CONTAGION DE LA BLENNORRHÉE
qu'on présente comme exemples de blennorrhagies véritables contractées clans les relations entre individus sains. C'est ainsi qu'en pareil cas, sur des malades qui se croyaient guéris depuis longtemps d'affections anciennes, et qui faisaient remonter à quelques jours seulement le début de leur mal, j'ai trouvé, à l'aide de l'endoscope, des granulations qui dataient évidemment d'une époque bien antérieure.
Ici, messieurs, je prévois une objection : quelquesuns d'entre vous me diront peut-être qu'ils ont observé des métrites granuleuses dans des cas où l'on ne pouvait admettre une origine blennorrhagique. Qu'en savezvous? Vos malades étaient à l'abri du soupçon. Mais ètes-vous bien sûrs que leurs maris n'aient pas conservé, à la suite de vieilles maladies, quelqu'un de ces suintements qu'on oublie et qui sont si difficiles à découvrir? Les avez-vous examinés? Étes-vous sûrs qu'ils n'avaient pas de granulations dans la profondeur de l'urètbre? Pour mou compte, si vos clientes avaient réellement des granulations, je reste convaincu qu'elles les avaient contractées par contagion.
Mais rappelez-vous ce que je vous ai dit dans la précédente leçon, et demandez-vous si vous n'aurez pas pris pour des granulations les bourgeons charnus d'une ulcération de nature quelconque, dont l'aspect naturel se trouve accidentellement changé, ou si vous n'avez pas été trompé par cette illusion d'optique que je vous ai signalée, dont j'ai été si longtemps victime, et qui fait prendre pour les saillies hémisphériques d'une surface gianuleuse les cupules concaves d'une ulcération her-
pétiqne. Je n'en dirai pas davantage sur ce sujet, puisque nous ne nous occupons qu'accessoirement de l'utérus ; seulement j'invoquerai le témoignage des élèves de mon service, qui n'observent plus que rarement des métriies granuleuses, depuis qu'ils savent reconnaître les ulcérations herpétiques du col utérin.
Avant d'établir le traitement d'une maladie, il faut, messieurs, l'avoir bien limitée, avoir éliminé tout ce qui n'est pas elle et peut la simuler; car, tant que, sous un même nom, on comprend des affections de natures diverses, il est naturel que les moyens qui guérissent dans un cas nuisent dans un autre et ne fassent rien dans un troisième; aussi voit-on généralement la thérapeutique d'une maladie se simplifier cà mesure que cette maladie, mieux étudiée, se dégage de tout ce qui pouvait être confondu avec elle. Lorsque j'étais étudiant, un de nos professeurs nous disait que « plus on a de remèdes contre une maladie, et plus on peut être sûr de n'en pas avoir un bon; » et cette réflexion fort juste venait à propos d'une maladie, comme la blennorrhée des auteurs, dans laquelle on avait réuni des affections disparates qu'un seul symptôme et un siège commun avaient fait confondre. Si vous êtes de l'avis de ce professeur, vous devez penser qu'il n'existe pas, dans la science, une bonne médication contre la blennorrhée. Je ne vous rapportei'ai pas ici toutes les substances qu'on emploie en injections, ni toutes les formules de cubèbe, de copahu, de térébenthine, fort bonnes, sans doute, à l'époque où la blennorrhagie a perdu sa violence, mais que je n'ai jamais vu guérir la maïadie, une fois les granulations élablies. Ce
