‹ De l'empoisonnement par la nicotine et le tabacChapitre 10 sur 18 · XIV. — Le capitaine F dînant un jour dans un village · texte numérisé non relu

XIV. — Le capitaine F dînant un jour dans un village

trouva un goût si détestable au café qu’on lui servit, qu’il ne put en

Fonssard. b

prendre que la moitié. Un quart d’heure après, il ressentit un malaise inexplicable, comme un sentiment de défaillance, et il ne tarda pas à vomir tout ce (]u’il avait mangé. La cuisinière, une femme âgée, s’était trompée, et au lieu de cale, elle avait fait une infusion do tabac à priser. Le capitaine n’éprouva pas d’autres accidents toxiques. Seulement depuis celte époque qui remonte à 17 ans, il lui est impossible de prendre du café ; sa rancune toutefois ne s’étend pas au tabac, car il n’a jamais cessé de lumer.

XV. — Madame M... do Ch... la Ville était en pleine convalescence d’une fièvre inlermittcnle, lorsqu’un soir, vingt minutes après avoir bu une infusion de feuilles d’oranger, elle éprouva les symptômes suivants : céphalalgie sus-orbitaire, malaise très-marqué, nausées, vomissements, coliques très-vives, et diarrhée abondante. Le médecin appelé immédiatement, eut l’idée d’une intoxication ; ses présomptions furent justifiées ; au milieu des feuilles d’oranger qui avaient servi à l’infusion, il retrouva des feuilles do tabac, qui avaient été mises par hasard dans la boite où on avait pris les premières.

Les accidents persistèrent pendant la nuit, et la malade ne fut rétablie qu’après deux jours de traitement.

Madame M ne s’est point ressentie de cet accident; cependant

elle conserva pendant longtemps une grande répugnance pour les aliments, et c’était avec peine qu’elle voyait s’approcher le moment des repas.

XVI. — Une femme âgée de 4b ans, d’une forte constitution, souffrant d’une constipation opiniâtre qui avait résisté à divers moyens, consulta un empirique, qui lui conseilla un lavement avec une poignée de feuilles do tabac. Sur l’avis de l’élève en pharmacie, que cette dose était trop forte, elle mit seulement quatre ou cinq feuilles sèches. Aussitôt après, coliques atroces, bourdonnements dans les oreilles, vertiges, céphalalgie, nausées, et cinq minutes plus tard, une syncope qui se prolongea depuis 7 heures du malin, jusqu’à "2 heures de l’après-midi. Pendant ce temps, respiration gênée, pouls très-lent, efforts continuels pour vomir ; pupilles dilatées, peau froide et humide, borborygmes, ventre déprimé et contracté, urines com[)létemenl supprimées. On administra un lavement de guimauve et d’huile d’olive, et l’on appliqua un calaplasme émollient sur l’abdomen. L’état grave disparut ; mais pendant plus de huit jours, la malade eut des coliques violentes, des vertiges, de la céphalalgie, et une dilatation très-marquée des pupilles. La constipation persista. (Journal de chimie, 1839.— Rabuleau. Toxicologie.)

XVII, — On avait donné à une jeune fille un lavement préparé^ avec 45 grammes de feuilles de tabac dans une pinte d’eau. Au bout d’une demi-heure, cette jeune fille fut prise de défaillances, avec nausées, et tomba dans un collapsus profond. Le visage était pâle, la peau couverte d’une sueur froide. Elle vomit à plusieurs reprises, eut de légères convulsions, et mourul une demi-heure après qu’elle eut pris le lavement.

On trouva à l’autopsie, le cœur vide et fiasque ; l’eslomac et l’intestin ne [)résentaient ni trace d’inflammation, ni rougeur. (Med. gaz. t. X, 1, V, p. 8^3 ; Rabuteau, éléniements de lo.vicologie et de médecine légale, p. V2-2.)

XVIII, — Une dame irlandaise, mère d’une nombreuse famille, voulait débarrasser ses enfants de vers ascarides, contre lesquels elle avait employé [)lusieurs traitements infructueu.v. Elle avait entendu dire (jue le tabac, en lavements, était un moyen infaillible pour faire périr ces petits vers. Elle partagea entre deu.x de ses fils, un de 1“2 et l’autre de 10 ans, le contenu d’une seringue en étain d’un demi-liti'o environ.

Un troisième enfant, âgé de 7 ans, s’était enfui, quand sa mère préparait la part ([ui lui revenait dans le lavement. Elle courut après lui, et le ramena bientôt à la maison. Quelle fut la terreur de la malheureuse mère, quand elle vit ses deux enfants se tordre sur le plancher, dans les convulsions atroces d’une douleur muette. Elle court effarée chez ses voisins pour chercher du secours. On m’appelle, j’arrive à la hâte. Ses deux fils étaiènt morts ; dix minutes s’étaient à peine écoulées entre l’administration des lavements et le dernier signe do vio. Le tabac était encore dans le vase où cette malheureuse femme avait fait l’infusion ; c'était le même que fumait son mari.

J’ai pu évaluer qu’elle avait mis à peu près 15 grammes de tabac dans 600 grammes d’eau. (Depierris).

On trouve dans Orfila les faits suivants :

XIX. — Un lavement, avec une infusion de 8 grammes de tabac, a déterminé en deux heures la mort d’un enfant de 1-4 ans.

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