‹ De l'emploi du nitrate d'argent et du caustique Filhos dans le traitement des ulcérations de nature non cancéreuse du col de la matriceChapitre 4 sur 12 · INOBSERVATION · texte numérisé non relu

INOBSERVATION

Ulcération superficielle du col consécutive à une vaginite ; cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent. Guérison après cent-douze jours de traitement.

G... (Élisa), âgée de dix-neuf ans, d’un tempérament lymphatique, d’une constititution faible, entrée, le H janvier 1851 , salle Saint-Alexis, lit n° 35. Cette jeune fille est atteinte de chancres multiples à la vulve et de vaginite; elle s est aperçue de son mal quinze jours avant son entrée, et n’a suivi aucun traitement ; elle n a jamais éprouvé de douleurs profondes soit dans le bassin, soit dans les régions environnantes. Spéculum: on trouve le col vierge, avec son volume normal; sa

mensuration donne 0m,025 de diamètre dans tous les sens, il est parfaitement sain. Traitement : 2 injections alunées par jour, 2 tampons d’alun introduits dans le vagin, et 2 grands bains par semaine pour la vaginite; pour les chancres, 1 pilule de proto-iodure de mercure (0 gr. 05) tous les jours, cautérisation avec le crayon de nitrate d’argent. — Le 4 février. L’inflammation blennorrhagique, qui a presque entièrement abandonné la muqueuse du vagin, s’est retranchée sur la muqueuse du col. Celui-ci présente, au pourtour de l’orifice du museau de tanche, une ulcération superficielle et circulaire de 0m,015 de diamètre, formée par une simple érosion de l’épithélium. Une fois débarrassé du muco-pns assez abondant qui le recouvre , le fond de l’ulcération présente partout un pointillé fin d’un rouge très-vif. Traitement de l’ulcération : cautérisation légère avec le crayon de nitrate d’argent une fois par semaine. — Le 27 mai. L’ulcération du col est complètement cicatrisée, il ne reste plus qu’un peu de rougeur sur le point qu’elle occupait. — Le 20 juin. La malade sort guérie après cinq mois de séjour : le traitement de l’ulcération dura cent douze jours.

IIIe OBSERVATION.

Ulcération simple avec engorgement du col ; cautérisation avec le crayon de nitrate d’argent. Guérison de l’ulcération après vingt-six jours de traitement; persistance d’un certain degré d’engorgement.

S... (Adélaïde), âgée de trente-trois ans, fleuriste, d on tempérament lymphatique, d’une constitution assez faible, entrée, le 22 février, salle Saint-Alexis, lit n° 13. Depuis un mois, cette femme est atteinte de vaginite, et tache son linge en jaune verdâtre; elle n’a jamais éprouvé de douleurs soit dans les lombes, soit dans la région hypogastrique inférieure, soit dans les régions ovariques. Avant d’entrer définitivement à Lourcine, elle vint deux fois à la consultation, et deux fois on pratiqua la cautérisation de la muqueuse vaginale avec la solution concentrée de nitrate d’argent; on lui prescrivit, en outre, 2 injections alunées par jour; mais comme elle ne pouvait pas suivre un traitement régulier chez elle, elle se décida enfin à entrer. Au toucher, on trouve le col de l’utérus volumineux et présentant un certain degré d’empâtement. Spéculum : la muqueuse qui recouvre le col est tendue et luisante, l’orifice est entouré par une ulcération superficielle, plus étendue sur la lèvre antérieure que sur la postérieure, et semblant se prolonger dans l’intérieur même du col ; le fond de F ulcération est recouvert de muco-pus, qui, une fois enlevé, laisse à nu une surface unie et d’un rouge vif. La vaginite s’est retranchée sur le col et dans le cul-de-sac du vagin. Diamètre antéro-postérieure du col, 0m,045; diamètre transverse, 0m,040. La sonde hysté-

