‹ De l'empoisonnement par la nicotine et le tabacChapitre 9 sur 18 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Empoisonnements aigus par la fumée de tabac. — Obs I. — Hehvig a vu succomber deux frères qui avaient fumé, à la suite d’un pari, l’un 17, l’autre 18 pipes allemandes.

II. — Marshall-Hall raconte qu’un jeune homme, après avoir fume dix pipes, fut pris de crampes, de convulsions, avec dilatation de la pupille, et qu’il tomba dans un état comateux, d’où on eut bien de la peine à le tirer.

III. — Mackenzie rapporlel’obscrvation d’un homme qui, ayant fumé une pipe et la moitié d’une autre, en avalant sa salive, fut pris d’une syncope, de vomissements, puis tomba dans une stupeur profonde ; sa respiration devint stertorcusc. ses pupilles étaient inégalement

ililatces cl ne so conlraclaicnl plus sous rinfluence de la lumière. Il resta quatre jours dans cel étal, et ne dut la vie qu’au Irailemenl énergique dont il fut l’objet.

IV. — Un vigneron, qui avait été soldat et qui était âgé d’environ 4"2 ans, fit la gageure avec un de ses voisins, de fumer dans un après-midi, et de suite, 2a pipes de tabac, quoiqu’il n’en fumât communément que 3 ou 4 par jour. Il gagna son pari ; mais la fumée que cet homme avala, ou, ce qui est la même chose, la salive iml)i’égnée des parties subtiles de celte substance, fit un tel désordre dans son corps, qu’au bout de quelques heures, il fut saisi d’un étourdissement, suivi de perte de connaissance ; celle-ci ne lui revint qu’après des vomissements très-violents et continuels, qu’on apaisa à. force de lui faire prendre du petit lait.

Malgré le prompt soulagement que le petit lait procura à cet homme, il lui resta, pendant l’espace de dix-huit mois, de grands maux tête et des vertiges qui l’obsédaient de temps en temps avec beaucoup de violence; et ce qu’il y a de particulier c’est qu’il a eu, de[)uis cet accident, une telle aversion pour la fumée de tabac, (ju’il disait que la vue d’une pipe lui faisait mal à la tète. (Journal de Van der Monde, 1737, p. 68). Cette observation est rapportée par M. le professeur Tardieu dans ses études médico-légales et cliniques sur l’empoisonnement.

V. — Dans un chef-lieu de canton du département de la Manche, (à Duley), un jeune homme, âgé d’environ 14 ans, qui n’avait pas l’habitude du tabac, eut l’idée de fumer pour apaiser un violent mal de tête. A peine avait-il terminé un paquet de lo centimes, qu’il tomba sans connaissence, et expira dans la soirée, sans avoir repris l’usage des sens et de la parole. (De Lcpervanche, 1866).

VI. — On m’appela un jour. à la hâte pour voir un homme qui, disait-on, était à l’extrémité, et vérilableniont, il so trouvait dans le collapsLis le plus complet. Il était entièrement glacé, pêde, et couvert d’une sueur froide et visqueuse. Los pulsations des artères temporales et radiales étaient imperceptibles ; on n’entendait plus les bruits du cœur, même au stéthoscope, et la seule preuve de la persistance de la vie était un profond sou[)ir, ({ue le malade poussait toutes les quinze ou vingt secondes.

J’appris que le pauvre homme, voulant obtenir quehpie soulagement de ses hémorrhoïdes, s’était avisé do s’asseoir sur un vase de nuit contenant du tabac avec quehjues charbons ardents. Il yœtait resté pendant quelques minutes, et avait fini par tomber dans l’état de prostration décrit ci-dessus. Je lui fis avaler de l’eau-de-vie, on

pratiqua avec force des frictions sur la région précordiale, et des sinapismes furent appliqués aux extrémités inférieures. La réac tion se fit, et le rétablissement complet s’opéra. Cet homme ii)e donna l’assurance qu’au milieu de son anéantissement apparent, il était resté parfaitement sensible, durant la majeure partie du temps, à tout CO qui se passait autour lui. Pour me le prouver, il me rappela presque toute la conservation dont il avait été l’objet. {Observation publiée par -Wright, dans la Gazette médicale de Londres, et reproduite dans les Annales d’hygiène publique et de médecine légale, année 1874, t. P, 8.)

