‹ De l'emploi méthodique des anesthésiques et principalement du chloroforme à l'aide de l'appareil réglementaire dans le Service de santé de la MarineChapitre 13 sur 16 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Ici se termine la lâche que nous avions entreprise ; nous avons cru qu’il pouvait être utile d’en appeler à l’élude clinique pure, en présence de la précision des résultats que nous avions à notre disposition , et notre travail aurait trouvé toute sa récompense, s’il parvenait à attirer rallenlion sur la méthode instituée dans nos écoles depuis 1847.

Nous ne pouvions avoir la pensée de traiter, chemin faisant, toutes les questions que soulève et que soulèvera très probablement encore l’usage du chloroforme.

Les anesthésiques ont eu trois fois les honneurs de discussions solennelles en 1849, 1853 et 1857, à l’Académie de médecine ainsi qu’à la Société do chirurgie, et il ne nous appartient pas de nous immiscer dans les débats qui ont eu lieu.

S’il nous était permis néanmoins d’émettre une opinion sur l’ensemble des questions qui furent soulevées à la tribune de ces savantes compagnies , nous dirions que l’élude chirurgicale pratique nous paraît avoir inspiré moins d’orateurs que l’examen des points les plus ardus , les plus dangereux même à traiter, de l’éthérisation, envisagée à un point do vue toul-à-fail général.

En 1849, à l’Académie do médecine, le fond de la controverse semble d’abord reposer sur les effets ultimes du chloroforme.

lîsl-co le sang, le syslèmo norvoiix , qu’il inlliioncc d’uno manicro quelquefois si lerriblo ?

Y a l-il asphyxie, iuloxicalioii, sidéralion ?

lüsl-ce le chloroforme, esl-ce telle ou telle dis|)osilioii individuelle qu’on doit accuser de la mort de la malade du docteur Gorré ?

Voilà ce qui préoccupe ceux qui prennent la parole, et avec raison, puisque la question avait été ainsi engagée par le rapport de la commission.

Et beaucoup, de sacrifier aux nouvelles investigations, des hécatombes de chiens, comme à la Société d’émulation ; des centaines de pigeons ou lapins, comme à la Société médico-chirurgicale d’Edimbourg.

M. Sédillot, qui, cependant, nous semble avoir étudié dès le début le sujet qui nous occupe sous un jour vraiment pratique, regarde lui-même comme impossible d’arriver à un résultat concluant par l’expérience et l’observation cliniques (1).

Les idiosyncrasies et leur cortège ordinaire des conditions individuelles sont de plus invoquées comme excessivement variables relativement à l’anesthésie, sans qu’on paraisse vouloir admettre l’explication de leur influence apparente par la variété extrême des procédés et des méthodes d’inhalation presque aussi nombreux que les orateurs.

A peu près seul , Bjandin revient plusieurs fois à la charge en insistant sur le besoin du dosage et sur la né-

(1) Bulletin de l’Académie de Médecine, t. U, p. 252. 31 août 1848.

ccssilé de règles d’adniinislralion dont il importe de ne jamais s’écarler (1).

> Soiibeiran fait de plus adopter par l’Académie et au moment du vole, l’emploi du chloroforme le plus pur.

Mais la question a changé dès 1853 à la Société de chirurgie ; l’expérience avait parlé et nul doute que la science n’ait profité des controverses soulevées par le rapport de M. Robert.

L’asphyxie est battue en brèche et remplacée par la syncope dans les causes de mort.

Re la multiplicité des décès nait la préoccupation de la recherche des moyens de remédier à la violence des accidents, soit d’une manière directe, soit par l’institution de règles d’inhalation plus précises.

M. Denonvilliers fit entendre sous ce dernier rapport des conseils d’une importance considérable, et son travail, comme celui de M. Robert , résuma le débat avec une haute autorité.

Cependant la grande puissance du bien (2) du chloroforme ne parut pas assez déterminante à quelques chirui’giens pour contrebalancer sa grande puissance du ma/, prouvée par les cas nombreux de mortalité , et si l’on avait voulu dès ce moment suivre les tendances d’un petit nombre de médecins, on en eût peut-être complètement abandonné l’usage.