qui a pu en imposer aux auteurs, c'est que l'emploi de ces moyens arrête momentanément l'écoulement qu'on peut alors croire guéri ; mais je l'ai toujours'vu revenir dès que le traitement était suspendu. Questionnez vos malades et vous apprendrez que la plupart d'entre eux ont vainement employé tous ces moyens pendant des mois et quelquefois pendant des années. L'inutilité des traitements ordinaires a conduit à faire des injections irritantes, qu'on a appelées caustiques, dans l'espoir de produire une irritation nouvelle qui se substituerait à l'inflammation chronique et en amènerait la guérison. On a cité des succès, mais je n'en ai jamais vu ; et bien des malades viennent nous dire qu'après de cruelles douleurs, quand l'inflammation artificielle a cédé, la blennorrhée a reparu de plus belle. Ces insuccès sont faciles à comprendre : en effet, ces injections sont trop faibles pour modifier la surface granuleuse, et trop douloureuses pour qu'un malade s'y soumette aussi souvent et aussi longtemps qu'il le faudrait, car il ne faut pas oublier que les granulations ne peuvent céder qu'avec beaucoup de temps. L'inutilité de ces moyens rationnels a conduit à en admettre d'autres que le dépit d'échouer constamment a pu seul faire concevoir. On a cru qu'une nouvelle blennorrhagie aiguë emporterait l'ancienne en guérissant elle-même. On ne comprend vraiment pas qu'une pareille idée puisse subsister; pour mon compte, ce qui résulte de mes observations, c'est que le malade qui greffe une blennorrhagie sur une vieille blennorrhée doit se trouver fort heureux si, la blennorrhagie passée, il ne reste pas plus uialade qu'auparavant. On a encure dit qu'arrivé à une période complètement
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chronique, le malade pouvait trouver sa guérison dans l'acte môme qui avait causé sa maladie; certains auteurs ajoutent qu'on doit attendre que tout caractère contagieux ait disparu. Mais nous avons vu que l'écoulement est toujours contagieux, aussi bien que celui de l'ophthalmie granuleuse; et, d'ailleurs, les occasions ne manquent pas de constater les résultats de cette méthode qui ne plaît que trop aux malades; je n'en ai jamais vu qu'elle ait guéris, mais j'en vois tous les jours dont elle aggrave et prolonge TafFection. Ainsi nous en revenons à dire qu'il n'existe pas, dans la thérapeutique ordinaire, un moyen de guérir les granulations uréthrales, et nous pouvons leur appliquer ce que disait Chomel des granulations de l'utérus : « Elles ne cèdent pas aux remèdes dits antiphlogisliques, aux saignées, au repos, à la continence, à la diète, aux injections émollientes, et elles ne guérissent que sous l'influence de certains moyens topiques et spécialement de la cautérisation. »
Maintenant que nous connaissons la lésion qui entretient la blennorrhée, il nous est facile de tracer le traitement qui lui convient. C'est celui des affections granuleuses, quelque part qu'elles se présentent, celui qui réussit dans la métrite granuleuse, dans les granulations de la conjonctive, en un mot la cautérisation.
Comment cette cautérisation devra-t-elle être pratiquée? On a employé dans ce but les injections et le nitrate d'argent fondu porté dans le canal à l'aide d'un portecaustique. Nous avons déjà parlé des injections; elles sont trop faibles pour agir, trop douloureuses pour être suffi-
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sammeiit renouvelées, et si ou les rendaient plus fortes elles causeraient des désordres sur les parties saines. Quant au porte-caustique, il agit aveuglément, il peut attaquer les parties saines aussi bien que les parties malades sans que le chirurgien ensache rien ; enfin, même sur les granulations, en supposant qu'il les atteigne, son . action est trop forte là où il touche, et ne porte jamais sur tout ce qu'il faut atteindre. Du reste, je ne crois pas qu'aucun chirurgien ait eu l'idée d'employer cette méthode avec assez de persistance, et qu'aucun malade ait eu le courage de s'y soumettre pendant le temps qui serait nécessaire à la guérison.