VIL — On trouve dans le journal de Chimie et de Toxicologie, tome 1d, l’observation suivante :

Un jeune homme de 17 ans, était venu voir son oncle attaché au service d’une ferme où il occupait une chambre basse et mal aérée ; l’oncle rentra le soir en compagnie de deux camarades, tous trois se mirent à fumer; l’atmosi)hère de la chambre était tellement chargée de fumée qu’on se voyait à peine. Lorsque les deux compagnons se furent retirés, l’oncle s’étant mis en mesure de se coucher, trouva son neveu froid, et malgré tous les soins, on ne put le ra|)peler à la vie.

VIII. - Une dame éprouva tous les accidents d’un empoisonnement aigu par le tabac, pour être restée plusieurs heures dans une chambre étroite, où se trouvaient des fumeurs ; cette dame ne fut guérie qu’après deux jours de traitement. (Liébault, thèse de 1831.)

Empoisonnements aigus par le tabac ingère dans V estomac ou administré en lavements. IX. — Au mois d’octobre 1855, un aliéné avala 50 ou 40 grammes de tabac. On le plaça tout de suite dans un bain tiède; il é^ait insensible et sans mouvement, dans la résolution la jilus complète; la respiration était faible, le pouls à peine perceptible, les pupilles étaient très-contractées. Au bout d’une demi-heure, le patient eut des convulsions tétaniques violentes, des évacuations alvines abondantes qui renfermaient des débris de feuilles de tabac. On se servit de la pompe stomacale, mais on ne produisit aucun soulagement ; il y eut néanmoins un peu de rémission.

Les pupilles se dilatèrent, les accidents convulsifs revinrent de nouveau, s'accompagnant de vomissements et d’évacuations alvines, muqueuses et sanguinolentes, l.a roideur tétanique avec trismus se prononça de plus on plus; le pouls était toujours fréquent, filiforme, presque insensible, les battements cardiaques irréguliers. Les pupilles se contractèrent de nouveau et devinrent insensibles.

Ces acckicnts durcrciit environ sept heures, et le malade mourut dans une syncope.

Autopsie. — On fil rauloitsic quarante heures après la mort: la rigidité était très-prononcée ; la moelle allongée, cl la masse encéphaicpie élaient congestionnées. Les poumons ne présentaient rien d’anormal. Le foie et les reins étaient congestionnés. La muqueuse de l’estomac oITrait sur toute sa surface de nombreuses taches ccchymoliques ; l’intestin était contracté, la muqueuse en était vivement injectée par i>laces. La vessie était contractée cl vide. Le sang était partout noir et fluide. (Edimh. méd. journal 18î)5-185() et Tardieu, Etudes sur l’EmpoisonnementL

X. — M. Bonchardat, dans sa Matière médicale, tome I, cite un cas de mort (jui suivit l’administration d’un lavement fait avec GO grammes de tabac : « Les symptômes se succédèrent avec une effrayante rapidité et dans l’ordre suivant: pâleur, stuiieur, i)upille dilatée, respiration de plus en plus gênée, intelligence complètement abolie; à cela s’ajoutèrent des tremblements convulsifs des bras d’abord, des jambes et de tout le corps ensuite, qui allèrent en augmentant pendant six minutes, et auxquels succéda un état de prostration extrême. Le coma et la résolution de tous les membres terminèrent l’agonie : en douze minutes tout fut fini, 11 n’y avait pas eu de vomissements. »

XI. — Santeuil, l’auteur de plusieurs poèmes latins, mourut victime d’une mauvaise plaisanterie de ses amis qui lui firent boire du vin d’Espagne, où ils avaient jeté du tabac à priser.

XII. — Les éphémérides d’ .Allemagne rapi)orlcnt qu’une personne ayant jeté méchamment un petit morceau do tabac dans un vase où cuisaient dos pruneaux, tous ceux ((ui mangèrent de ces pruneaux, éprouvèrent de l’anxiété, des défaillances, et furent pris de vomissements. (Dict. des sciences médicales).

XIII. — Dans sa thèse inaugurale, (1870) M. le D’’ Mercier rapi»orle deux cas d’empoisonnements par le tabac, fort intéressants : l’un s’était déclaré chez un matelot, qui en dormant avait avalé sa chique; l’autre chez un condamné qui, pour se soustraire au travail du pénitencier où il SC trouvait détenu, avait mangé du tabac pour se rendre malade. Dans les deux cas, les sujets vomirent le tabac et guérirent. Ils présentèrent aussi une augmentation frès-manjuée de la sécrétion urinaire.

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