CHAPITRE PREMIER
général, altèrent la santé des ouvriers, débilitent leur constitution. Enfin, à quoi bon le dissimuler, le séjour des villes, des grandes villes surtout, est malsain, dangereux ; l'air, l'espace y manquent ; rien n'y invite aux exercices du corps, tout y attire aux délassements tranquilles. Combien il serait à souhaiter que les générations nouvelles, habituées dès l'enfance aux jeux et aux exercices fortifiants, pussent puiser dans cette habitude, devenue . un besoin, l'énergie nécessaire pour combattre l'engourdissement des occupations sédentaires et résister au charme des plaisirs énervants ! *
Les auteurs clairvoyants du programme primaire
n'ont fait que répondre par une sage innovation
à la logique des institutions républicaines, aux
nécessités de notre situation vis-à-vis des nations
étrangères, aux besoins de notre état social et au
danger des mœurs et des habitudes contemporaines.
Ils ne se sont point arrêtés là ; la force physique,
pourtant si nécessaire, ne suffit pas ; il faut y joindre
des qualités plus relevées. Soumises à l'implacable
loi de la concurrence nationale et de la concurrence
'étrangère, l'agriculture, l'industrie surtout exigent
de nos ouvriers plus d'adresse, plus d'initiative, plus
de savoir.
La diffusion du bien-être, l'accroissement de la richesse ont développé dans des proportions énormes la production des objets de luxe ; et même, dans les choses de simple utilitS, on recherche, on de-
mande une certaine élégance, un certain agrément.
Aussi partout l'art s'unit et s'applique à l'industrie, pour la relever, pour l'embellir. Dès lors, il importait de cultiver de bonne heure, par des exercices variés, par le maniement des principaux outils, par le dessin, par le modelage, ces qualités, du reste innées dans notre race, la dextérité de la main, la justesse du coup d'œil, la sûreté du goût, et de préparer ainsi les enfants par cette culture générale à l'exercice intelligent et précoce de toutes les professions manuelles. Il importait aussi d'abréger les longueurs improductives et décourageantes de l'apprentissage, et de mettre l'enfant du peuple en état de venir promptement en aide à sa famille et de subvenir à sçs propres besoins.
On a pensé aussi au foyer domestique ; on a voulu que la mère cessât d'être tributaire des industries coûteuses, et qu'au lieu d'aller loin des siens gagner péniblement, dans quelque atelier malsain, de quoi payer tailleuses, blanchisseuses et lingères, elle sût elle-même habiller, blanchir et entretenir ses enfants ; et en cela Ton n'a pas uniquement songé à l'économie, mais aux intérêts moraux de l'enfance et de la famille ; car la place de la mère est près du berceau, celle de l'épouse est au foyer.
Enfin, il était bon que la jeune fille pût dès l'école, par des exercices gymnastiques appropriés à sa nature, acquérir les forces nécessaires à Faccom-