Ce qu'on ne peut faire par les moyens ordinaires, l'endoscope nous donne le moyen de le faire aisément et avec sûreté, comme vous pouvez le voir chaque semaine, L'instrument, porté sur la partie malade, permet déjuger les points à attaquer et d'y appliquer le caustique ; il suf-^ fit pour cela, lorsqu'on trouve un point malade au fond de la sonde, de l'arrêter et d'introduire par sa fente l'instrument chargé de caustique ; on est sûr d'atteindre ainsi la partie malade, et de ménager les parties saines qui sont protégées par la sonde. Le caustique que je préfère est la solution de nitrate d'argent que j'avais. depuis longtemps adoptée pour les granulations utérines , après en avoir essayé plusieurs autres. Le caustique liquide a l'avantage d'agir dans toutes les anfractuosités de l'ulcé.ration, de la modifier dans toutes ses parties sans agir trop fort sur aucune. J'ai essayé autrefois le caustique solide appliqué également au bout de la sonde de l'endoscope, mais il cautérisait trop profondément et causait des
eschares sur les points qu'il touchait, tandis que les autres étaient épargnés. Il avait donc l'inconvénient d'agir incomplétennent, et de faire des pertes de substance, c'est-à-dire d'exposer le malade au danger presque certain d'un rétrécissement. Aussi j'y ai renoncé pour employer une solution d'azotate d'argent au tiers ou à parties égales (azotate d'argent cristallisé, 5 ou 15 grammes pour 15 grammes d'eau) ; cette solution ne produit jamais d'eschares, c'est un cathérétique plutôt qu'un caustique et, si j'emploie, en parlant de leur action, le mot de cautérisation, c'est faute d'en avoir un autre qui soit mieux approprié.
L'opération est très-simple : lorsqu'on reconnaît, au bout de la sonde, la lésion qu'on veut attaquer, ou l'absterge bien avec du coton sec, comme nous l'avons expliqué précédemment, puis on y applique un autre tampon de coton trempé dans la solution, qu'on laisse quelque temps en contact avant de le retirer. Cette petite opération doit être pratiquée partout où l'on trouve des granulations. Le point touché blanchit aussitôt, et les granulations deviennent plus apparentes qu'auparavant. (Pl. I, fig. h, représentant l'effet du nitrate d'argent sur une partie granuleuse de l'urèthre, tel qu'on l'observe dans l'endoscope.) Une particularité digne de remarque, c'est le peu de douleur qu'éprouvent les malades. Le plus souvent, ils ne se plaignent que d'un peu de chaleur dans le point touché; la même remarque a été faite par M. Wecker pour la cautérisation des granulations conjonctivales. Après chaque cautérisation, l'émission des urines est douloureuse, mais cette douleur, toujours supportable, quoique parfois un
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peu vive, diminue à chaque émission, elle plus souvent a complètement disparu le lendemain ; des lotions froides extérieures contribuent à la calmer chez beaucoup de malades. Du reste, il faut bien se rappeler qu'un certain degré d'inflammation est nécessaire, puisque c'est elle qui amène la destruction des granulations. Au commencement du traitement, les cautérisations doivent être répétées tous les trois ou quatre jours; plus tard, lorsque les granulations ont disparu, et qu'il n'y a plus qu'une érosion à surface inégale, il suffît d'y revenir une fois par semaine. Si l'ulcération s'est couverte de bourgeons charnus, si surtout elle est fongueuse et saigne facilement, on doit la toucher plus fort : c'est dans ces cas que la solution de nitrate d'argent à parties égales peut devenir, nécessaire.
A la suite de cette cautérisation, je n'ai vu que bien rarement de légers accès de fièvre, ou un commencement d'orchite. Un peu de sulfate de quinine suffît pour empêcher le premier de ces accidents sans interrompre le traitement; pour le second, je n'ai jamais eu besoin que de suspendre les cautérisations pendant quelques jours.
La cautérisation répétée est incontestablement la partie essentielle du traitement, sans laquelle on ne pourrait obtenir deguérison, cependant il est bon d'yjoindred'autres moyens accessoires, mais qui ne manquent pas cependant d'avoir leur utihté. De même que dans le traitement des granulations utérines et conjonctivales, les injections elles collyres sont des adjuvants utiles; de même lesinjections uréthrales doivent être ajoutées aux cautérisations,
quoique le tréquent lavage du canal par l'urine les rende moins utiles que dans le vagin. J'ai essayé bien des injections et j"ai fini par adopter presque exclusivement la décoction de roses de Provins dans l'eau. Bien que d'une astringence assez faible, cette injection m'a paru produire d'aussi bons effets que les astringents plus énergiques, et elle a l'avantage d'allier à sa propriété astringente, des qualités calmantes qui diminuent beaucoup la douleur du traitement. En outre, en supposant qu'il en arrive un peu jusqu'à la vessie, elle y serait sans danger, et d'après ce que nous avons dit du siège des granulations, il est bien évident que toute injection dont on limite la pénétration à la partie antérieure de Turèthre, est, par cela même, sans utilité. Lorsque les granulations ont disparu et que le suintement existe encore, ou peut employer des astringents plus forts; dans ce cas, je prescris souvent des injections avec le sulfate de zinc , l'acétate de plomb, l'alun, le ratanhia, le tannin, enfin toutes les substances usitées en pareil cas, mais toujours à faible
dose.