M. Larrey s’éleva avec force et en toute raison contre celle proscription.

(1) Bulletins cités , t. 14 , p. 272 , séance du 7 novembre 1848 et passiin.

(2) Heureuse expression de Simpson à propos des anesthésiques et spécia- ' Icmcnt du chloroforme.

liCS choses en claienl là quand la proposition de M. Devergie vint rallumer une discussion qui paraissait épuisée.

Dans cette troisième mêlée , le côté médico-légal détourna sans aucun doute bien des orateurs des considérations purement cliniqups, dont l’importance dut s’ell'acer devant celle de la responsabilité qu’on semblait vouloir faire peser sur les chirurgiens qui refusaient de se servir d’appareils.

Les dispositions les plus ingénieuses , proposées pour rendre l’inhalation dos vapeurs plus réglée, sinon plus facile, furent presque toutes condamnées tour à tour, et M. J. Cloquet immola même tous les inventeurs dans sa personne, en sacrifiant sur la tribune l’appareil qu’il avait imaginé et dont il avouait avoir retiré pourtant de grands avantages.

La question de dosage fut par suite enveloppée dans la même proscription sans avoir été discutée à fond, et l’Académie finit enfin par adopter un mezzo-termine qui conciliait les opinions les plus opposées ou du moins les laissait à peu près in statu quo.

Tel est le résumé succinct et sans aucun doute trop sommaire des luttes animées auxquelles a principalement donné lieu le chloroforme.

Nous n’avons pas eu la pensée de prendre parti dans la querelle en lui consacrant les lignes qui précèdent ; historien fidèle de faits précis, rassemblés avant et depuis ces débats, nous avons essayé do les présenter sous les couleurs les plus impartiales ; les observations que nous avions sous les yeux étaient nombreuses, détaillées, mé-

l\\o(\\({[ies, spéciales; nous en avions élé quelquefois lo rédacleur ; nous avions élé souvent témoin du soin qui avait présidé à leur collection et nous avons pensé qu elles étaient assez intéressantes pour être tirées des archives de nos écoles.

Nous étions encouragé dans notre entreprise par M. l’inspecteur général Reynaud, l’un des principaux promoteurs et vulgarisateurs de la méthode dont nous venons de faire l’exposition, et nous ne ferons point en terminant une longue énuméralion des avantages sérieux que présentent les règles sur lesquelles nous avons insisté.

Ces avantages pouri aienl d’ailleurs se résumer en trois mots : smplicité, précision, mnocwYé et les faits consignés dans ce travail sont des preuves plus incontestables que tous les raisonnements.

Notre but n’est pas du reste de proscrire d'autres méthodes, qui, surtout dans les mains de leurs auteurs , n’ont pas compté d’accidents graves ou de cas de mort ; on l’a dit avec raison, c’est le chirurgien qui fait souvenU’exccllence de l’opération, quel que soit 1e procédé suivi.

Nous n’avons voulu que populariser un ensemble de règles ou de conditions d’inhalations simples , sûres , et qui, bien que peu connues, avaient fait leurs preuves depuis longues années.

En ce qui concerne l’instrument réglementaire pour l’administration des vapeurs du chloroforme dans le service de santé de la marine , nous ne pourrions en faire un plus complet éloge qu’en reproduisant textuellement

le passage suivant emprunté à la Gazelle des hôpilauxCiw 8 août de l’année 1857.

« Got appareil ou plutôt cet excipient, qui , par sa » simplicité, se rapproche beaucoup du x;ornetou de l’é- » pongo , tandis qu’il réalise par une disposition très- •» simple cl 1res ingénieuse une partie des avantages que » l’on attend des appareils mécaniques, nous paraît sa- « lisfairc au plus grand nombre des indications cl des » besoins de la pratique. »

(Uésume de la discussion sur l’clliérisation ; Doclcur Brocliin , Gazelle des hôpitaux 1857, p. 570, n® 93.)

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