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C. PROGRAMME ET METHODES

Le programme général des études peut être divisé en trois parties. Il faut :

1. Ouvrir la voie aux possibilités d'expression personnelles de l'adolescent, c'est-à-dire faciliter, par des exercices et par des moyens extérieurs, le développement de sa personnalité intérieure.

2. Répondre à ce que nous considérons comme les éléments créateurs de l'être psychique chez l'homme en général.

3. Mettre l'adolescent en rapport avec la civilisation actuelle, en lui apportant une culture générale, et aussi au moyen de l'expérience.

I . Ouvrir la voie aux possibilités d'expression personnelle.

Les exercices visant à ce but sont des exercices artistiques laissés au libre choix, tant pour le genre de l'exercice que pour le moment de son accomplissement. Certains enfants choisissent le travail individuel, d'autres le travail par groupes. Ces exercices se rapportent aux arts, à la langue et à l'imagination. Ils comprennent la musique, l'art dramatique et la diction, et les travaux artistiques.

a. La musique : Exécution de morceaux par lesquels les enfants apprendront à identifier

les compositeurs et leurs époques, comme on le fait courammem pour les études littéraires. Des chorales. Étude d'instruments pour soli et orchestres.

b. La langue : Diction, élocution, représentations dramatiques ou de poëmes. Cultiver Fart de parler avec logique, d'exposer des idées, de raisonner et de discuter. Lectures à voix haute capables de soutenir l'attention du public, conférences libres sur des idées personnelles.

c. Travaux artistiques : le dessin, les représentations solides, pastiline, etc., avec des buts variés : dessins ornementaux, reproductions de la nature, créations de l'imagination, etc.. Il ne s'agit pas de considérer ces travaux comme une véritable étude artistique ; ils ne sont destinés qu'à faciliter l'expression du sentiment artistique personnel en rapport avec un travail manuel, qu'à acquérir des techniques modernes.

2. Répondre à ce que nous considérons comme les éléments créateurs de Vêtre psychique chez V homme en général.

L'enfant a besoin d'être mis en valeur. Son instinct lui fait tout trouver beau, l'encourage à tout admirer. Nous devons favoriser cette tendance. Sa personnaUté a besoin d'être observée et aidée, à condition que l'aide se Hmite au besoin. Si nous voulons apporter une éducation

religieuse adaptée à cet âge, elle doit être faite de contacts. Dieu aime la créature, la voit sans cesse, ne l'abandonne jamais. Et si nous voulons donner une idée religieuse de la nature, il nous faut toujours parler de l'individu, de l'animal, au singulier ; et que tout soit bien clair, bien distinct, on pourrait dire haché, détaché, analysé : l'enfant, le père, la mère, les personnes, les animaux ; il s'agit, durant cette période, de faciliter la construction de la personnalité ; aussi essayons-nous de clarifier en donnant de toute chose une matérialisation, et même en rendant maniable ce qui est abstrait.

La culture « créatrice », destinée à la construction des bases mêmes de la personnalité, se divise en trois branches : l'éducation morale, les mathématiques et les langues.

a. Véducation morale construit la base de cet équiUbre spirituel sur lequel repose tout le reste, et qui peut être comparé à l'équilibre physique sans lequel il est impossible de se tenir droit ni de se livrer à aucune activité motrice.

b. Les mathématiques : L'intelligence humaine n'est plus, aujourd'hui, une intelligence naturelle, mais une intelligence mathématique ; et, sans l'éducation et le développement mathématique, il est impossible de comprendre le progrès de notre époque, ni d'y participer. Un esprit

sans culture mathématique est, aujourd'hui, comparable à un homme qui ignorait l'alphabet, au temps où tout ressortissait de la culture Uttéraire. A l'état naturel, l'esprit humain est déjà mathématique : il tend vers l'exactitude, la mesure et la comparaison ; il est capable, dans certaines limites, de pénétrer de nombreux « effets » que la nature offre aux hommes, tandis qu'elle lui cache le monde des « causes ».