romèlre pénètre facilement dans ia cavité de l’utérus, et marque 0m,050 ; ce qui n’indique aucune augmentation de volume dans le corps de l'utérus, ce dont on peut du reste s’assurer par le toucher rectal et le palper abdominal combinés, la souplesse des parois abdominales facilitant beaucoup cet examen. Traitement : l’ulcération est cautérisée légèrement avec le crayon de nitrate, une fois par semaine; 2 injections alunées par jour. — Le 18 mars. Spéculum : l’ulcération est complètement cicatrisée; il existe, à la place qu’elle occupait, une surface lisse et rosée, l’épithélium paraît extrêmement mince en ce point; on aperçoit par transparence de petits vaisseaux capillaires, disposés autour de l’orifice comme autant de rayons. Le col a diminué de volume : diamètre transversal , 0m,035 ; diamètre antéro-postérieur, 0m,G38. La malade sort guérie de son ulcération après un mois de séjour ; elle conserve encore un peu d’engorgement du col.

IVe OBSERVATION.

Ulcération superficielle du col chez une femme enceinte de quatre mois et demi; cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent. Guérison après cinquante-six jours de traitement.

RJ... (Rose), âgée de vingt-cinq ans, lingère, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution bonne; entrée, le 3 janvier 1851 , salle Saint-Alexis., lit n° 38. Cette femme est enceinte de quatre mois et demi, et sent remuer son enfant, elle est atteinte de plaques muqueuses disséminées sur la fourchette et au pourtour de la vulve. D’après les renseignements qu’elle donne, elle aurait contracté un chancre vers le milieu du mois de décembre précédent ; elle n’a jamais éprouvé de douleurs ni dans les lombes, ni dans la région hypogastrique inférieure, non plus que dans les régions ovariques. L’examen au spéculum fait découvrir une ulcération superficielle environnant l’orifice du col, et présentant les dimension d’une pièce de 1 franc. Cette ulcération est plus étendue, en surface, sur la lèvre antérieure que sur la postérieure : pour l’apercevoir sur cette dernière, il faut entr’ouvrir les deux lèvres du col en écartant l’une de l’autre les deux valves du spéculum. Le fond de l’ulcération, d’un rouge-cerise, est recouvert d’un muco-pus assez adhérent. Le col présente pour diamètre 0m,030 dans tous les sens ; au touche]*, il offre une consistance assez molle et une chaleur assez considérable. Traitement : 1 cautérisation au nitrate d'argent par semaine, 2 injections alunées par jour; 1 pilule de proto-iodure (0 gr. 05). — Le 31. L’ulcération commence à se cicatriser, la cicatrice procède de la circonférence vers le centre. — Le 28 février. La cicatrice est complète en moins de deux mois de traitement. — Le 24 mars, la malade sort guérie ; le traitement de l’ulcération a duré cinquante-six jours.

1S52. — Üubreuil. 3

Ve OBSERVATION.

Ulcération superficielle sur les confins de laquelle existent quelques granulations; engorgement du col ; cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent. Guérison au bout de quarante-six jours.

P... (Joséphine), âgée de vingt-trois ans, blanchisseuse, d’un tempérament nerveux sanguin, d’une robuste constitution; entrée, le iel février 1851, salle Saint- Bruno, lit n° 20. Cette femme présente des plaques muqueuses au pourtour de l’anus, quelques-unes sont disséminées à la face interne et supérieure des cuisses; elle n’accuse aucune douleur dans le bassin. Spéculum : l’une et l’autre lèvres du col sont le siège d’une ulcération superficielle d’un aspect jaunâtre avant de l’avoir détergée du muco-pus qui la recouvre, mais d’un rouge assez vif après avoir été essuyée; elle offre la largeur d’une pièce de 1 franc, et ne paraît pas se prolonger dans l’intérieur du col. Au niveau de la commissure des lèvres, on remarque de petites élevures arrondies, au nombre de cinq, du volume d’une tête d’épingle ; lorsqu’on les pique avec la pointe d’une lancette, il en sort un mucus filant, mais transparent: ce sont des follicules hypertrophiés, sensibles au simple toucher ; partout ailleurs la surface est lisse. Le col , qui présente un peu d’engorgement, est assez volumineux. Diamètre antéro-postérieur, 0m,035; diamètre transverse, 0ra,040. La sonde hystéromètre ne peut pénétrer jusque dans la cavité utérine, elle est arrêtée à l’orifice cervico-utérin. Traitement: 1 cautérisation au crayon de nitrate par semaine, 2 injections alunées par jour ^ 1 pilule de proto-iodure d’hydrargyre pour les accidents syphilitiques. — Le 23. L’ulcération est en bonne voie de cicatrisation ; la cicatrice se fait de la circonférence vers le centre. — Le il mars. Plus de trace d’ulcération sur le col; cet organe a sensiblement diminué de volume, il présente 0m,030 pour tous ses diamètres. La malade sort guérie six semaines après son entrée.

