‹ De l'emploi méthodique des anesthésiques et principalement du chloroforme à l'aide de l'appareil réglementaire dans le Service de santé de la MarineChapitre 10 sur 16 · DISTRIBUTION DES OPERATIONS PAR ANNEES · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES OPERATIONS PAR ANNEES

Nous rappellerons tout d’abord que sur 272 opérations ou essais (1) indiqués dans noire tableau, 230 ont été pratiqués sous l’influence de l’anesthésie chloroformique produite à l’aide du cornet Reynr.ud.

Les 42 premières du registre de Brest l’onl été après chloroformisation préalable déterminée d’après divers procédés, tels que ceux de la serviette, de l’éponge, des appareils Charrière, Bretel etc., et surloul du sacde iB. Jules Roux et de la double vessie de M. Marcellin Duval qui a été spécialement employée dans 21 opérations.

L’ancienneté de la méthode est du reste prouvée par la distribution suivante des observations par années :

6 en 1847 58 en 1848 42 en 1849 20 en 1850 17 en 1851

14 en 1852

15 en 1853 2 en 1854

soit 174 opérations pratiquées à Brest auxquelles nous devons joindre:

98 observations de Toulon l’ecueillies en 1854 1855, 1856 et partie de 1857.

(1) Nous les réunissons aux operations pour n'avoir pas à les citer ü uart à chaque instant. ' '

J’ai (lit ailleurs déjà coininenl ou eu élail venu après divci s essais à adopter le cornet d’une manière réslemenlaire dans la marine, en raison de sa simplicité cl de ses avantages sni- les autres procédés, aussi n’ai-je pas besoin d’en parler do nouveau.

2° REGLES d’administration.

Les règles d administration du chloroforme exigent plus de développement, car elles sont certainement pour beaucoup dans les causes efiieientes de l’absence complote d accidents de|)uis 1 introduction des aneslhésiijues dans nos hôpitaux, ainsi que dans la sécurité et la hardiesse avec lesquelles l’insensibilité est provoquée et maintenue dans nos ports ou à bord des navires de l’Etal (1).

Le préambule do toutes nos observations prouve combien CCS prescriptions ont été de tout temps strictement observées ; on y voit en effet presque invariablement notés :

A. L’état de jeûne des sujets , précaution recommandée par tous les chirurgiens pour des raisons faciles à apprécier.

B. La position horizontale des opérés dont l’iinporlance est aussi trop généralement préconisée pour que je m’y arrête ; ainsi que la constatation préalable de l’état

(1) M, Fleury, chirurgien de 1'’<= classe, qui a communiqué à la Société de chirurgie le 21 décembre 1835, les résultats particuliers de lar pratique deM. Jules Roux de Toulon, a insisté en toute vérité sur l’étonnement produit dans nos ports par le nombre, déjà considérable alors, des décès occasionnés jiar le chloroforme, et par les craintes que qnélques médecins avaient exprimées dans la discussion au sujet de l'emploi des anesthésiques. (Uulletin de lu Société de chirurgie, t. 4, p. 327 et suivantes.)

des pupilles; des caraclôres du j)ouls eide la respiration, cl enfin l’indicalion de la pureté chimique du chloroforme et de son dosage.

Ces dernières conditions demandent quelques développements tirés de l’analyse des faits cliniques,

C. Examen des pupilles et de la face. —11 est important en effet de bien examiner le degré de dilatation

ou do resserrement de l’ouverture pupillaire avant de

soumettre un malade aux inhalations anesthésiques.

» C’est une règle sur laquelle on a souvent insisté dans ces dernières années d’après les résultats de l’expérience médicale ou des essais lentés sur les animaux, et si M. Broca a surtout fait considérer comme grave l’augmcnlalion du champ pupillaire, lorsqu’elle était rapide ou portée au-delà de cci’taines limites, nous pouvons faire observer que l’on avait été frappé de l’importance majeure de ce signe dès 1817 dans nos hôpitaux.

Les textes reproduits démontrent la préoccupation constante de noter tous les symptômes fournis par l’appareil de la vision, surtout par l’iris, cl j’ajouterai que la disposilion en bec de la large ouvcrlirrc du cornet permet déjuger avec toute certitude des variations qui peuvent se présenter de ce côté.

Une surveillance exacte est loin d’être aussi facile, ou dégagée de causes d’erreurs, quand on a recours aux procédés qui ne remplissent pas l’indicalion de s’opposer à la dispersion des vapeurs anesthésiques en tous sens et particulièrement vers les yeux.

Les efforts répétés du clignotement ou la conjonctivite

— 5lj —

passagère (pii so déclarenl proinplemenl alors peuvent très bien délerininer des réactions momentanées, direcics ou léllexcs, dans les muscles de l’(eil et masipier ainsi jusqu’à un certain point et pendant un temps plus ou moins long, les premiers eflèts des anesthésiques.

Ce sont là tout au moins des inconvénients locaux à éviter et la méthode que nous suivons réussit si bien sous ce rapport que le clignotement oculaire n’a été nol^ qu’une fois sur 272.

D. État de la circulation et de la respiration. — ■ L’élat du pouls, ses qualités de force , de vibration , de plénitude, de fréquence, doivent être également consignés comme point de départ, sans leqiud on ne peut plus constater d’une manière rigoureuse les modifications que la circulation peut subir.