Il faut donc, en raison de cette importance vitale des mathématiques, que l'école emploie des « méthodes spéciales » pour les enseigner, et qu'elle en rende ses éléments clairs et compréhensibles à l'aide de la concrétisation.

c. Les langues : Le développem^ent du langage fait partie de la personnalité elle-même. Les mots sont, en effet, le moyen naturel d'exprimer la pensée et, par conséquent, d'établir la compréhension entre les hommes. Si une seule langue suffisait jadis, il est aujourd'hui de toute nécessité d'enseigner des langues différentes. Le latin, dont l'importance était prépondérante quand la culture principale était une culture httéraire, n'est plus aussi essentiel de nos jours. Son enseignement ne doit, en aucun cas, être « imposé », puisque cette langue est pratiquement inutile, sauf pour les études classiques dans un but professionnel. Le latin a, toutefois, une telle importance historique,

que son acquisition doit être rendue possible à tous ceux qui le souhaitent ; il doit donc exister, à titre facultatif. Les professeurs de latin ont ainsi la possibilité de « pénétrer » et de s'imposer, en conquérant l'intérêt, en rendant attrayant le langage auquel se rattachent les origines de notre civilisation.

3. Mettre F adolescent en rapport avec la civilisation actuelle en lui apportant une culture générale, et aussi au moyen de ^expérience.

a. Etude de la terre et de la nature vivante : c'est-à-dire la géologie (avec des documents sur les périodes préhistoriques), la biologie, la cosmographie, la botanique, la zoologie, la physiologie, l'astronomie, l'anatomie comparée.

b. Études se rapportant au progrès humain et à la construction de la civilisation à travers les sciences physiques, chimiques, etc.

Tout en étant exactes, ces études doivent toujours donner lieu à des expériences pratiques, afin de toujours apporter aux enfants la possibilité d'observer et d'expérimenter eux-mêmes. Grâce à ces bases, ils pourront assimiler les matières les plus difficiles, impossibles à démontrer à l'école. Les notions pratiques, en illustrant la théorie, la rendent plus attrayante, et engagent à aller toujours plus avant.

L'école devra donc posséder son « musée des machines » : machines maniables, permettant

aux enfants de les démonter et de les remonter, de s'en servir et, à l'occasion, de les réparer. Le plan incliné, les engrenages, le tour, la roue et tous les éléments qui aident à obtenir un plus grand rendement avec un moindre effort, de même que les lentilles et les prismes pour la concentration et pour la déviation de la lumière, peuvent constituer un « matériel » pour l'étude des lois essentielles de la physique, avec leurs formules et leurs calculs mathématiques. De même pour la statique : un matériel simple peut être conçu, qui aidera à comprendre les lois régissant l'équilibre des édifices et des ponts.

« L'Enfant champêtre » doit être habitué à se servir de machines : machines à écrire, à tricoter, à tisser ; machines à calculer, à imprimer, à photographier, à développer ; cinémas, microscopes, phonographes et radios, machines électriques ; il doit savoir le Morse pour le télégraphe, et manier les machines pour la vie courante ; pas seulement la bicyclette « pour aller plus vite », mais aussi les petites machines d'usage familier : machines à éplucher les légumes, à faire la purée, à aspirer la poussière, à laver et à repasser, etc.. C'est un organe multiforme de la vie de l'homme moderne.

