal chloralisé contient ce sel le lendemain de l'expérience. De plus, dans l’expériencs de Per-
sonne, si l’on reprend le sang qui vient de fournir du chloro-
le
forme, on voit qu’il ne renferme pas de chloral en nature, car, traité par une solution alcaline, il ne donne plus de chloroforme, ce qui arriverait si la décomposilion n’était déjà faite.
Tels sont les faits. De quel côté est la vérité ? Nous avouonsne pas pouvoir nous prononcer. À notre avis, de nouvelles expériences doivent être faites, et c’est aux physiologistes qu’il appartient d’élucider ce point de l'histoire du chloral. Quoi qu’il en soit, l'action de ce médicament est fort nette à l'heure actuelle. C'est à l'exposé de ses effets sur l’économie que nous allons consacrer le chapitre suivant.
EFFETS PHYSIOLOGIQUES. — Il est à remarquer que l’action du chloral a donné lieu à des interprétations diverses, quelquefois opposées. Nous allons passer en revue les principales opinions qui ont été émises. Liebreich, par exemple, ayant observé des grenouilles qu’il avait traitées par le chloral, arriva aux conclusions suivantes : au bout de peu d’instants (quelques minutes), on voit les mouvements du cœur se ralentir. La respiration, qui a quelquefois une courte période d’excilation, se ralentit aussi rapidement. Enfin, on voit peu à peu les réflexes disparaitre. Les grenouilles en expérience devenaient insensibles d’abord à la piqûre, puis au pincement, enfin à la seclion d’un membre. En Cernière limite, quand la dose est assez forte (08,10 pour une grenouille ), le cœur s’arrête en diastole.
Gubler, ayant repris ces expériences, ne put obtenir un seul de ces effets. Disons tout de suite que Rabuteau et Napieralski, ayant cherché la cause de ces différences, la découvrirent dans l'action de la température. Il résulte en effet, de leurs recherches, que les expériences réussissent loujours sur les animaux à sang chaud, tandis qu’elles échouent sur les animaux à sang froid, lorsque la température extérieure est très basse. On voit en effet que dans ces conditions, la décomposit on du chloral en chloro-
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forme et formiate de soude ne se fait plus. De là, l’insuccés apparent des recherches de Gubler.
Dieulafoy et Krishaber concluent de leurs expériences que le chloral pouvait diminuer la sensibilité jusqu’à anesthésie compète; mais ils affirmèrert que, de même que pour le chloroforme, celte période était précédée d’une phase d’excitation. Domarquay le considère comme le plus sûr’et le plus commode des hypnotiques, mais lui refuse toute action sur la sensibilité, tandis que Labbé et Goujon letiennent à la fois pour anesthésique et hypuotique.
Comment eoncilier ces opinions si diverses ? Avec Bouchut ' et Lecacheur *, nous croyons pouvoir expliquer ces divergences et les rapporter à plusieurs causes. En première ligne, nous devons citer les impuretés du chloral, Ce corps est d’une préparation délicate et minutieuse. Il peut très facilement renfermer de l’alcool ou de l'acide chlorhydrique, auxquels on pourrait rapporter les phénomènes d’excitation signalés par quelques expérimentateurs. Une seconde cause d’erreur provient du mode d’aclion du chloral. Ce corps, agissant d’abord sur le cerveau, respecte, augmente même les réflexes.
Or, si nous reprenons les expériences de Demarquay, nous verrons que cet habile observateur a pu se laisser influencer par ces deux premières causes. Il expérimenta d’abord sur des lapins. Sous l'influence de 0£",20 à 2? gram. de chloral, le sommeil arrivait rapidement. Puis on voyait se produire une résolution musculaire complète avec injection des muqueuses oculaires et palpébrales. Les oreilles étaient vascularisées, comme après la section du grand sympathique (expérience de CI. Bernard). mais sans élévation de la température. Il y avait au contraire un
1 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1869. 2 Thèse de Paris, 1870.
abaissement de 1° à 1°,5. « La sensibilité, dit Demarquay ‘, est exaltée. Le pincement de la queue ou des oreilles produit des mouvements désordonnés.» Dans ses expériences sur l'homme, il a obtenu également des effets hypnotiques. Il constate encore qu’une piqüre provoque des mouvements. Cependant il n'ose pas affirmer qu’il y ait hyperesthésie dela peau. Il reconnait même que le lendemain les malades n’ont plus conscience de ce qui s'est passé, ni des excitations (piqüres, petites opérations) auxquelles on a pu les soumettre.
N'est-ce pas là la meilleure preuve que nous puissions donner ? Évidemment, le chloral, paralysant le cerveau, doit rendre les réflexes bien plus marqués. Ce n’est que si l’action du médicament se prolonge que, la moelle se paralysant à son tour, les réflexes disparaissent.
Quoi qu’il en soit, nous pouvons dès maintenant résumer de la façon suivante l’action du chloral sur l’économie.
Si l’on administre par la voie stomacale de 1 à 3 gram. d'hydrate de chloral en solution, on observe d’abord un peu de salivation ; le médicament laisse une saveur âcre et désagréable à l’arrière-gorge. Sa présence excite la muqueuse stomacale ; presque aussitôt, le malade tombe dans une sorte d’engourdissement physique et intellectuel qui peut même devenir une véritable somnolence. Quelquefois, cette période de torpeur est précédée d’excitation et, dans quelques cas, de délire : ceci paraît surtout se produire sous l'influence de petites doses ou des impuretés que peut renfermer le chloral. Enfin, 15 à 20 minutes après l'ingestion du médicament, survient un sommeil calme, paisible, sans rêvasseries. Pendant cette période, on constate un peu de refroidissement des extrémités avec cyanose légère de la face. Les capillaires sont contractés. Le sang est, pour ainsi dire, chassé au centre.
1 Bulletin de Thérapeutique, 1869.