Il n’est pas moins utile de s’assurer, à l’aide de l’auscultation et de la percussion, de la régularité des phénomènes de la respiration et des altérations du cœur ou des poumons qui peuvent exister chez les sujets qu’on va opérer.

La tuberculisation avancée, certaines affections organiques, quelques diathèses, doivent rendre plus circonspect dans l’administration des anesthésiques sans en conlr’indiquer formellement l’usage; mais l’inflammation simple ou chronique des diverses parties de l’arbre aérien est loin d’avoir les mêmes conséquences.

Dans 4 circonstances où la bronchite existait, nos ob-

servalions portent expressément que l’inhalation n’a été ni plus difficile ni plus longue que dans les cas ordinaires, et qu’il n’est survenu aucun accident.

E. Pureté chimique du chloroforme. — J’arrive ainsi à la question du dosage et de la pureté du chloroforme ; elle offre plus d’intérêt.

J’ai déjà dit comment, à priori, ces deux règles semblaient devoir être regardées comme de nécessité absolue par des médecins positivistes ; l’expérience constamment heureuse de la marine ne peut faire partager d’ailleurs aux chirurgiens de la flotte les craintes qu’ont exprimées dans la discussion de l'Académie MM. Ricord (1) et Guérin (2) ; le premier au sujet de l’action générale ou dynamique trop intense du chloroforme ; le second au contraire relativement à un effet local irritant trop direct sur la muqueuse de voies aériennes.

A plus forte raison ne peuvent-ils adopter la proscription proposée par quelques autres orateurs.

Quant à l’usage du chloroforme pur, n’est-il pas d’abord naturel de supposer (ce que l’observation clinique a vérifié,) que l’emploi de liqueurs mitigées ou diluées doit avoir pour résultat ordinaire de ramener l’inhalation aux conditions où de plus faibles doses sont administrées?

Or, nos registres renferment plusieurs faits où il a fallu promptement doubler la quantité initiale d’anesthésique pour remédier aux effets- incomplets de doses insulfisantes.

Si le chloroforme est au conti aire altéré (cela n’arrive que trop souvent, dans les pharmacies de province, du moins), des accidents sont plus à craindre, et deux de nos observations le confirment.

(1) Séance du 7 juillet 1857.

(2) Séance du 16 juin 1857,

Il y est exprossémenl noté que la liqueur se trouvait accidenlellenient irupure, et, malgré la dose ordinaire, 1 insensibilité fut tardivement obtenue , accompagnée de contractions violentes et entravée par une période de lutte d’une longueur lout-à-fait exceptionnelle.

J’ai vérifié moi-mème, dans le cours de plusieurs opélations soit en France, soit surtout à bord, l’importance de la pureté chimique des agents anesthésiques, en comparant, par exemple , les effets du chloroforme fourni par l’Etat au moment de l’armement et ceux du même agent acheté à l’étranger.

Le dernier, souvent sophistiqué , déterminait une période d’irritation longue et fâcheuse, tandis que l’ivresse manquait le plus souvent après l’inhalation du premier soumis dans nos hôpitaux à des expertises sévères.

La pureté du chloroforme doit donc être constatée avant l’opération, ce que la ‘simplicité des procédés ordinaires de vérification rend facile pour tout le monde (1); elle a certainement une influence marquée sur la rapidité de l’action anesthésique dont nous aurons bientôt à nous occuper.

L’Académie de médecine s’était du reste nettement prononcée, sur la proposition de Soubeiran (2) , en faveur de l’opinion que nous soutenons, par son vote final de la première discussion sur le chloroforme.

MM. Sédillot et Larrey en ont été dès le début de chauds défenseurs ainsi que MM. Robert et Denonvilliers

(1) Voir la note A à la fin du Mémoire.

(2) Bulletin de l’Académie de Médecine, t. 14, p. 495, séance du 16 février 1849.

dans leurs résumés des débats de la Société de chirurgie (1).

F. Dosage. — Le dosage n’est pas moins utile et à un tout autre point de vue que l’économie, qui pourtant a bien son prix dans la clientèle usuelle, pour ne pas augmenter le chapitre assez volumineux déjà des profits et perles des médecins de campagne et de bien des villes.

Habitué, depuis une assez longue pratique chirurgicale, à ne voir jamais employer ou à n’employer nous-même que des quantités strictement mesurées, nous ne comprenons guère comment M. Ricord a pu dire que rien n’était plus inégal que les doses nécessaires de chloroforme et la durée des inhalations (2) .

Il est vrai que les médecins qui prirent part à la discussion en 1857, comme en 1849 et en 1853, furent loin de s’entendre sur ce point si fréquemment débattu.

Presque tous s’accordèrent d’nbord à repousser le dosage comme impossible, en raison des idiosyncrasies, des conslilulions, des tempéraments , de l’âge, des habitudes , de l’étal de santé ou de maladie, des facultés affectives et des impressions diverses des sujets.

Beaucoup insistèrent sur les variations extrêmes d’aptitude et de tolérance qui, pour les anesthésiques, comme pour un grand nombre d’agents de la médecine, sont autant de fins de non recevoir assez commodes , une source inépuisable d'oppositions si multiples et si mobiles quelles défient tout raisonnement.

(1) Bulletin de la Société de Chirurgie, t. 4, p. 235 el p. 378 (l®'’ février 1854).

(2) Bulletin de l’Académie de Médecine, t. 22, p. 999 et 1069.

Page 1