‹ De l'endoscope et de ses applications au diagnostic et au traitement des affections de l'urèthre et de la vessieChapitre 9 sur 27 · COMPLICATIONS DE LA BLENNORRHÉE · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS DE LA BLENNORRHÉE

donne lieu à l'ophlhalmie blennorrhagique, et cette ophthalmie, si elle se prolonge, devient granuleuse comme la blennorrhée. J'ai pu suivre, plusieurs fois, cette transformation ; une femme, entre autres, était traitée dans un dispensaire spécial pour une ophthalmie blennorrhagique.

Le traitement, répété à chaque consultation, mais nul dans l'intervalle, avait ralenti, sans doute, la marche de la maladie, mais n'avait pu la guérir, et elle commençait à perdre le caractère aigu lorsque cette femme entra dans mon service, à l'hôpital Cochin, avec deux pannus commençant et des ulcérations des cornées. Un traitement énergique et soutenu arrêta le mal et amena la guérison; mais je pus assister sur cette malade à la formation des granulations conjonctivales.

La contagion n'a pas lieu seulement à l'état aigu ; elle se fait aussi à l'état chronique, et M. le professeur Thiry l'a démontré de la manière la plus positive. Il a rapporté des exemples de granulations de la conjonctive produites par l'inoculation accidentelle de la sécrétion provenant de blennorrhées et d'ulcérations granuleuses de l'urètbre, et il a produit des granulations du col utérin et de l'urèthre en inoculant sur ces parties la sécrétion des paupières. J'ai déjà attiré votre attention sur l'identité de lésions dans les deux affections; nous pourrions en dire autant des symptômes. Dans les deux cas, douleurs vives, écoulement abondant et de môme nature dans l'état aigu; puis, à l'état chronique, douleurs obscures, sécrétion à peine sensible tant qu'une circonstance accidentelle ne vient pas exaspérer la maladie; enfin, travail morbide passant le plus souvent inaperçu jusqu'au

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moment où il se trahit par les désordres graves qu'il a causés dans l'organe affecté.

L'affection qui complique le plus souvent la blennorrhée est Torcbite ou épididymite.

Depuis que mon attention est attirée sur ce point et que j'ai le moyen de reconnaître la lésion caractéristique de la blennorrhée, je n'ai pas rencontré un seul cas d'épididymite liée à un écoulement uréthral chronique sans que cet écoulement eût pour point de départ la granulation soit dans la portion bulbeuse, soit dans la portion membraneuse ou prostatique. Sous l'influence du cathétérisme, on voit parfois le testicule devenir douloureux et s'enflammer; mais cette inflammation est généralement légère, et lorsqu'elle prend un caractère sérieux, c'est presque toujours qu'elle est due à une ulcération granuleuse irritée par le passage des sondes. L'épididymite, vous le savez, ne vient guère avant le moment où la blennorrhagie tend vers l'état chronique. Vous l'avez étudiée dans ces circonstances, et je ne vous en parlerai pas; mais nous nous occuperons de celle qui survient dans le cours d'une uréthrite granuleuse complètement passée à l'étal chronique. Elle peut se présenter ellemême sous la forme aiguë ou sous la forme chronique. Le sujet de ma première observation d'uréthrite granuleuse ne m'avait consulté que pour une épididymite aiguë qui ne reconnaissait pas d'autre cause , et cependant l'affection granuleuse était bien ancienne et bien chronique, puisqu'elle durait depuis onze ans.

Dans des cas de ce genre, où les symptômes de la blennorrhagie passent facilement inaperçus, il n'est pas rare

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d'attribuer l'orchite à une irritation mécanique ou a une influence épidémique; mais, la plupart du temps, l'épididymite, qui doit son origiue à la blennorrhée, est chronique comme elle. Elle dure indéfiniment, paraissant se résoudi'e, pour récidiver toujours avec un caractère subaigu, et simule alors à s'y méprendre l'affectioji tuberculeuse du testicule. J'ai vu plusieurs fois cette erreur commise par des chirurgiens distingués, et, sans l'endoscope, on doit presque nécessairement la commettre dans bien des cas.

Arrêtons-nous un peu sur cet accident.

Un malade atteint d'une blennorrhée, qu'il porte souvent sans s'en apercevoir, est pris, sans cause apparente, d'une douleur dans le scrotum ; l'épididyme se gonlle; souvent il se forme un épanchement dans la tunique vaginale, la peau commence à rougir; mais, au heu d'augmenter, tous ces symptômes diminuent au bout de quelques jours ; cependant la douleur se prolonge à un moindre degré, et la tuméfaction peut rester stationnaire pendant quinze jours, trois semaines et plus. Enfin, l'inllammation disparaît, mais le testicule reste longtemps sensible, et le gonflement laisse après lui un noyau dur, résistant et dont le siège n'est pas aussi fixe que celui de l'induration que laisse l'épididymite aiguë. On croit le malade guéri, mais le calme n'est que temporaire; il peut durer quelques semaines, quelques mois, un an ou plus ; mais, un jour, l'inflammation reparait, suit les mômes phases, et laisse en s'en allant un nouveau noyau induré. Il en résulte qu'après un certain nombre de récidives, le testicule est englobé dans une masse bosselée, dure

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devenaiil parfois sensible, s'entlamniant d'autres fois, et alors augmentant de volume.