B. Ulcérations bonrgeonnées .

Au lieu de dire, avec tous les auteurs, ulcérations granulées, je dis ulcérations bourgeonnées, parce que les granulations ne m’ont pas paru constituer, dans ces sortes d’ulcérations, un caractère aussi constant que le bourgeonnement ; et de plus , les granulations constituées par l'accumulation d’un liquide plus ou moins visqueux et

purulent dans la cavité dilatée des follicules du col , se rencontrent assez souvent sans ulcération, tandis qu’il n’en est pas de même des bourgeons charnus, qui, étalés sur la surface ulcérée, y forment une couche que l’on trouve toujours. Enfin on observe quelquefois les granulations comme complication des simples érosions (voir obs. 5 et obs. 10) et comme accompagnement des ulcérations fongueuses, sur les confins desquelles elles se trouvent disséminées; tandis que la couche bourgeonnée proprement dite ne recouvre que l’espèce d’ulcération qui nous occupe en ce moment. Lorsque les granulations sont réunies en grande quantité sur le même point du col , et qu’elles se pressent mutuellement les unes contre les autres, elles peuvent, il est vrai, simuler à s’y méprendre une ulcération bourgeonnée : le développement excentrique des follicules occasionne le soulèvement de la couche muqueuse qui les revêt : il s’ensuit une compression sur les points culminants , ce qui détermine la stase et quelquefois l’exsudation du sang dans les dépressions interfolliculaires ; de là cet aspect rouge plus ou moins foncé , comme dans les ulcérations bourgeonnées. Le toucher, pratiqué avec attention , suffira le plus souvent pour lever le doute : les granulations donnent, sous le doigt que l’on promène à leur surface , la sensation que produiraient des grains de millet ou de chènevis çà et là répandus , tandis que la couche bourgeonnée ne donne aucune sensation particulière ; c’est ce qui fait que le toucher seul est impuissant pour reconnaître la variété d’ulcération dont elle constitue le principal caractère. Un autre moyen plus sûr de diagnostic différentiel entre le bourgeonnement et l’état granulé consiste , le col étant préalablement embrassé par les valves du spéculum , à ponctionner avec une lancette toutes les petites élevures. Si, en rapprochant les valves de 1 instrument, et par conséquent en comprimant le col, on fait sortir par les piqûre unliquide visqueux, soit transparent comme du blanc d œuf, soit d’un bVanc opalin légèrement nuancé de jaune, c est en présence de granulations qu’on se trouve ; si au contraire on n obtient que

des gouttelettes de sang pur, c'est à des bourgeons charnus que l’on a affaire.

Les ulcérations bourgeonnées occupent ordinairement le pourtour de Forifice du col ; on les voit souvent se prolonger assez profondément dans l’intérieur de la cavité de cet organe. Les bords de l’ulcération ne sont pas habituellement parfaitement délimités; ils sont formés par une simple érosion de l’épiderme, qui constitue en quelque sorte une transition entre la surface véritablement ulcérée et les parties voisines restées saines. Au centre, là où le derme muqueux est intéressé dans toute son épaisseur, on voit de petites éminences mamelonnées, très-molles, se laissant déprimer sous le doigt, et ne pouvant par conséquent être perçues à l’aide du simple toucher ; véritables bourgeons charnus , mais bourgeons charnus de mauvaise nature, d’un aspect rouge jaunâtre, saignant avec assez de facilité, et peu abondamment, lorsqu’on les effleure pendant l’exploration avec une des valves du spéculum , sécrétant une matière visqueuse et assez tenace d’une couleur jaune sale ; eette matière n’est autre chose qu’un mélange plus ou moins intime de mucus et de pus.

