MANIÈRE IL FAUT L’EMPLOYER
Ainsi que îe démontrent les cinq premières observations, le nitrate d’argent réussit dans les cas d’ulcération très-superficielle; il réussit encore quelquefois lorsqu’on l’emploie pour des ulcérations bourgeonnées compliquées d’un léger degré d’engorgement du col (obs. 6 et 7), mais le plus souvent, dans ce dernier cas, il ne produit aucun résultat avantageux , et j’ai cité deux exemples de son inaction (obs. 8 et 10). Dans les cas d’ulcérations fongueuses, nonseulement il a cet inconvénient d’échouer constamment, mais aussi cet autre, plus grand encore, d’activer quelquefois les progrès du mal.
Le mode d’application est des plus simples : le col étant circonscrit par les deux valves du spéculum, il convient d’abord d’absterger avec soin les mucosités purulentes qui recouvrent l’ulcération; puis, pour une première cautérisation, on se sert indifféremment soit de la solution concentrée (nitrate d’argent cristallisé, 30 gr. pour quantité égale d’eau distillée) que l’on applique au moyen de quelques brins de charpie réunis en faisceau au bout d’un petit bâtonnet ; soit du nitrate d’argent fondu en crayon, c’est-à-dire à l’état solide, que l’on passe avec soin sur tous les points de la surface ulcérée. Dans les deux cas , cette dernière se recouvre aussitôt d’une pellicule très-mince, remarquable par sa blancheur; cette pellicule est en grande partie constituée par de l’albumine coagulée. C’est là toute
Feschare, qui se détache du quatrième au cinquième jour. L’action du caustique est tellement superficielle, qu’au bout de ce laps de temps, il est difficile d’apprécier la modification qui a été produite; ce n’est qu’à la longue, et après plusieurs cautérisations successives, que celle-ci devient manifeste. Pour les cautérisations suivantes, entre chacune desquelles il convient de laisser un intervalle de huit jours au moins, il n’est plus indifférent d’employer la solution ou le crayon ; c’est à ce dernier qu’il faut accorder la préférence. Avec lui, en effet, il est toujours facile de respecter les bords de l’ulcération par où débute le travail de réparation ; tandis qu’avec le pinceau imbibé de la solution concentrée , on s’expose presque inévitablement , en touchant une large surface à la fois , à détruire les premiers linéaments de cicatrice; de telle sorte que de cette manière la seconde cautérisation aurait pour résultat d’annuler le bénéfice de la première, et ainsi de§ autres.
Après chaque opération , il convient de pousser doucement sur le col une injection d’eau froide , dans le but de diluer les molécules du caustiqne qui n’ont pas agi, et d’éviter, après l’extraction du spéculum , leur contact avec les parois du vagin , ce qui occasionnerait une sensation pénible pour la femme.
Lorsque l’ulcération pénètre dans le col , et file , comme on dit , dans la cavité de cet organe , il ne faut pas craindre de la poursuivre en plongeant le crayon aussi profondément qu’on le jugera convenable. Lorsque dans ce cas on atteint la limite supérieure du col, il est rare que la femme n’accuse pas une certaine douleur, peu vive, il est vrai, mais agaçante et s’irradiant vers les régions lombaires et inguinales ; dans tous les cas , il n’y a aucune espèce de danger à redouter, et à ce sujet je citerai le fait suivant dont je fus témoin. Le crayon, auquel on avait laissé trop de longueur, cassa accidentellement au niveau des mors du porte-pierre, et un fragment cylindrique de nitrate d’argent , de 0U102 environ , resta dans la cavité du col , d’où il fut impossible de F extraire , malgré plusieurs tentatives faites dans ce but. Gomme du reste la femme n accusait
aucune autre souffrance que de légères coliques, on se contenta de pratiquer deux injections intra-uterines avec une solution de chlorure de sodium (30 gr. pour 200 gr. d’eau), de recommander une diète légère et le repos au lit ; il ne se déclara pas le moindre accident. On pourrait, ce me semble, expliquer dans un tel cas l’innocuité complète du nitrate d’argent de la manière suivante : l’albumine des mucosités du col forme en se coagulant autour du crayon une couche imperméable qui l’isole complètement des parties vivantes et neutralise son action.