‹ De l'empoisonnement par la strychnineChapitre 4 sur 6 · DEUXIÈME PARTIE. — T H É R À PEU TIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — T H É R À PEU TIQUE

L'action des divers agents qui, administrés dans un but thérapeutique, peuvent modifier, d'une façon quelconque, les symptômes ou la marche d'un empoisonnement, doit être aussi bien connue du médecin légiste que du thérapeutistc. Si l'un n'a d'autre but que d'appliquer le médicament le plus approprié au traitement du cas particulier qui se présente à lui, l'autre a pour mission de distinguer, dans un cas complexe, ce qui est le fait de l'empoisonnement de ce qui est le résultat de la médication employée. Il doit savoir comment et dans quelle mesure les effets du poison peuvent être masqués, modifiés ou dénaturés par les divers agents thérapeutiques, car on ne voit pas souvent, sauf les accidents ou les suicides, les faits se présenter dans l'état de simplicité que nous avons dû supposer dans la première partie de ce travail. Il est rare, en effet, que, dans un empoisonnement criminel, des secours plus ou moins intelligents n'aient pas élé déjà administrés au malade quand le médecin est appelé à se prononcer sur la réalité du crime ; et les symptômes observés alors ne présentent plus autant de netteté que si la maladie, abandonnée à elle-même, avait suivi sa marche habituelle.

Les notions relatives au traitement de chaque espèce d'empoisonnement sont donc le complément indispensable des études médico-légales, et elles ont l'avantage d'intéresser tout autant le plus humble praticien, qui peut se trouver, à l'improviste, appelé à donner des soins à un individu empoisonné, que l'expert habituellement investi de la confiance de la justice et chargé par elle de l'éclairer dans les cas où un tel empoisonnement peut être soupçonné.

Les médicaments qui ont été proposés, ou mêrre essayés, contre l'empoisonnement par la strychnine sont assez.

Ul T. GALLARD.

nombreux pour qu'il y ait de la témérité a vouloir en donner la liste. M. Part en a compté 9, non compris les vomitifs, auxquels il donne cependant la préférence ; c'étaient la nicotine, le curare, le chloroforme, le camphre, le noir animal, l'acide cyanhydrique, le tannin,, l'iode et la graisse; mais il ne parle ni des opiacés, et en particulier de la morphine, ni de la conicine, ni de l'aconit, ni des émissions sanguines qui ont aussi leurs partisans. La crainte d'être à mon tour incomplet, comme lui, m'empêche de clore la liste, même après ces additions importantes.

Le traitement d'un empoisonnement par la strychnine, comme celui d'un empoisonnement quelconque, peut présenter trois indications principales à remplir :

1° Expulser purement et simplement le poison, le rejeter hors de l'économie, en nature, tel qu'il a été administré et avant qu'il n'ait été absorbé ;

2° Saisir la substance toxique au sein même des tissus, modifier sa composition chimique, la dénaturer, la transformer, sur place, en une substance inoffensive ;

3° Produire sur l'économie des effets physiologiques ou morbides diamétralement opposés à ceux du poison absorbé,de façon à détruire les effets toxiques en opérant une sorte de mouvement de bascule qui rétablisse l'équilibre.

Tous les agents thérapeutiques possibles, aussi bien ceux dont l'avenir révélera plus tard les vertus que ceux aujourd'hui préconisés, peuvent être classés suivant qu'ils ont la prétention de répondre à l'une ou à l'autre de ces trois indications. Quelques-uns pourraient peut-être répondre à la fois aux deux premières, qui sont certainement les plus utiles à remplir. Mais le temps manque le plus souvent, c'est ce qui fait que, dans la pratique ordinaire, nous sommes obligés de nous rejeter sur la dernière de ces indications, quoiqu'elle soit de beaucoup la plus incertaine, la plus problématique, et de nous livrer à la recherche de

l'antidote physiologique, qui mériterait peut-être d'être appelé la pierre philosophale de la toxicologie.

I. — Moyens propres à expulser la strychnine. — Ces moyens n'ont rien de spécial à l'empoisonnement qui nous occupe. Gomme l'empoisonnement a presque toujours lieu par l'introduction dans les voies digestives de la substance toxique, mêlée aux aliments ou aux boissons, l'indication capitale est de vider l'estomac. Pour obtenir ce résultat, on peut, ou procéder indirectement en donnant des vomitifs, ou agir plus directement sur les matières contenues dans le ventricule en les extrayant au moyen d'une pompe adaptée à l'extrémité d'une sonde œsophagienne.

Vomitifs. — Les vomitifs sont précieux dans tous les empoisonnements, mais à cette double condition, et qu'ils seront employés assez tôt,, et qu'ils agiront assez rapidement pour que le poison puisse être évacué. Dans certains cas heureux, le poison agit lui-même comme vomitif, et l'estomac, réagissant contre cette substance nuisible, s'en débarrasse en tout ou en partie. Mais il n'en est pas ainsi dans l'empoisonnement par la strychnine; non-seulement il n'y a pas habituellement de vomissements spontanés, mais de plus on remarque une certaine résistance contre l'action des vomitifs, qui rend leurs effets fort incertains. D'où il suit que, au point de vue de l'expulsion complète du poison, on ne doit que médiocrement compter sur eux. Il ne faut cependant pas négliger d'y avoir recours, car, au dire de M. Part, outre cette action toute physique, qui consiste à extraire les substances contenues dans l'estomac, ils auraient encore un effet physiologique des plus avantageux pour combattre l'influence de la strychnine absorbée.

C'est un point sur lequel je reviendrai plus loin. Je traiterai aussi, dans un autre paragraphe, la question de savoir

l6 t. g al lard.

si tous les vomitifs peuvent être employés indifféremment et sans choix,

Pompe stoîsia«-aïe. — Introduire une sonde œsophagienne jusque dans l'estomac, aspirer avec une pompe toutes les matières liquides ou semi-liquides contenues dans cet organe, puis injecter à plusieurs reprises dans sa cavité une certaine quantité d'eau, que I on retire ensuite de façon à le laver convenablement; voilà certes un bon moyen de s'opposer à l'action du poison, pourvu que ce moyen soit appliqué à temps. Dans certains cas il a réussi à merveille, et il a suffi entre les mains d'un de mes anciens collègues d'internat, M. Mailîy, pour arracher à une mort certaine une malheureuse femme qui avait avalé plus de 30 grammes de laudanum. Mais combien sont rares les circonstances dans lesquelles il est possible d'arriver assez tôt près d'un individu empoisonné par la strychnine pour faire utilement usage de ce moyen tout mécanique. Puis, si l'on veut essayer d'introduire la sonde œsophagienne, alors que les spasmes tétaniques se sont déjà manifestés, on verra chaque nouvelle tentative ramener un nouveau spasme, comme cela a eu lieu dans plusieurs des observations rapportées plus haut, et on se convaincra bien vite de l'impossibilité d'utiliser ce moyen de traitement.

En même temps que l'on songera à évacuer, soit par les vomissements, soit par la pompe, le poison non encore absorbé, on devra donc s'empresser de chercher à le dénaturer, à le décomposer chimiquement, à le transformer en une substance inerte ou au moins inoffensive, et pour cela il faudra, concurremment avec les moyens ci -dessus,, employer l'un des antidotes chimiques dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

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