‹ De l'empoisonnement par la nicotine et le tabacChapitre 4 sur 18 · HO · texte numérisé non relu

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(lu cœur. Il bat molu proprio, aux premiers temps de la vie embryonnaire, avant tout espèce de rudiment de moelle, et par conséquent avant toule espèce de connexion nerveuse avec des choses qui n’existent pas encore: la moelle allongée et le symphatique.

Il bat parce qu’il doil battre, c’est le punctum saliens, le type de l’indépendance et de l’autonomie vitale. Organe plus parfait et définitif dans sa texture, il continue de hallrc, ultimum moriens, alors qu’il est arraché de la poitrine d’un animal, et ces mouvements autonomes, il les doit à un système ganglionnaire propre et intrinsèque, expression matérielle et savante de la vis impulsiva en action déjà dans la vie intra-utérine (Peter). Rien d’étonnant donc à ce que les battements du cœur persistenl après la cessation des contractions artérielles.

Les ganglions cardiaques sont des réservoirs d’influx nerveux, fournis par le grand sympathique, et ils fonctionnent après l’épuisement du nerf lui-même.

Comme on le voil, il est facile de démontrer théoriquement l’influence de la nicotine sur les nerfs sympalhiques et vagues.

Il en est de môme expérimenlalement. Si sur un chien on coupe le pneumo-gastrique et le grand sympathique avant l’administration de la nicotine, l’action de celle-ci ne se produit plus sur le cœur.

Opinion de M. Vulpian. — On s’est étonné peut-être de ce (|ue nous n’avons pas mentionné l’opinion do M. Vulpian relative aux eiïets de la nicotine sur la circulalion. Il n’y a pas omission de notre part. Nous avons voulu éviter une discussion qui aurait compliqué l’exposé déjà si difficile des résultats obtenus parles autres expérimentaleurs.

M. Vulpian (1) conteste l’action de la nicotinesur la contractilité vasculaire, et sur l’accroissement simultané de la tension intra-artérielle.

Certes nul ne subit plus que nous l’influence qu’exerce sur tous la grande autorité scientifique de M. Vulpian; nul n’a

(1) Vulpian. — Leçons sur l’appareil vaso-moteur.

plus de Londancc ({ue nous, à se rangera l’avis de ce maître syrnpalliiquc, mais il nous semble que dans le cas présent nous devons nous un séparer.

Nous croyons avec MM. Cl. Bernard, Germain Séo, S.-Y. Basch, et L. Oser, Traube, Rosentlial, Truhart, que la nicotine possède des propriétés vaso-constrictives, et peut par suite augmenter la tension sanguine.

Ces physiologistes ont vu les vaisseaux se rétrécir, sc vider de leur sang, et la tension sanguine s’accroitre.

On ne peut par exemple interpréter autrement les expériences de M. Cl. Bernard. Comment se lait-il donc que rillustre doyen de la Faculté de Médecine soit sur des faits en contradiction aussi formelle avecdes hommes tels que MM. Cl. Bernard, G. Sée, etc...?

C’est ce que nous nous sommes demandé, aussi avons-nous recherché quelles causes avaient pu modifier les faits expérimentaux, au point de produire de toiles divergences d’opinion.

Nous croyons pouvoir attribuer à trois causes principales les variations des résultats obtenus : 1° à la différence des doses employées ; 2° au défaut d’unité dans les temps de l’observation, c’est-à-dire à une confusion dans les diverses périodes de l’empoisonnement ; 3° au curarisme que M. Vulpian fait subir aux animaux avant de leur administrer la nicotine.

Voici, par exemple, l’expérience d’après laquelle M. Vulpian paraît conclure qu’il n’y a pas augmentation do la pression Becherchons-y le rôle des facteurs que nous venons d’indiquer.

M. Vulpian injecte par une piqûre sous-cutannéc 0 gr. "255 milligrammes de nicotine chez un chien préalablement curarisé et soumis à la respiration artificielle. Il voit la pression inl ra-carotidicnne ([ui avant Texpcrience mesurait 0 m. 005 sur l’hémodynamoniètre à mercure, descendre à 0 m, 080, dix minutes après rinjection et à 0 m. 005, vingt minutes plus tard.

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Il en conclut que la nicotine ir augmente pas la pression et que les expéiâences entreprises pour démontrer le contraire sont peu probantes ; elles ont ('té instituées, dit-:l, sur des animaux non curarisés et chez les(iuels l'agitation convulsive, produite par le poison, pouvait par elle-même déterminer une augmentation de pression.

Il semble ({ue celte expérience infirme ce que nous avons dit au sujet de l’influence de la nicotine sur la pression. Il n’en est rien cependant. Nous n’avons jamais eu la pensée de prétendre que la nicotine ne pouvait abaisser la pression, mais nous avons fait remarquer au contraire qu’avec les très-fortes doses on voyait presque d’emblée celle-ci subir une chute. Il semble que la puissance réactionnelle des vaisseaux contre le poison s’épuise immédiatement et môme ne peut se produire lorsque la dose est considérable, et alors, cotte action qui se traduit par un resserrementdes artérioles peut si, elle apparaît, passer inaperçue, tant sa durée est courte.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que M. Vulpian, ayant administré une très forte dose de nicotim;, ait observé la chute qu’il signale.