Ces ulcérations sont toujours accompagnées d’un engorgement du col, et souvent en même temps du corps de l’utérus, surtout lorsqu’elles existent depuis longtemps. La plupart des malades qui en sont atteintes se plaignent d’un état de courbature, de malaise indéfinissable ; elles se fatiguent promptement, et disent éprouver des douleurs vagues dans les régions lombaire, hypogastrique inférieure et iliaques , surtout après une longue marche ou un travail pénible. Toutes sont incommodées par un écoulement blanc jaiîhâtre quelquefois très-abondant; chez quelques-unes, il y a absence complète de douleurs , et l’écoulement blennorrhagique est le seul inconvénient qui les engage à venir consulter le médecin. Il est rare qu’il n’y ait aucun retentissement du coté des organes de la digestion; les malades accusent ordinairement des tiraillements, des serrements d estomac, des crampes , pour employer leurs expressions; leurs di-

gestions sont pénibles, le plus souvent on peut observer chez elles, un amaigrissement rapide. La plupart deviennent tristes, rêveuses > et sont portées à se contrarier pour ie moindre motif.

Quelquefois la simple cautérisation avec le nitrate d’argent suffit à la longue pour amener la guérison; les malades qui font l’objet des observations 6 et 7 en sont des exemples, toutes deux furent guéries après deux mois de ce traitement. Mais le plus souvent on n’arrive à aucun résultat satisfaisant, comme chez les malades des observations 8 et 10, où nous voyons plusieurs cautérisations avec le nitrate d’argent ne produire aucune modification, et une seule application du caustiquer Fiihos amener au contraire une guérison complète en quatorze jours dans un cas, et en trente-six jours clans l’autre.

VIe OBSERVATION.

Ulcération bourgeonnée avec un peu d’engorgement du col et du corps, catarrhe utérin; cautérisations avec le nitrate d’argent. Guérison après soixante jours de traitement.

M... (Eugénie), âgée de vingt-quatre ans, domestique, d’un tempérament lymphatique, d’une bonne constitution; entrée le 16 janvier 1851, salle Saint-Bruno, lit n° U. Réglée pour la première fois à 14 ans, depuis lors, ses époques menstruelles ont toujours été très régulières, sauf une seule exception. De dix -sept à vingt-quatre ans, elle eut trois enfants; ses grossesses ont toutes été très-heureuses, les accouchements peu laborieux, et les suites de couches exemptes de toute complication, il y a deux mois, ses règles parurent plus tôt que d’habitude et furent signalées par une perte abondante qui dura douze jours. Au moment de son entrée, elle est atteinte de plaques muqueuses à la vulve et d’une svpbilide papuleuse; elle dit éprouver des douleurs dans les lombes et dans la région hypogastrique. Au toucher, on trouve l’utérus, très-mobile le col présente sa consistance habituelle, le corps de l’utérus plus volumineux, qu’à l’état normal , occupe le centre du bassin, sans aucune déviation marquée. Spéculum: ie co ne l’utérus est engorgé, diamètre antéro-postérieur, 0m,045; diamètres transverse, 0m,035; ou trouve une ulcération de la largeur d’une pièce de 50 centimes, elle occupe la lèvre antérieure et un peu la lèvre postérieure; pour la découvrir sur cette dernière, il faut enlr’ouvrir l’orifice du col en écartant les valves

du spéculum. Le fond de F ulcération , sans aucune tendance à saigner, est d’une couleur rouge orangé et présente çà et là de petites élevures bourgonnées * cette ulcération se prolonge évidemment dans la cavité du col , par l’orifice duquel s’écoule une quantité assez abondante de mucus purulent. L’hystéromètre marque 0m,065. Traitement de l’ulcération : cautérisation avec le nitrate d’argent, une fois par semaine , on a soin d’introduire le crayon jusque dans la cavité du col et de prolonger son contact pendant une demi- minute. Les accidents syphilitiques sont combattus avec le mercure. — Le 29 janvier, l’écoulement purulent est de moitié moins abondant et ITdcéralion commence à présenter çà et là quelques petits points blancs de cicatrice. — Le 17 mars, l’ulcération est complètement cicatrisée; diamètre antéro-postérieur du col , 0m,035; diamètre transversale, id. La malade sort guérie après deux mois de traitement.

