ULCÉRATIONS SIMPLES DE NATURE INFLAMMATOIRE
Toutes les ulcérations qui se rattachent à cette classe offrent des caractères communs , savoir :
1° Augmentation de la température du col.
2° Rougeur plus ou moins vive ,
3° Engorgement avec hypertrophie plus ou moins prononcée.
Le premier de ces caractères se constate par le toucher, le second : par le spéculum, et le troisième avec l’aide d’un instrument imaginé par M. Richet pour cet usage. Comme, dans les observations rapportées plus loin, j’ai consigné avec soin les données fournies par cet instrument, appelé pince hystéromètre , et par un autre, appelé sonde hystéromètre , je pense qu’il n’est pas inutile d’en dire ici quelques ; mots , afin de faire entrevoir à l’avance quelle peut être leur utilité i dans l’exploration de l’utérus.
La pince hystéromètre n’est autre chose qu’une longue pince analogue à une pince à pansement ordinaire, mais beaucoup plus forte. Elle présente, entre les anneaux et l’articulation, une échelle mobile j en fer; cette échelle est disposée sur l’une des branches de manière à pouvoir être couchée sur elle , et par conséquent dissimulée au besoin ou dressée perpendiculairement à sa direction lors- i qu’on veut s’en servir. La branche opposée présente dans son épais- j seur une mortaise destinée à laisser glisser librement l’échelle, afin j que cette dernièrene puisse apporter aucun obstacle au libre rappro- i chement des anneaux La même branche est en outre munie d’un i
petit criquet à ressort, qui, s’engageant clans une crémaillère taillée sur l’un des bords de l’échelle, sert à rendre permanente et invariable l’ouverture que l’on a donnée aux branches. L’une des faces de l’échelle présente des divisions qui indiquent en millimètres l’écartement des extrémités. On comprend qu’avec un tel instrument on puisse prendre avec facilité et d’une manière rigoureuse la mesure des principaux diamètres du col. On obtient ainsi des données précieuses, qui, pendant le traitement, servent en quelque sorte de pierre de touche. On verra , en effet , d’après les faits qui suivent , qu’il existe un rapport presque constant entre les ulcérations du col (les ulcérations bourgeonnées et fongueuses principalement) et l’engorgement avec augmentation de volume de cet organe , rapport tel que, si d’un côté l’ulcération persiste au même degré, continue àfaire des progrès , ou au contraire marche vers la cicatrisation , on voit d’un autre l’engorgement rester stationnaire, augmenter progressivement ou diminuer graduellement. C’est là ce que l’on observe dans la plupart des cas , c’est la règle générale ; cependant, chez quelques malades, le contraire peut arriver quelquefois, c’est-à-dire que f ulcération peut disparaître , et malgré cela l’engorgement persister : c’est qu’alors ce dernier avait pour siège non-seulement le col, mais aussi le corps de l’utérus, et que l’agent caustique employé, ou bien n’avait pas été maintenu assez longtemps en contact, ou bien avait manqué d’une énergie suffisante pour occasionner une modification organique assez profonde et capable d’amener par son irradiation du côté du corps une résolution complète. Dans ces sortes de cas, quoique l’ulcération eût entièrement disparu , on ne peut cependant pas se flatter d’avoir obtenu une guérison définitive. C’est alors que la pince hystéromètre , à l’aide de laquelle, au commencement du traitement, il avait été facile de constater d’une manière exacte le degré d’engorgement , peut, en nous permettant de mettre en regard des anciennes mesures les nouvelles qu’elle nous offre, nous dire au juste si l’engorgement a diminué ou augmenté, si la cure est radicale ou
n’est que palliative ; s’il convient, en d’autres termes, de suspendre le traitement ou de lui donner une énergie plus grande.