Lorsque la maladie a commencé, elle ressemblait bien à un début d'orchite tuberculeuse, maintenant, par sa marche et ses symptômes, il est difficile de ne pas la confondre avec le testicule tuberculeux. La seule circonstance qui puisse mettre sur la voie du diagnostic, c'est qu'il est bien rare que des tubercules durent aussi longtemps et causent autant de poussées inflammatoires sans se ramollir et suppurer. Mais les accidents ne sont pas toujours aussi simples, et il n'est pas rare que l'inflammation devienne phlegmoneuse dans quelques noyaux: alors il se forme une bosselure rouge tendue, bientôt fluctuante, on l'ouvre, ou elle s'ouvre d'elle-même, il en sort du pus, l'inflammation tombe, le pus devient séreux, et l'ouverture reste fistuleuse pendant quelques semaines. Nous avons eu plusieurs cas semblables dans la salle Saint-Pierre, et j'en rencontre de temps en temps hors de l'hôpital. Il y a quelques années , une semblable affection a été déclarée tuberculeuse par plusieurs de nos collègues , et ce n'est qu'après une longue observation que j'ai reconnu une erreur que j'avais * d'abord partagée. Il faut convenir qu'il y a dans ces cas un ensemble de signes bien fait pour tromper les obser^ valeurs. Je vous ferai remarquer, il est vrai, que la nature du pus peut mettre sur la voie du diagnostic, que la cicatrisation est généralement plus lente dans le cas de tubercules ramollis, et qu'enfin , après la guérison de l'orchite bleniiorrhagique, on ne trouve pas ces cordons durs, et (^ui permettent de reconnaître la trace des fistules

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tuberculeuses, bien longtemps après la guérison. Tout cela ne fournil pourtant pas de signes assez précis pour appuyer un diagnostic. Le suintement uréthral, si faible qu'il puisse être , pourrait encore être invoqué ; malheureusement, lorsque l'affection tuberculeuse atteint le testicule, elle se porte souvent en même temps sur la prostate, et cause habituellement un écoulement entièrement semblable à celui de l'uréthrite granuleuse.

Il n'y a donc que l'endoscope qui puisse éclairer la question; car il ne reste plus de doutes lorsqu'avec les signes de présomption dont nous venons de parler, on a pu voir l'érosion granuleuse dans le canal. Dans ce cas, le diagnostic posé, le traitement est facile à conclure ; il faut combattre l'inflammation testiculaire , et traiter surtout l'affection du canal par les moyens appropriés. Dans tous les cas que j'ai observés, l'épididymite a cessé de reparaître après la guérison des granulations uréthrales.

Reprenons l'histoire de la blennorrhée. L'endoscope nous a fourni le moyen de reconnaître la lésion locale qui la caractérise, et nous avons pu éliminer les affections qui se confondent avec elle par un ensemble de symptômes extérieurs mal déterminés. Une fois la maladie bien caractérisée et débarrassée de tout ce qui jetait de l'obscurité sur son histoire, nous avons pu établir sa marche, sa terminaison et les complications qui lui sont propres , et il en est résulté de nouveaux moyens d'établir une distinction entre elle et les affections qui peuvent la simuler. Nous pouvons maintenant étudier son étiologie.

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Si vous cherchez dans les auteurs les causes de la blennorrhée, ou de la bleniiorrhagie , ce qui revient au uiènie, vous en trouverez beaucoup : lacontagion d'abord, ou les relations avec une personne infectée; les relations excessives avec une personne saine ; l'onanisme ; l'irritation traumatique : cathétérisme , injections irritantes; tous les écoulements des femmes; le pus d'un chancre; certains aliments irritants ou relâchants auxquels on ajoute les asperges que je crois parfaitement innocentes ; des boissons comme la bière et le thé ; des médicaments comme les cantharides. Ajoutez à cela les causes internes : l'évolution dentaire, les vers, le vice dartreux ; enûn certains tempéraments; on devrait encore compter les saisons et les variations de température.

Il vaudrait presque autant dire que les causes de la blennorrhagie sont tout ce que la pathologie générale rapporte au chapitre de l'éliologie, et l'on serait tenté de s'étonner que tout le monde n'ait pas des blennorrhagies, ou qu'elles ne soient pas, du moins, plus fréquentes que le coryza, qui, lui, ne reconnaît qu'une seule cause. Si maintenant nous apprécions ces causes en leur appliquant les connaissances que nous avons acquises, nous reconnaîtrons qu'à part quelques-unes d'entre elles, auxquelles on accorde une influence toute imaginaire , les autres peuvent produire des lésions dont le symptôme le plus apparent sera l'écoulement, mais non de vraies blennorrhées aiguës ni chroniques. Pour celles-là, nous ne connaissons d'autres causes que la contagion , c' esta-dire le contact du liquide sécrété par une ulcération de même nature.

DESOnMEAUX.

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