VIIe OBSERVATION.

Ulcération bourgeonnée avec engorgement léger du col, catarrhe utérin; cautérisations avec le nitrate d’argent. Guérison après un traitement de cinquante-deux jours.

D... (Sophie), âgée de 22 ans, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution assez faible, entrée le 25 janvier 1851 , salle Saint-Bruno, lit n° 13. Réglée pour la première fois à 15 ans, et depuis assez régulièrement, mais très-peu à la fois. Elle eut deux enfants, le premier à 18 ans, et le second deux ans après ; ses deux accouchements ont été naturels. Elle ne commit aucune imprudence à la suite de ses couches; elle n’a jamais eu de pertes de sang; pas d’antécédents syphilitiques. Depuis son dernier accouchement, c’est-à-dire depuis deux ans , flueurs blanches assez abondantes. Elle éprouve parfois, dit-elle , un tel délabrement d’estomac, et une prostration générale telle, que souvent elle s’est trouvée sur le point de perdre connaissance. Depuis trois semaines , elle sent une grande pesanteur dans le bassin , et lorsqu’elle vient à marcher plus que d’habitude, son écoulement leucorrhéique acquiert des propriétés irritantes et occasionne des cuissons insupportables à la vulve et à la partie interne et supérieure des cuisses. Spéculum ; le col légèrement engorgé est largement ouvert, son sommet est couronné par une ulcération rouge à fond mamelonné ; cette ulcélation, qui extérieurement présente les dimensions d’une pièce de 1 franc, s’enfonce dans la cavité du col ; sa surface est baignée par un liquide mueoso-purulent qui s échappe de 1 orifice. Au toucher, oo trouve le col assez consistant; la surface ulcérée ne produit aucune sensation spéciale. Traitement : on cautérise une fois par semaine, avec le crayon de nitrate d’argent, la surface ulcérée ainsi que la cavité du col; deux injections alunées par jour; deux grands bains

par semaine. — Le 17 mars, F ulcération est complètement cicatrisée; diamètre antéro-postérieure du col 0m,030 ; diamètre transverse, Gm035. La malade sort guérie.

VIIIe OBSERVATION.

Ulcération bourgeonnée avec engorgement du col, antéversion avec déviation latérale droite ; cautérisation avec le nitrate d'argent sans efficacité; une seule application du caustique Filhos produit la guérison en quatorze jours.

B... (Louise), âgée de 21 ans, d’un tempéramment sanguin, d’une bonne constitution , entrée le 12 avril 1851 , salle Saint Alexis, n° 27. Réglée pour la première fois à 13 ans; depuis ses règles, assez abondantes, ont paru très-régulièrement, sauf dans ces derniers temps. Depuis l’âge de 16 ans, époque à laquelle elle se maria, elle a toujours été sujette aux flueurs blanches ; jamais de pertes de sang; elle fit deux fausses couches , l’une à cinq mois de grossesse, l’autre à sept mois et demi , cette dernière remonte à six semaines; elle n’a jamais éprouvé de douleurs soit dans les lombes, soit clans la profondeur du bassin. Au toucher, le col présente une consistance assez molle et comme pâteuse , il est engorgé. Spéculum : sur la lèvre antérieure et au niveau de la commissure droite, existe une ulcération à bords frangés, à fond mamelonné, saignant avec assez de facilité mais peu abondamment; l’orifice du col est béant et déchiqueté. Cette ulcération fut cautérisée trois fois avec le crayon de nitrate d’argent, sans aucun amendement notable. — Le 3 mai, par la palpation abdominale et le loucher vaginal combinés , on constate que le corps de l’utérus volumineux est porté un peu à droite, mais surtout en avant, derrière la symphyse pubienne. Le toucher provoque de la douleur non-seu’ement lorsqu’on comprime l’utérus, mais encore lorsqu’on dirige le doigt vers les fosses iliaques , où il semble que l’on trouve comme un magma pâteux; il y a là tous les caractères d’une phlegmasie chronique du tissu cellulaire péri-utérin. Le spéculum montre une ulcération occupant le centre du col ; cette ulcération est frangée, mamelonnée, et s’enfonce profondément dans la cavité. Diamètre transverse du col, 0m,035 ; diamètre antéro-postérieur, 0m,033. L’antéversion ne permet pas de pratiquer le cathétérisme. Application du caustique Filhos dans l’orifice même du col pendant deux minutes ; la malade n’éprouva aucune douleur pendant l’application. — Le 13. Depuis la cautérisation , la malade n’a pas souffert, elle a gardé le lit pendant six jours ; un grand bain. — Le 14 , spéculum: la perte de substance subie par le col sous 1 ac tion du caustique est en grande partie comblée, une cicatrice solide occupe la place de l’ulcération ; au centre, il ne reste plus qu’une petite surface de la lar-

