CARACTÈRE MORAL DE SEPT A DOUZE ANS
limites, a gagné son indépendance ; et c'est ce qui donne toute leur importance à ces exercices de patience, d'exactitude et de répétitions.
La prolongation de ces exercices deviendrait inutile, maintenant que l'enfant est indépendant, c'est-à-dire qu'il sait se livrer à une activité pour laquelle il lui fallait demander secours à l'adulte et qu'il possède la coordination de ses mouvements. Mais les gestes de courtoisie, qu'on lui a enseignés afin qu'il prenne contact avec autrui, doivent maintenant être transposés sur un autre plan : il faut, par exemple, qu'il soit question de l'aide à apporter aux faibles, aux vieillards et aux malades ; il n'est plus question ici de s'exercer à des mouvements : nous arrivons à l'introduction des rapports moraux, de ceux qui éveillent la conscience. Si, jusqu'à présent, la fait de ne pas heurter quelqu'un sur son passage avait de l'importance, ce qui en a maintenant bien davantage, c'est de ne pas offenser ce quelqu'un.
Si le scoutisme a obtenu un tel succès, c'est parce qu'il a apporté des principes moraux dans une réunion d'enfants. Il met en outre l'accent sur ce que l'on doit et sur ce que l'on ne doit pas faire. Et les enfants qui adhèrent à ces groupes ne commettent généralement pas ce que leur défend le scoutisme. Il y a là une attraction qui est un point de départ : naissance de la dignité.
Ces réunions comportent aussi des exercices physiques, tels que de longues marches, et les enfants s'habituent à affronter une vie à la fois plus grave et plus dure.
Tandis que le petit enfant recherchait la douceur de la vie, l'enfant a maintenant soif de rencontrer la difficulté. Mais, pour réaliser ces efforts, il faut un but : et c'est là que réside la différence entre un maître d'école qui emmène promener ses enfants, et une organisation de ce genre. Le premier, il est vrai, les fait sortir de l'hermétisme de l'école ; c'est-à-dire qu'il les fait marcher avec leurs pieds, et voir sensoriellement ce qui les environne. Mais cela n'élève en rien la dignité de l'enfant, qui est quand même maintenu dans un cercle fermé. On aura beau multiplier ces promenades, rien ne sera changé, puisque l'adhésion des enfants est passive. Par contre, si ces mêmes enfants sortent consciemment de l'école dans un but déterminé et Hbrement accepté, c'est tout à fait différent.
Or, il s'agit bien, dans le scoutisme, d'une réunion d'enfants qui ont sollicité leur adhésion à cette société ; et cette société se propose, avant tout, un but moral ; celui, par exemple, de défendre les faibles, et de se maintenir à un certain niveau moral ; ici, l'enfant peut promettre ou refuser ; aucun maître ne l'obUge