Lés bains complètent l'ensemble des moyens externes, je conseille d'ordinaire au malade d'eu prendre un après chaque opération. Ils ont l'avantage de ramener le calme local et général, que la cautérisation trouble souvent un peu, surtout sur les sujets nerveux.
Habituellement je ne conseille aucun traitement interne. J'ai expérimenté les diurétiques et les alcalins, dans le but d'agir localement sur le mal, par la modification imprimée aux urines, mais je n'y ai trouvé aucun avantage, si ce n'est lorsque ce liquide trop chargé devient
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irritant pour le canal. Alors l'usage des eaux minérales alcalines me paraît le mieux indiqué.
Pour le régime, celui qui est généralement adopté est le meilleur, une bonne nourriture, souvent tonique si le malade est faible ou lymphatique, éviter les alcooliques, le café, le vin en grande quantité; telles sont les recommandations à faire aux malades. Toutefois, je dois ajouter que c'est surtout l'usage habituel de ces excitants • qui est nuisible, car j'ai vu souvent la marche de la guérison n'être nullement ralentie par quelques excès de table accidentels. Mais il n'en est pas de même d'excès d'un autre ordre. Dans les rapports sexuels, ce ne sont pas seulement les excès, c'est l'usage, même le plus modéré, qu'on doit proscrire. Il suffit souvent d'une seule infraction pour faire perdre le fruit d'un traitement prolongé et rendre à la partie malade son aspect primitif. Il m'arrivede reconnaître que les malades n'ont pas observé la continence, par la seule inspection d'une ulcération qui marchait rapidement à la guérison et que je retrouve, après quelques jours, rouge foncé, inégale et saignant au moindre contact. J'ai vu ainsi des malades entretenir V affection, rendre pendant des mois le traitement infructueux, et ne guérir enfin que lorsqu'ils consentaient à se priver de toutes relations sexuelles.
Yous voyez combien je suis loin de ceux qui les prescrivent comme moyen curatif.
Avec ce traitement bien employé, je n'hésite pas à dire que vous guérirez tous vos malades. Jusqu'ici je n'en ai pas vu un seul dont la maladie ait résisté lorsqu'il a été suffisamment continué; mais souvenez-vous que la
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cure est longue, et prévenez-en ceux qui vous demanderont leurs soins. L'affection granuleuse ne change pas de nature en changeant de siège, et, dans l'urèthre comme à la conjonctive ou sur l'utérus, il ne faut pas s'attendre à obtenir la guérison en moins de deux à trois-^as:
Un point assez délicat est de savoir quand on doit cesser le traitement; car, tant qu'on introduit une sonde et . qu'on porte du nitrate d'argent sur la muqueuse, l'écoulement ne peut cesser, et les injections mêmes suffisent pour l'entretenir à un certain degré. Vous devrez donc vous guider sur l'aspect de l'ulcération. Lorsque la muqueuse a repris son aspect lisse, bien qu'elle soit un peu rouge, lorsque le nitrate d'argent la fait seulement pâlir et n'y forme plus une couche d'un blanc mat, vous pouvez arrêter les cautérisations. A cette époque, je fais continuer quelque temps les injections, puis cesser tout traitement actif en continuant les moyens hygiéniques le plus longtemps possible. Au bout de quelques jours, l'écoulement se tarit de lui-même.