geur d’une lentille qui soit privée de cicatrice; cette surface est rouge et pré- ! sente un très-bon aspect. Diamètre antéro-postérieur du col, 0m,030; diamètre transverse, id. La malade sort sur sa demande. Elle revint à la consultation le samedi 17; on trouva l’ulcération cicatrisée partout, sauf un point de la largeur d’une tète d’épingle, au niveau de la commissure droite. A la paroi postérieure du vagin, un peu au-dessous du cul-de-sac, existe une déperdition de substance de la largeur d’une pièce de 50 centimes, et recouverte de bourgeons charnus de bonne nature. Celte ulcération provient évidemment de la chute d’une eschare qui a été produite par la fusion d’un peu de caustique en ce point. Quelques jours suffiront pour que tout soit cicatrisé; ii ne reste plus aucune trace de la phlegmasie du tissu cellulaire péri-utérin; la malade ne revint pas à la consultation et tout porte à croire que la guérison fut définitive. Chez cette malade, trois cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent furent sans résultat ; une seule cautérisation pratiquée avec le caustique Filhos amena une guérison que l’on put regarder comme définitive au bout de quatorze jours.

IXe OBSERVATION.

Ulcération bourgeonnée résultant de la transformation d’une simple exuleération , engorgement du col et du corps de l’utérus; une seule application du caustique Filhos; métrite consécutive. Guérison cinquante-huit jours après la cautérisation.

L... ( Joséphine-Albertine) , âgée de vingt-huit ans, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution assez bonne, entrée, le 8 février 1851, salie Saint- Alexis, n° i 5. Réglée à quatorze ans et demi , et depuis assez irrégulièrement ; elle fut une fois près de deux ans sans voir paraître ses époques; elle ne devint jamais enceinte; à l’âge de vingt-cinq ans, elle eut une perte très-abondante, qui dura près de deux mois. Au moment de son entrée à Lourcine, ou elle fut admise pour une vaginite et des chancres multiples de la vulve, le col fut trouvé sain et normal. — Le 25 février, à l’aide du spéculum, on constata une érosion de la muqueuse du col, produite par l’extension de l’inflammation blennorrha- ■gique. Cette érsoion fut négligée à dessein pendant les mois de mars et d’avril.

* — Le 3 mai, M. Richet examine avec soin le malade, et constate l’état suivant ; Toucher : 1 utérus présente un volume considérable; il remonte jusqu’auprès de 1 angle sacro-vertébral, où il est très facile, à cause de la flaccidité des parois abdominales, de sentir son fond. Cet examen détermine de la douleur dans tout le petit bassin; 1 utérus n’est d’ailleurs nullement dévié. Spéculum : une ulcération de la largeur d’une pièce de 2 francs existe sur les deux lèvres du col ;