M. Blatin,pourobtenir une augmentation de pression énorme, injectait seulement quatre milligrammes de nicotine chez un chien de forte taille; or, M. Vulpian en injecte 255 chez un animal semblable; qu’y a-t-il d’étonnant après cela do voir les résultats expérimentaux être aussi différents que- les doses employées ?

Il faut se souvenir en outre que la pression peut tomber non-seulement par le fait de l’administration des doses toxi- ([Lies, mais aussi lorsqu’on donne des doses incomparablement moins élevées, car alors, la période parétique pendant laquelle on observe une élévation plus ou moins grande, fait place à la période ])arélique qui correspond à la dépression.

Or, c’est dix minutes aj>rès l’administration du poison que M. Vulpian note une dépression. Il est fort possible qu’à ce moment la période parétique soit survenue. D’autant plus que

M. Vulpian ayant curarisé l’animal, cet agent a dû ajouter scs efTcts à ceux de la nicotine pour produire le relâchement vasculaire. Car enlin,bicn que le curare agisse })lus faiblement sur les vaso-moteurs ([uc sur les autres nerfs de la motricité, il n’en est pas moins vrai'qu’il les at teint, i)uisque MM. Voisin et Liouvillc ont observé une fièvre curaritiuc. En tout cas, il cmpeche certainement la nicotine de produire tous scs etVets.

L’existence de l’augmentation dépréssion étant démontrée, ce que M. Vulpian admet dans quelques cas. faul-il la rapporter aux convulsions ? La chose est possible quelquefois, mais non toujours. MM. Jullicn et Blatin ont vu raugmentation de tension (1) survenir sans convulsions, et M. Cl. Bernard a oljservé des convulsions non-seulement sans élévation de la tension, mais môme avec un abaissement de celle-ci. On ne peut donc affirme!' qu’il y a entre ces deux phénomènes un rapportée cause à effet.

Pour la môme raison, on ne peut dire que la pâleur de l’intestin observée par MM. V. Basch, Oser, Masse et Truhart, chC(' les animaux nicotinisés, est due uniquement aux contractions péristaltiques qui se produisent simultanément. Il y a une contraction vasculaire indépendante de celle des parois intestinales. Déplus, l’on sait que les muscles lisses de l’intestin, etc. sont innervés par des nerfs ganglionnaires comme les vaisseaux; dès lors, tout agent qui influence les uns doit inliuencer les autres dans le môme sens.

L’autonomie des contractions vasculaires est aussi démontrée par l’expérience de Cl. Bernard, qui voit les vaisseaux de la membrane interdigitaire d’une grenouille, où il n’y a pas de muscles ambiants, se resserrer en môme temps cpi’apparaissent les phénomènes d’intoxication. M. Vulpian dit (pic les nécessités delà préparation microscoiiique ont pu ôtre une des causes du phénomène. Mais pourquoi ne s’était-il pas produit avant l'ad-

(t) Du moins, ils ne disent pas dans la relation de leurs expériences qu’ils ont observe des convulsions siinullancmcnt avec l’augnien talion de la tension.

ministralion de la nicotine, la membrane interdigitaire étant déjà dans les mêmes conditions?

Enfin, pourquoi la contraction apparaît-elle dans l’oreille du lapin nicotinisé par Jullien, et qui ne subit aucune préparation ?

La contraction vasculaire nous semble démontrée par les preuves expérimentales qui précèdent et de plus par les autopsies.

Ainsi, dans l’autopsie de Gustave Fougnies, empoisonné en quelques minutes avec de la nicotine par Bocarmé,ce qui frappa surtout, ce fut l’état exsangue des tissus (Stas). Le même fait s’observ.e lorsqu’on ouvre le corps des animaux qui ont succombé très-rapidement à la suite de l’administration de l’alcaloïde que nous étudions (Martin Damourette).

M. Vulpian, nous le savons, a constaté d’autres phénomènes. Il a vu, en attirant au dehors les intestins d’une grenouille, ceux-ci se congestionner après qu’il eut empoisonné l’animal. Mais la chose se produit alors même qu’on ne fait pas intervenir la nicotine. Les intestins sont d’abord excités, deviennent pâles, puis ils se paralysent et se congestionnent. Alors même que l’intestin ne serait pas paralysé, la congestion pourrait encore se produire par le mécanisme que nous avions indiqué en traitant de la circulation.

ACTION SUR LA TEMPÉRATURE. — La température s’élève sous l’influence des petites doses de nicotine, et s’abaisse sous celle des doses toxiques, surtout dans la période paralytique. Ses écarts varient entreundemi, 1 ou 2 degrés centigrades (Meuriot, Hénocque, Jullien, etc.). Ces différences résultent de ce (ju’à dose modérée, la nicotine active la circulation et la respiration, tandis qu’elle les ralentit si on l’administre en grande quantité.

Du reste, il est probable que la nicotine agit sur la température autrement encore que par l’intermédiaire de la circulation, et en sollicitant directement les centres thermiques ; mais il

n’existc pas d’expériences positives à ce sujet. L’élévation de la température, lors de la période convulsive, peut être déterminée par le fait même de la contraction des muscles, qui, n’accomplissant pas de travail mécanique, donnent lieu à un dégagement de chaleur (Béclard, Bouchard) , comme cela s’observe dans le tétanos, l’épilepsie, etc. Dans la période paralytique, la cessation de la contraction musculaire peut expliquer en partie du moins, l’al>aissenienl terndnal de la température; mais, nous le répétons, ce sujet demande de nouvelles recherches.

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