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que de la thérapeutique des écoulements dus aux granulations uréthrales \ je ne veux cependant pas terminer sans vous dire quelques mots du traitement des écoulements de nature herpétique ou arthritique. Je vous ai montré par quels caractères l'endoscope permet de les distinguer de la vraie blennorrhagie ; mais vous vous souvenez sans doute aussi que, sans cet instrument, la distinction serait impossible, et que vous ne pourriez arriver qu'à une présomption.
Le diagnostic, dans ce cas, est pourtant d'autant plus
URÉTHRIÏlî HERPÉTIQUE. 81
difficile et d'autant plus important que l'affection herpétique succède souvent à l'urétlirite granuleuse, de même qu'on voit très- souvent les plaques d'herpès se déclarer sur la vulve, le vagin, le gland et le prépuce à la suite des blennorrhagies vaginales et des balano-posthites, ou de l'irritation entretenue sur ces parties par des chancres. Le seul rapport qui existe entre les deux affections, c'est que la première a été la cause occasionnelle et déterminante de celle qui la suit ; mais il n'en résulte pas moins qu'un écoulement de même apparence continue et tourmente le malade, qui ne peut apprécier le changement qui s'est fait dans sa position. D'ailleurs, l'écoulement herpétique en lui-même est une affection assez désagréable pour qu'on désire s'en débarrasser.
Dans cet écoulement, le traitement ne doit plus être le même que pour l'uréthrite granuleuse. Le traitement général de celle-ci était très-secondaire ; dans l'herpès, il occupe le premier rang. Il faut surtout attaquer le principe dartreux par les moyens appropriés : bains alcalins et arsenicaux, dépuratifs, eaux minérales alcalines, liqueur de Fowler, etc. 11 n'entre pas dans mon plan d'insister sur les traitements antiherpétiques et antiarthritiques qui s'appliquent aussi bien aux affections de même nature, quel que soit leur siège. Comme moyens locaux, les cautérisations au nitrate d'argent ne réussissent pas en général; je les ai vues souvent exaspérer le mal au lieu de le diminuer. Aussi, comme vous pouvez le voir, j'y ai renoncé, et je touche les plaques herpétiques avec l'huile de cade, dont les effets sont aussi favorables ici que sur les herpès extérieurs. Comme injections, les liquides astringents
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réussissent assez bien; niais celles qui me paraissent le mieux réussir sont composées d'un mélange d'huile d'amandes douces avec un dixième à un cinquième d'huile de cade, ou les injections légèrement alcalines, les injections d'eaux sulfureuses naturelles réussissent encore assez souvent; enfin, les traitements thermaux, complètement inutiles dans les granulations, offrent ici une utilité évidente.
Chez certains malades à constitution molle, lymphatique, les muqueuses et la muqueuse uréthrale en particulier sont souvent le siège d'une hypersécrétion habituelle qui devient plus abondante après une affection du canal, et peut simuler un écoulement blennorrhéique.
A l'aide de l'endoscope, il est facile de reconnaître cette affection par l'absence de toute lésion dans l'urèthre. Les injections astringentes réussissent, dans ce cas, à suspendre le suintement, qui reparaît dès qu'on les cesse. Le seul traitement rationnel consiste dans l'emploi des toniques généraux, et, lorsque cela se peut, des bains de mer ou des eaux minérales excitantes et reconstituantes, sulfureuses, iodées ou salines ; le choix devra dépendre du tempérament du malade.
J'ai dû insister longuement dans ces leçons sur la blennorrhée à cause de son importance dans l'étiologie de beaucoup d'affections graves de l'urèthre, et parce que l'endoscope nous a permis de la considérer sous un point de vue nouveau en nous montrant l'uréthrite granuleuse dont elle est l'expression extérieure, et de lui appliquer le seul traitement vraiment efficace. Nous aurions à étudier maintenant les rétrécissements qu'elle produit lorsqu'elle n'est pas arrêtée à temps. Nous nous
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en occuperons dans la prochaine leçon, où je vous exposerai les applications de l'endoscope à l'exploration et au traitement des rétrécissements confirmés.
