C. Période terminale.— a. Constatation de l’anesthésie
232 fois sur 272 la déclaration formelle du malade a servi à constater que la sensation de douleur avait été nulle.
Comme nous l’avons énoncé déjà, il est arrivé souvent que les sujeis ont avoué n’avoir rien senti pendant les manœuvres chirurgicales, alors qu’ils paraissaient avoir donné des signes de souffrance.
Cependant il est des circonstances où la douleur a été perçue d’une manière vague, (5 fois) ; 7 lois, elle a été * modifiée et Iranslormée en sensalions de tiraillement de
Iraclions, de pression, de piqûres, de contusion, on de coniinolion électrique ; dans 3 autres cas elle était rapportée loin de son siège réel ; aux tempes , dans la tête, par exemple, ou bien dans les oreilles où le malade croyait entendre tinter des cloches.
Deux fois des cris ou des plaintes ont été longtemps proférés ; 6 fois les rêves ont été agréables ; 8 fois des hallucinations se sont montrées et ont permis au sujet de voir les manœuvres du chirurgien , sans pouvoir y opposer de résistance, sans impressions douloureuses.
Un lieutenant de vaisseau croyait terminer un quart de nuit en se réveillant.
Un forgeron voyait l’opérateur recevoir la scie des mains d’un aide et s’étonnait de ne rien éprouver pendant la section des os.
Un autre voulait se soustraire au contact du fer rouge mais ne pouvait remuer.
Plusieurs enfin , conservant les yeux ouverts, regardaient s’achever l’opération comme si elle était faite sur un autre, et entendaient plus ou moins distinctement ce qu’on disait autour d’eux.
* Tels sont les symptômes qui ont été le plus communément observés pendant la durée de l’anesthésie.
B. Suites immédiates des inhalations. — Elles ont été constamment heureuses.
Dans le plus grand nombre des cas aucun accident n’est venu compliquer l’action du chloroforme.
La circulation, ralentie d’une manière sensible par l’administration des doses répétées et par la prolongation extraordinaire des opérations , a souvent conservé pen-
(lanl loulo' leur durée ramplcurcl le nombre des pulsations notées au début de l’inhalation ; sa dépression ou son ralenlissomenl , quelquefois rapides, n’onl jamais atteint de limites dangereuses.
U en est de même de l’étal de la respiration, fréquemment accompagnée de ronllement et trois ou quatre fois seulement slerloreuse ; il n’a Jamais inspiré d’inquiétudes.
La dilatation de la pupille a promptement cessé lorsqu’elle s’était montrée, et les autres symptômes de la période de déclin des chloroformisations ont été si peu graves que j’aurais presque pu les passer sous silence.
On a noté néanmoins des exemples de persistance de loquacité et de gailé, désignés généralement sous le nom d’ivresse de retour , 7 fois.
Un officier du commissariat, auquel on avait enlevé un lipome, P présenté ce phénomène à un haut degré et déclarait, après avoir repris toute sa connaissance, qu’il lui était impossible de modérer un bavardage incessant.
1 4 fois sur 272, sont survenus quelques nausées ou vomissements ; la céphalalgie, notée 8 fois , ne s’est pas prolongée au delà de quelques heures et les symptômes les plus durables ont été la pâleur de la face, la tendance à la somnolence , l’apparition des sueurs abondantes et froides, l’hébétude et l’engourdissement, signalés 15 fois.
Dans deux cas enfin, la sensibilfté a été considérablement exaltée , au point de constituer un véritable état d’éréthisme nerveux chez un sujet très affaibli, amputé de la cuisse pour tumeur blanche. La fréquence du
pouls avait été jusqu’à 144 pulsations pendant la chloroformisalioii.
En général Ions ces symptômes, parfois associés , se sont très rapidement dissipés dans les premières heures qui ont suivi les inhalations; ils n’ont duré plus d’un jour que deux fois.
4° Considérations spéciales.
A. Répétition des inhalations sur un même sujet. — Larépélilion des séances n’a point présenté de phénomènes plus accusés ou de résistance particulière.
Dix-neuf malades ont été soumis, à inlervalles plus ou moins éloignés, quelquefois dans les 24 heures, à 2 ou 3 inhalations sans qu’aucun danger ne vînt engager aies cesser; nous avons même donné in extenso un exemple de 4 chloroformisations en moins de 48 heures (1).
Plusieurs de nos malades ont été anesthésiés , 4 , 6 et 8 fois sans inconvénient , à quelques jours de distance, en raison de la nature de certaines opérations , (cautéi’isations, réduction do luxations anciennes).
Ce n’est qu’après 3 séances très prolongées que le docteur Churchill et moi avons pu ramener la tête de riuimérus dans la cavité glénoïde, dans le cas de luxation datant de dix mois que nous avons cité (2).
B. Influence sur le traumatisme. — Quant à la réaction traumatique, elle a été très souvent atténuée par d’emploi du chloroforme, bien que ce fait ne soit pas as-
ti) Observalion Duplessis, page 49.
(“2) Voyez page 25.
sez rréquernnicnl énoncé pour que nous puissions le donner comme conslanl
Nous regrcllons du reste vivement de ne pouvoir compléter notre mémoire par l’indication précise des résultats définitifs des opérations que nous avons énumérées ; c’est une lacune que nous nous eiïorcerons de combler dès que nous le pourrons d’une manière rigoureuse.
Cette partie de l’étude des avantages des anesthésiques est en effet loin d’avoir été complètement élucidée , et demande, comme toutes les autres, des données certaines que nous n’avons pu encore réunir.
C. Anatomie pathologique. — Nous éprouverions un embarras plus grand s’il nous fallait aborder l’examen des faits anatomo-pathologiques, en raison de l’innocuité absolue de l’emploi du chloroforme dans la marine.
Nous. renverrons donc aux comptes-rendus des discussions académiques et spécialement aux travaux de MM. Robert et Denonvilliers, lus à la Société de chirurgie , pour tout ce qui a trait à ce sujet, ainsi que pour les règles les plus convenables du traitement des accidents qui peuvent survenir (1).
(1) Voir la note Bü la fin du Mémoire.