‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 11 sur 262 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

plissement de sa tâche future, tâche multiple autant que laborieuse.

Voilà, en quelques mots, ce que le gouvernement de la République a cru devoir demander à l'enseignement primaire pour l'éducation physique des générations nouvelles.

Mais le corps n'est qu'un organisme au service de la volonté ; si la volonté est pervertie, elle devient d'autant plus dangereuse qu'elle dispose d'armes plus puissantes. De là, -la nécessité de diriger, d'exercer la volonté dès l'enfance, de la tourner, de la former à la pratique du bien. Sans doute, jusqu'ici, la morale n'est pas restée étrangère à l'enseignement primaire ; mais elle n'y était pas, de la part de nos maîtres, l'objet d'une préoccupation constante, et elle s'y enseignait surtout sous une forme confessionnelle. D'un côté c'était trop peu, de l'autre c'était trop.

Il ne suffit pas, en effet, que le maître exerce, en quelque sorte involontairement, une influence morale par la vertu propre à tout enseignement et par la vertu de l'exemple ; il faut que la morale soit mêlée intentionnellement à tous les exercices, à tous les actes de la vie scolaire ; il faut que l'enfant y apprenne chaque jour, à toute heure, la première des sciences et la plus difficile, celle de bien faire.

D'autre part, dans un État qui repose sur la pratique de la tolérance religieuse, l'école publique,

celle où viennent s'asseoir .des enfants qui appartiennent à tous les cultes, celle qui a pour mission de fortifier, au milieu des divergences inévitables des opinions politiques et religieuses, l'unité intellectuelle, morale et patriotique de la nation, l'école publique, dis-je, ne ctoit donner que des enseignements communs à tous, ne doit inculquer que des vérités universellement reconnues. Dans ces enfants aujourd'hui condisciples, elle voit de futurs concitoyens, destinés à vivre dans l'égalité civile et politique ; quelles que soient leurs croyances, elle les réunit pour les unir ;elle leur apprend à s'aimer, à s'estimer les uns les autres; elle travaille à nouer entre eux ces liens fraternels, nécessaires aubonheur, que dis-je, à l'existence même de la patrie. Aussi, laissant des dogmes parfois contradictoires, va-t-elle prendre l'enseignement moral à sa source naturelle, source inaltérable et vraiment divine, la conscience. C'est là que l'instituteur puisera ses inspirations ; c'est de sa conscience et de son cœur que découleront ses leçons toujours simples, toujours naturelles. Il évitera également d'enfermer des principes universels dans des dogmes exclusifs, et de revêtir d'une forme sèche et abstraite la chose la plus vivante qui soit au monde, celle qui est la vie même, la morale, puisque nous ne pouvons rien faire, rien dire, rien penser qui ne relève de ses lois, et qu'elle ne frappe à l'instant même de l'un ou l'autre de ces deux caractères, le bien, le mal.

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