Nous nous sommes occupés jusqu'à présent de l'uréthrite granuleuse en elle-même, et je n'ai fait que mentionner les rétrécissements qui en sont la suite. J'ai réservé leur histoire afin de la présenter dans son ensemble et de les rapprocher ainsi des rétrécissements traumatiques, lésions différentes par leur origine, mais semblables par leurs symptômes, leurs conséquences et les indications de leur traitement.
Si l'on considère lablennorrhagie et les rétrécissements de l'urèthre qui en sont la conséquence, comme une seule affection dont l'évolution, commençant au moment de la contagion, se poursuit jusqu'au rétrécissement organique, on est conduit à reconnaître, dans la marche de cette affection, trois époques différentes, à chacune desquelles répond une espèce de rétrécissement.
La première époque est celle de la bleunorrhagie ou du rétrécissement inflammatoire aigu. La dernière époque répond au rétrécissement confirmé, fibreux, inodulaire,' ou rétrécissement organique.
Entre ces deux extrêmes se place une époque intermédiaire, qui prend naissance dans la première et prépare la troisième. Comme le disait Alph. Robert dans son rapport à l'Académie impériale de médecine en 1852 (i) : k Entre l'état aigu primitif inflammatoire, caractérisé anatoniiqueiiient par la rougeur et le gonflement de la membrane interne
{\) Alfili. Hoberl, Itapport de la commission du prix d'Anjeiiieuil {Bullelin de l'Académie de médecine. Paris, 1852, t. XVII, p. 1097).
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de hirèthre, et Vétat conséctUif caractérisé par l'existence du tissu /îbroîde cicatriciel, il est une époque transitoire qui n'est plus celle de l'inflammation et qui n'est pas tout à fait encore celle du rétrécissement organique proprement dit. »
Cette période intermédiaire, généralement négligée, et seulement indiquée par Alph. Robert comme un desideratum de la science, la vue pouvait seule la faire connaître; sans l'endoscope il était impossible de l'étudier. C'est elle que je vous ai décrite dans les leçons précédentes; elle est constituée par l'uréthrite granuleuse, que l'endoscope pouvait seul découvrir.
Examinons rapidement les trois espèces de rétrécissements qui se succèdent pour arriver au rétrécissement inodulaire.
Pendant la période aiguë de la blennorrhagie, le gonflement de la muqueuse et des tissus sous-jacents rétrécit le canal d'une façon sensible , et le passage du liquide, par la douleur qu'il détermine, produit un spasme qui ajoute aux difficultés de l'émission. Il en résulte une rétention qui peut devenir complète ; c'est là ce que nous appellerons le rétrécissement inflammatoire aigu. Sauf les cas raresoù larétention exige le cathétérisme, cetaccident ne demande pas d'autre traitement que celui de la blennorrhagie, il disparaît avec elle, si elle guérit, pour ne plus revenir; et si elle passe à l'état chronique, il diminue d'abord, pour reparaître sous forme de rétrécissement inflammatoire chronique dont nous nous sommes déjà occupé et sur lequel nous reviendrons tout à l'heure.
Il arrive cependant que, sans passer à l'état d'uréthrite granuleuse, la blennorrhagie donne naissance à des rétré-
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cissemeuts permanents. Dans ce cas, tantôt l'inflamnfiation acquiert dans certains points une intensité considérable, traduite à l'extérieur par des nodosités douloureuses au toucher, et les tissus sont trop profondément altérés pour reprendre leur structure naturelle; tantôt l'uréthre devenu inextensible, forme ce que dans le peuple on nomme la corde, et par suite d'un préjugé très-répandu, le naalade rompt violemment cette corde, c'est-à-dire qu'il produit une déchirure de l'uréthre. Dans l'un et l'autre cas, il se forme des rétrécissements qui deviennent inodulaires, pour ainsi dire d'emblée; ces rétrécissements arrivent de très-bonne heure; ils sont, en général, très-résistants et très-rétractiles, parce qu'ils se sont organisés sous l'influence d'une vive irritation, et que le tissu inodulaire est d'autant plus dur, se rétracte d'autant plus, qu'il s'est formé dans des parties plus irritées, comme on le voit à la suite des brûlures. Enfin, au moment de la production de ces rétrécissements, l'uréthrite, comme l'endoscope nous l'a montré, n'a pas encore généralement envahi le bulbe, de sorte qu'on ne les rencontre guère que dans la portion spongieuse de l'uréthre; et c'est ce qui peut, je pense, expliquer cette remarque des chirurgiens : que les rétrécissements de la portion spongieuse de l'uréthre sont généralement plus difiBciles à dilater et plus sujets à récidive que les autres. A part les conditions que je viens de vous signaler, ils sont en tout semblables aux rétrécissements inodulaires dont nous nous occuperons tout à l'heure.