elle est d’un rouge vif, non saignante, présentant, surtout sur la lèvre antérieure, des élévations bourgeonnées très-saillantes ; elle se prolonge dans l’intérieur du col. — Diamètre antéro-postérieur du col, 0U1,035; diamètre transversal, 0m,033. Le cathétérisme se fait assez difficilement; on rencontre un peu de résistance à l’ouverture du corps utérin; l’hystéromètre marque 0in,073. (Application du caustique Filhos au centre même du col pendant deux minutes. Pendant l’opération, la malade accusa quelques légères douleurs dans le bas-ventre.)-— Le 10 mai. Depuis le jour où la cautérisation fut pratiquée, la malade a constamment accusé des douleurs assez vives dans le bassin; il faut dire aussi qu’elle n’a tenu aucun compte de la recommandation expresse qu’on lui avait faite de garder le repos au lit, elle a plusieurs fois commis l’imprudence de se lever. Un liquide roussâtre s’écoule par le vagin. Cette nuit, les douleurs se sont concentrées dans la fosse iliaque droite, et sont devenues assez intenses pour la priver de sommeil; pouls vif et accéléré , 96 pulsations. (Saignée de 300 grammes, cataplasmes émollients sur le ventre.) — Le 12. Le sang de la saignée est très-couenneux ; même état. (25 sangsues sur le côté droit de l’abdomen.) — Le 13. Douleurs moins intenses, peau moins chaude, pouls à 92 ; la pression sur le ventre ne détermine plus de douleur; le toucher vaginal et la palpation abdominale, pratiqués simultanément, permettent de découvrir un développement considérable de l’uterus, dont le fond remonte jusqu’à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic; la mobilité de cet organe démontre que le tissu cellulaire environnant ne participe en rien à l’état de congestion inflammatoire que présente l’utérus ; pas de nausées. ( Grand bain prolongé de trois heures, qui procure beaucoup de soulagement.) — Le 15, grand bain prolongé. — Le 22. La malade perd encore un peu de sérosité roussâtre ; la douleur persiste dans la région hypogastrique inférieure ; au toucher, on constate de l’empâtement dans le petit bassin. ( Saignée de 300 grammes.) Le 24, saignée de 200 grammes. La métrite céda enfin sous Finfliience de ce traitement antiphlogistique énergique. — Les jours suivants, la malade tomba dans un état

anémique assez prononcé ; bruit de souffle à double courant dans 1 une et 1 autre régions carotidiennes. Les préparations ferrugineuses et les toniques lurent administrées. — Le 3 juin. L’appétit est revenu , et la malade reprend des forces; au toucher, on constate que la matrice, déviée à droite, est moins volumineuse et surtout moins sensible que les jours derniers; le col présente une siu face lisse; il se fait par le vagin un écoulement blanc assez abondant. Le 13, examen au spéculum: l’ulcération est complètement cicatrisée, il ne reste plus qu’un peu de rougeur; le col semble comme ratatiné, et son orifice est létiéci, diamètre antéro-postérieur, 0ra,030; diamètre transversal, id. ; l’hystéromètre

1852. — DuhreuiL

marque 0m,057. — Le 30 , diamètre antéro-postérieur, 0,m027 ; transversal, 0n\03Q; hystéromètre , 0m,050. Toucher : on trouve Tutérus mobile, non douloureux à la pression, mais ayant une légère tendance à se porter en avant. La malade, qui a repris beaucoup d’embonpoint et qui ne souffre plus nulle part, sort parfaitement guérie deux mois après 1 application du caustique.

Xe OBSERVATION.

Ulcération bourgeonnée ayant succédé à une simple exulcération; engorgement du col et du corps de l’utérus; inefficacité du nitrate d’argent; une seule application du caustique Filhos; métrite consécutive. Guérison trente-six jours après la cautérisation.

N... (Emilie), âgée de vingt-six ans, couturière, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution bonne, entrée, le 20 mars 1851, salle Saint-Alexis, lit n° 13. Réglée pour la première fois à treize ans, et depuis très-régulièrement; mariée à seize ans, elle fit une fausse couche au bout de six mois et demi de grossesse. Dans les quatre années qui suivirent, elle accoucha deux fois à terme. Ces deux grossesses et les suites de couches ne furent marquées par aucun accident. Elle dit n’avoir jamais eu de pertes de sang; elle n’a jamais éprouvé de douleurs soit dans la région lombo-sacrée, soit dans le bassin, soit dans les cuisses; elle a toujours été sujette aux fiueurs blanches. A l’âge de dix-huit ans, elle eut plusieurs chancres à l’entrée du vagin, pour lesquels elle suivit un traitement mercuriel pendant un mois. Elle entra à Lourcine, le 20 mars, pour un abcès de la glande vulvo-vaginale du côté gauche, et pour une vaginite peu intense; elle présentait, en outre, une sypbilide papuleuse: les papules, recouvertes de petites écailles micacées blanchâtres, disposées sous forme de cercles plus ou moins grands, occupaient surtout la face interne et supérieure des cuisses, la région antérieure du tronc et la partie externe des bras. L’examen au spéculum ne fit rien découvrir autre chose que la vaginite; le col de l’utérus présentait son volume et sa position habituels, sa muqueuse était intacte, et le mucus transparent. Traitement : t pilule de proto-iodure de mercure pour les accidents syphilitiques ; 2 injections alunées par jour; 2 grands bains par semaine pour la vaginite. — Le 4 avril. On constate avec le spéculum qu’il existe sur le col, tout au pourtour de l’orifice, une érosion de la muqueuse, survenue par suite de l’extension de l’inflammation vaginale; on cautérise superficiellement avec le crayon de nitrate d’argent. — Le 6, on permit à la malade de sortir pour une circonstance toute particulière; elle rentra le 16 du même mois, ayant continué chez elle 1 usage des pilules. — Le 22. Un nouvel examen au spéculum fait voir que la simple érosion du col s’est transformée en une ulcération bourgeon-

