EMPOISONNEMENT AIGU BÉNIN
L’empoisonnement aigu bénin peut se produire dans les mêmes conditions que l’empoisonnement grave, mais, en général, on l’ubserve surtout chez les fumeurs novices qui, lors d’une première pipe ou d’un premier cigare, paient leur tribut à l’accoutumance, et chez ceux qui, bien qu’habitués au tabac.
on abusent certains jours. Los personnes qui vivent dans les manufactures de tabac ou dans des atmosphères cliargées de fumée comme les estaminets, peuvent aussi être intoxiquées pendant les premiers temps de leur séjour dans ce milieu.
Dans ce cas, on observe des syptômes assez analogues à ceux que détermine le mal de mer. Les sujets éprouvent de l’écœurement, des nausées, une céphalalgie violente et quelquefois des douleurs abdominales ou épigastriques; leur visage, décoloré, se couvre, au niveau du front, d’une sueur froide; la vue se trouble, les oreilles bourdonnent ; les membres, quelquefois agités de tremblements légers, sont dans un état do faiblesse extrême, et supportent avec peine le poids du corps ; la respiration devient plus laborieuse ; le pouls, toujours petit, est ordinairement fréquent ou irrégulier, mais il peut être ralenti.
En même temps, une sensation de défaillance profonde et des menaces de syncope'ou de vertiges, font croire au malade que la vie va l’abandonner. Mais cet état est de courte durée, car bientôt surviennent du ptyalisme, des vomissements et quelquefois des selles et des mictions assez abondantes, qui, en éliminant une partie de la nicotine absorbée, déterminent la disparition rapide des symptômes précédents.
Nous venons do décrire la scène symptomatique la plus complète que puisse présenter l’empoisonnement bénin, mais nous devons ajouter qu’il est fort rare de la rencontrer ainsi. Le plus souvent, l’empoisonnement bénin est une indisposition légère plutôt qu’une véritable intoxication, et les malades ne ressentent qu’un peu de céphalalgie et quelques nausées, toutes choses qui se dissipent rapidement.
« Rien, on effet, comme le dit M. de Lepervanebo, n’est aussi variable que les effets du nicotisme, et, si le mot d’idiosyncrasie est a|iplicable quelque part, c’est certainement pour qualifier les aptitudes variables des différents sujets à cet égard. Chez les uns, la tolérance s’établit, pour ainsi dire, d’emblée, sans trouble ai)|)réciable. Chez d’autres, au contraire, dès les premièies bouffées aspirées, les phénomènes d’intolérance éclatent, terribles, effrayants par leur disproportion avec la cause qui
les a provoqués; et cela, non pas seulement une fois, mais dix, mais quinze, vin^4 fois de suite, à chaque tentative nouvelle du sujet, qui se voit enlin contraint de renoncer à fumer. »
En tous cas, jamais, dans l’intoxication légère, on n’observe de convulsions, ni de collapsus, et rarement des désordres bien prononcés du côté des sens; si ces deux synq)lômes se présentaient, il s’agirait évidemment d’un empoisonnement grave.