L'uréthrite granuleuse une fois établie, nous avons vu par fjuel procédé elle entretient le gonflement des parois uréthrales, et la rétraction inflammatoire de leurs élé-
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monts fibreux ; le rétrécissement qui en résulte peut être appelé comme nous l'avons dit, rétrécissement inflammatoire CHRONIQUE.
La maladie peut rester très-longtemps à cet état; l'ulcération granuleuse peut exister encore avec un degré de rétrécissement très-prononcé, comme je vous en ai rapporté des exemples et comme vous pouvez le voir encore sur un malade qui vient se faire traiter à nos consultations. Tant que l'endoscope montre l'ulcération caractéristique, on peut espérer, en la faisant disparaître, d'obtenir une guérison définitive, sans autre traitement. Mais il arrive, sans doute, un moment où ces lésions consécutives, trop profondément établies, persistent après que leur cause a disparu, car nous avons vu qu'il y a des rétrécissements qui ne disparaissent que par la dilatation. Alors la maladie se compose de deux éléments : la constriction des parois qu'un moyen mécanique peut seul faire disparaître, et l'ulcération, visible à l'endoscope, qui reproduira bientôt le rétrécissement, si elle ne guérit par un traitement approprié.
Cela peut nous expliquer un fait qu'on observe fréquemment et dont j'ai vainement cherché l'explication, avant que l'endoscope m'ait donné le moyen de suivre l'affection dans toutes ses phases.
Je rencontrais des rétrécissements encore nouveaux, peu considérables, facilement dilatables. En quelques jours ils avaient disparu ; mais le traitement cessé, iis reparaissaient en quelques jours, et autant de fois je les dilatais, autant de fois ils revenaient avec la même rapidité. Vainement je prolongeais le traitement; j'avais beau
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maintenir pendant des mois un calibre que j'avais rapidement obtenu, il diminuait dès que je ne l'entretenais plus. J'en avais conclu que la récidive des rétrécissements récents était plus rapide que celle de la plupart des rétrécissements anciens ; mais je n'en pouvais comprendre la cause, et je n'étais pas le seul, bien d'autres avaient fait la même remarque, sans en trouver l'explication. Aujourd'hui cette explication est facile ; vous l'avez déjà saisie. L'ulcération qui persiste, reproduit le gonflement, il se passe, dans un organe accessible aux seuls instruments, ce que nous voyons à l'extérieur dans bien des cas ; dans le gonflement, par exemple, qui se forme sous une plaque d'eczéma chronique, qu'une compression méthodique fait disparaître en peu de temps, mais qui revient encore plus vite tant que l'eczéma n'est pas guéri.
Aussi longtemps que l'épaississement des parties peut disparaître en même temps que l'ulcération, la guérison est radicale ; nous en avons bien des exemples. Vous vous rappelez celui de D..., guéri par la seule cautérisation de l'ulcération et dont la guérison ne s'est pas démentie depuis huit ans. J'en connais bien d'autres exemples aujourd'hui, et vous en voyez chaque jour à notre consultation.
Pendant cette période, on n'a pas à s'occuper d'attaquer directement le rétrécissement; il suffit de traiter les granulations.
Mais lorsque l'altération des tissus est portée assez loin pour persister indépendamment de la cause qui l'a produite, il n'en est plus de même, et la dilatation doit être ajoutée au traitement particulier de l'ulcération. Dans ce cas, la récidive est très-fréquente. Pourtant il existe