née de la largeur d’une pièce de 50 centimes, occupant tout !e pourtour de l’or fiee. — Jusqu’au 2 mai, cette ulcération fut touchée deux fois avec le nitrate d’argent, mais sans aucun succès; à celte époque, la syphilide et la vaginite avaient disparu. Au toucher, on constate que Se col est volumineux, et que ses lèvres sont comme retroussées et renversées en dehors. Avec le spéculum, on voit que la surface ulcérée a augmenté d’étendue, elle est égale à une pièce de 1 franc; sur ses confins existent plusieurs petites saillies arrondies, les unes rougeâtres, les autres d’un blanc jaunâtre (. granulations ). Diamètre antéro-postérieur du col, 0m,037 ; diamètre transverse, 0m,032 ; l’hystéromètre pénètre avec facilité et donne 0U1,065. On cautérise avec le caustique Filhos; pendant les deux minutes que dura l’application, la malade ne parut éprouver aucuue sensation pénible’ un peu de caustique ayant fusé dans le cul-de-sac postérieur, il en résulta une eschare en ce point. Les trois premiers jours, un liquide sanguinolent roussâtre s’écoula par le vagin ; le septème jour, l’écoulement sanguinolent avait été remplacé par un écoulement blanc peu abondant. Gomme la malade ne souffrait nulle part, elle commit l’imprudence de quitter le lit, et, sans autorisation, resta levée toute une journée. Les jours suivants, perte d’appétit, soif vive ; pouls variable entre 100 et 110; douleurs intenses dans l’excavation pelvienne, avec irradiation dans les régions lombo-sacrée et inguinale droite. Une inflammation du tissu cellulaire situé sous le repli péritonéal recto-vaginal se déclara , et détermina la formation d’une tumeur du volume d’un œuf de poule, facile à circonscrire à l’aide du toucher rectal et du toucher vaginal combinés; cette exploration était extrêmement douloureuse. Besoin fut de recourir à un traitement antiphlogistique énergique : 3 saignées, de 300 gr. chacune, furent pratiquées dans l’espace de douze jours; diète sévère, cataplasmes émollients en permanence sur l’abdomen. — Le 26 mai , la malade entrait en convalescence. — Le 3 juin, on pouvait l’examiner au spéculum, et constater qu’il n’y avait plus trace d’ulcération. Le col était porté en arrière, et présentait 0m,030 pour tous ses diamètres. La tumeur située entre l’utérus et le rectum avait disparu; l’hystéromètre, introduit dans la cavité utérine, marquait 0m,068. — Le 6. La malade ayant recouvré tout son appétit, commençait a reprendre de l’embonpoint; elle sortit guérie le 7, trente-six jours après la cautérisation.

J’ai rapporté avec détail les observations 9 et 10, parce quelles m’ont paru mériter un intérêt tout particulier. EÜes montrent : 1° qu’une simple érosion du col produite par une inflammation blennorrhagique de cet organe, peut se transformer, si on la ne-

glige , en une ulcération bourgeonnée ; 2° que le caustique Filhos maintenu appliqué pendant deux minutes peut, chez des sujets indociles, occasionner une métrite aiguë.

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