Au moyen de cet instrument, M. Richet a pu déterminer que les différents diamètres de la portion sous-vaginale d’un col sain , si on les prend au niveau du cul-de-sac vaginal chez une femme adulte et n’ayant pas eu d’enfants, sont ordinairement égaux, et que leur longueur varie entre 0m,018 et 0ra,025; chez les femmes qui déjà ont eu un ou plusieurs enfants , le chiffre est un pen plus élevé ; il oscille entre 0m,025 et 0m,030 ; de plus, chez ces dernières, le diamètre transversal l’emporte généralement sur le diamètre antéropostérieur. Ces données se trouvent en rapport, à peu de chose près, avec celles qui ont été fournies par MM. Boys de Loury et Costilhes (loc. cil.), qui donnent 1 centimètre et demi de largeur sur 1 cent, d’épaisseur pour les dimensions les plus petites ; et 3 centimètres en largeur sur 2 centimètres en épaisseur pour les plus grandes dimensions auxquelles le col puisse parvenir sans qu’il y ait engorgement.
Dans une exploration complété , M. Richet ne s’en tient pas aux chiffres que lui donne sa pince ; il emploie en outre la sonde hystéromètre de M. Hugnier, afin d’obtenir la longueur totale de l’axe longitudinal de l’organe. Cet instrument ne diffère de la sonde de M. Simpson, que par la courbure], qui est moins considérable, et par une simple modification, consistant dans l’adjonction d’un petit curseur mobile , fixé à l’extrémité d’une tige métallique, laquelle traverse le manche de l’instrument. En poussant ou tirant à soi cette tige , le curseur peut être ainsi mis successivement en contact avec tous les points de la sonde, sur laquelle existe une échelle graduée! en centimètres et en millimètres. Lorsque la sonde est introduite! dans la cavité de l’utérus, de manière que son extrémité mousse! vienne arc-bouter contre le fond de l’organe, on pousse le curseur! jusqu à 1 orifice du col, et retirant l’instrument, on peut lire, au point indiqué, la longueur des cavités du col et du corps réunies; enfin, en ajoutant I centimètre pour l’épaisseur du fond , on obtient la
longueur totale de l’axe longitudinal de l’organe pris dans son ensemble. D’après plusieurs expériences faites sur le cadavre , M. Pu»
chei est arrivé à celle donnée , savoir, que chez une femme adulte, présentant un utérus normal , t’axe de eet organe varie entre 0Tn,05û et Om,0ô5 , donnée non moins précieuse que les précédentes , puisqu’elle permet de reconnaître s’il y a ou non hypertrophie du corps de l’utérus, car il existe un rapport constant entre rallongement de l’axe de l’utérus et l’augmentation du volume total de l’organe. Lasonde utérine peut encore faire connaître d’une autre façon, mais d’une manière approximative seulement, si la capacité de l’utérus est augmentée : c’est lorsqu’après son introduction on peut facilement, et sans changer la position de l’utérus, faire dévier à droite et à gauche son extrémité mousse , qui alors semble flotter pour ainsi dire dans l’intérieur de l’organe. Dans les cas où l’on constate une dilatation notable de la cavité utérine, il y a en même
Ki
temps engorgement avec hypertrophie des parois ; mais cette augmentation d’épaisseur n’est pas également répartie partout , le fond de l’organe conserve le plus souvent son épaisseur habituelle, qui est de 0ra,0!0 à Ora,0!5. il est presque superflu de faire observer que l’usage de la sonde doit commander une grande prudence; lorsque son extrémité est une fois introduite dans la cavité du col, il faut, si l’on veut aller plus loin , laisser cheminer l’instrument comme de lui-même, étant toujours prêt à le retirer aussitôt qu’on éprouvera le moindre degré de résistance. Autrement on s’exposerait souvent à troubler le cours d’une grossesse commençante.
Ces deux instruments qui sont très-utiles pour l’exploration complète de l’utérus dans les cas d’ulcérations bourgeonnées et fongueuses du col , ne sont pas d’une nécessité absolue dans les cas d’ulcérationssuperficielles.