Là, une réflexion s'impose : la civilisation a donné à l'homme, au moyen des machines.

une puissance bien supérieure à celle qui lui était propre ; mais, pour que l'œuvre de la civilisation se développe, il faut aussi que l'homme se développe. Le mal dont souffre notre époque vient du déséquilibre créé par la différence de rythme auquel ont évolué l'homme et la machine ; la machine a avancé à une allure accélérée, et l'homme est resté en arrière. Aussi l'homme vit-il sous la dépendance de la machine, alors que c'est lui qui devrait la dominer. Le progrès ne doit pas déterminer le triomphe du matériaUsme ; il doit, bien au contraire, « élever » l'homme. Il est exaltant de mettre son idéal à monter toujours plus haut ; il faut enseigner aux adolescents notre tâche sur la terre. Mais cette puissance apportée à l'homme par la machine doit aussi lui créer des devoirs nouveaux, une morahté toujours plus haute. L'homme aux pouvoirs « supernaturels »

peut apercevoir, à travers des verres, des choses infiniment petites, ou très éloignées. Il peut faire des calculs mathématiques qui auraient été complètement inaccessibles et même inconcevables à l'homme naturel. Il peut, aujourd'hui, écouter des voix qui viennent de distances considérables ; il peut mesurer les ondes qui rendent ces communications possibles. Il voyage avec une rapidité toujours accrue, vole dans les airs et se maintient à la surface des

mers. La machine lui confère donc un pouvoir immense ; un pouvoir presque aussi fantastique que celui des héros des contes de fées, et le progrès de l'entourage social y correspond. Mais si l'éducation ne l'aide pas à participer à ce monde, il demeurera « en dehors de la société ». L'homme de cette « supernature » est le roi de la terre, des choses visibles et invisibles ; il pénètre les secrets de la vie en donnant naissance à une faune et à une flore qui constituent cette supernature, faisant progresser, par la chimie, les produits naturels de la terre, transformant les corps, comme à l'aide d'une baguette magique. Et c'est la preuve de la grandeur de l'humanité collective ; et à cela chaque homme peut apporter sa contribution. Mais c'est aussi pour cela que l'homme qui détient un tel pouvoir devient dangereux. Une morale individuelle et sociale nouvelle doit donc se faire jour dans ce monde nouveau : une morale apportant des directives nouvelles sur le bien et sur le mal, sur les lourdes responsabilités, qu'assument les individus à l'égard de l'humanité entière, à partir du moment où il élève sa puissance au-delà de sa propre nature. La machine ne doit que remplacer Vesclave dans la nouvelle civiUsation.

c. Histoire de Phumanité, qui doit être aussi complète que possible. Il faut donner une vue

d'ensemble dans laquelle il est bon de choisir des périodes particulières pour les études individuelles. Une bibliothèque spécialisée comportant des atlas géographiques, un musée d'histoire, c'est-à-dire des portraits et des reproductions de documents historiques et préhistoriques, en constituera le matériel précieux.

La partie de l'Histoire la plus importante pour les adolescents est celle qui traite des explorations, et aussi des inventions ; il est bon d'illustrer l'Histoire d'images de la vie sociale avant et après la découverte en question, afin de faire comparer la vie de l'homme au cours des différents stades de la civilisation.

Un autre aspect de l'Histoire qui convient particulièrement à la période suivante est celle qui étudie le développement humain par rapport aux événements géographiques, le contact entre les différents peuples, les croisements, l'assimilation des différentes races et cultures, les guerres et la conquête des empires, le tout accompagné d'un regard sur les sentiments et sur les coutumes, sur l'influence de la religion et du sentiment de la Patrie et sur le comportement de l'homme.

Sujets spéciaux : A côté de ces considérations d'ordre général, il est intéressant de se livrer à une étude détaillée d'une époque, d'un événement ou de la vie de quelque personnage ayant

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suscité chez les élèves un intérêt particulier ; c'est l'occasion de collectionner, de consulter et de comparer des documents, des articles et des portraits jusqu'à compréhension totale du sujet.

Il faut aussi jeter un coup d'œil sur la situation présente du pays, sur sa constitution, ses lois, ses caractéristiques particulières et sur ses caractères moraux ; tableau qui doit être copieusement illustré de références, et qui doit comporter des visites aux lieux présentant quelque importance historique.

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