A. Ulcérations superficielles , ou érosions , ou exulcérations.
On voit effectivement, dans les cinq exemples d’ulcération super-
iicielle cités plus bas et choisis entre beaucoup d’autres , qu’il est rare que l’ulcération soit accompagnée d’un engorgement considérable du col , et je n’ai pas rencontré un seul exemple dans lequel l’engorgement , lorsqu’il existe , ait en même temps porté sur ie corps. Aussi ces ulcérations, qui ne se trahissent ordinairement par aucun symptôme général , appréciable, soit du côté de l’innervation, soit du côté de la nutrition , cèdent- elles assez facilement sous l’influence de la cautérisation , pratiquée avec des agents dont l’action se fait sentir plus profondément, tels que, par exemple, le nitrate d’argent et le nitrate acide de mercure. Dans nos cinq cas , c’est le nitrate d’argent qui fut employé , et la durée moyenne du traitement a été de cinquante-sept jours ou près de deux mois. La cautérisation fut régulièrement pratiquée , sauf le temps des règles , une fois par semaine , en ayant toujours soin de respecter la cicatrice , là où elle commence à se montrer d’abord , c’est-à-dire à la circonférence. Quelquefois F ulcération est tellement superficielle, qu’elle semble se borner à la simple épaisseur de la couche épithéliale; alors, lorsque la surface a été suffisamment modifiée avec le crayon , cette couche se reforme d’emblée sur toute l’étendue de l’ulcération.
La plupart des ulcérations superficielles que j’ai rencontrées à Lourcine reconnaissaient pour cause une inflammation blennorrhagique du col , succédant ordinairement à une vaginite , sous l’influence de laquelle l’épithélium, comme macéré , se détache et laisse à nu le derme muqueux; celui-ci, se trouvant continuellement en contact avec des produits altérés de sécrétion jouant à son égard le rôle de corps irritants , s’enflamme et s’excorie plus ou moins profondément. Aussi n’est-il pas très-rare de voir ces simples érosions se transformer , lorsqu’on les néglige , en ulcérations bourgeonnées ; les malades des 9S et 10e observations nous en offrent des exemples.
lre OBSERVATION.
Ulcération superficielle du col consécutive à une vaginite; cautérisations ayec le nitrate
d’argent. Guérison en quarante-neuf jours.
L... (Léonie), âgée de vingt ans, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution bonne, entrée, le 22 février 1851 , salle Saint-Alexis, lit n° 20. Atteinte d’une vaginite datant d’un mois, cette fille fut soumise au traitement ordinaire : 2 injections aîunées par jour, 2 tampons d’alun, et 2 grands bains par semaine. — Le 28. La muqueuse qui revêt le col, et qui jusque là était demeurée intacte, est aujourd’hui recouverte d’une couche de mueo-pus assez épais. Cette couche ayant été enlevée avec un bourdonnet de coton, on aperçut la muqueuse légèrement boursouflée et d’une couleur rouge vif; le toucher fit constater une augmentation sensible de chaleur ; partout ailleurs la vaginite a beaucoup perdu de son intensité. La malade n’accuse aucune douleur soit dans le bassin, soit dans les régions qui l’avoisinent. - — Le 1er mars. Au pourtour de J’orifîce du museau de tanche, la muqueuse est privée de son épithélium; il en résulte une érosion superficielle offrant les dimensions d’une pièce de 50 centimes environ. Le fond de cette érosion présente un pointillé fin d’un rouge très-vif. Cette ulcération, occasionnée par l’inflammation blennorrhagique du col, fut légèrement touchée avec le crayon de nitrate d’argent une fois par semaine; dans les derniers temps, on eut soin de respecter les points de la circonférence où l’épithélium venait à reparaître. — Le 18 avril. Il n’y a plus de trace de l’ulcération. — Le 21. La malade sort complètement guérie, après deux mois de séjour à l’hôpital : le traitement de l’ulcération dura quarante-neuf jours.