CHAPITRE XVII
de tout ; c'est le dedans et le dessous de la terre qui contiennent le secret des merveilles qui se répandent au dehors et s'étalent à sa surface.
De même que la nature du sol aide à comprendre la bruyante activité qui se déploie sur certains points, la morne immobilité qui pèse ailleurs ; ici la richesse de la terre parée de mille couleurs, là la simplicité unie de sa robe verdoyante ; plus loin, sa misère et sa nudité ; de même elle explique les singularités apparentes de la distribution des espèces animales à la surface du pays, l'abondance des unes, la rareté des autres, suivant les ressources que leur fournit le sol pour leur subsistance ; les inégalités de la population humaine ici fourmillante, là clairsemée, ailleurs absente, et les différences de force, de caractère et de mœurs entre les habitants des divers pays.
Une description à grands traits sera suffisamment complète, si l'on y trouve rangés en ordre l'image du pays, sa forme, sa grandeur, ses chaînes de montagnes, ses bassins, ses fleuves, ses grandes industries, ses grandes cultures, les espèces d'animaux qui s'y propagent et les traits caractéristiques des populations qu'il renferme.
L'enseignement scientifique, celui des sciences physiques et naturelles surtout, ne peut se passer delà description, soit qu'il s'agisse des phénomènes à observer, soit qu'il s'agisse des instruments à employer ou des appareils à préparer pour les
expériences. Ce genre de description .exige une extrême sobriété et une extrême précision: rien ne doit y entrer qui ne soit nécessaire, et tout doit être dit de manière à. ne laisser dans l'esprit ni vague ni doute ; en un mot, cette description aura autant que possible une rigueur scientifique et prendra le caractère d'une démonstration. .
Mais quelle méthode suivre dans ces descriptions? Les appareils, les machines sont souvent compliqués, et Ton ne sait par où les prendre. Sans doute il faut appliquer ici la méthode générale, c'est-à-dire l'analyse et la synthèse ; mais, dans l'emploi de cette méthode, n'y a-t-il pas un certain ordre à trouver et à suivre? Tout instrument, toute machine se compose d'un nombre plus ou moins grand de pièces ou ressorts; il faut donc démonter la machine, décomposer l'instrument, examiner successivement chacune des parties, puis les rassembler, les ajuster, recomposer l'instrument, reconstruire la machine, de manière à faire comprendre le fonctionnement de l'ensemble et le rôle de chacune des parties.
Tout ce qui sort de la main de l'homme a un but d'utilité ou d'agrément ; toute description doit par conséquent faire comprendre en quoi et com ment les choses sont utiles ou agréables. Le mieux est donc, avant de décrire un instrument, une machine, de se demander dans quel but, pour quel usage on les a inventés. Cette question dirigera
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l'attention vers le point essentiel, vers la pièce la plus importante, celle qui constitue l'invention, celle qui contient la solution du problème, qui donne le mot de cette énigme mécanique.
Voici 4a lampe de Dawy : elle se compose d'une demi-douzaine de parties, un réservoir à huile, une mèche, un tube en verre, une toile métallique, des tringles, une ou deux traverses, un crochet : de toutes ces pièces quelle est la plus importante? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à se demander dans quel but Dawy a inventé sa lampe ; il voulait éviter ces terribles explosions causées par le contact de la flamme des lampes avec le gaz détonant qui se dégage des mines. Gomment y a t-il réussi? Par l'emploi de la toile métallique dont il revêt l'orifice supérieur du tube cylindrique. C'est donc par cette toile qu'il faut commencer la description, car elle est la pièce principale, elle est en quelque sorte la lampe tout entière ; c'est par elle surtout que la lampe de Dawy diffère des autres.
J'ai à décrire un haut fourneau. Vais-je commencer par la cour, parles tas de charbon, par les bâtiments, par les hautes cheminées, en un mot par ce qui frappe d'abord et de loin le regard ? Non, car ma description doit être scientifique et non littéraire. J'irai droit au fourneau lui-même. En effet, quel a été le but de l'inventeur ? D'obtenir une température permanente assez élevée pour que le minerai puisse entrer en fusion, et que la fusion
dure. Comment y est-il arrivé, sinon par sa construction du fourneau, qui concentre et entretient la chaleur nécessaire à la fusion ? c'est donc le fourneau lui-même qu'il faut ayant tout décrire, et tout ce qui avec lui contribue à la production et à l'entretien de la chaleur, c'est-à-dire la disposition et le nombre des couches de combustible et des couches de minerai, l'agencement et le jeu des tuyères; c'est là l'important : cela une fois compris, j'expliquerai comment on se débarrasse des scories, comment et par où s'écoule la fonte, comment on charge le fourneau, pourquoi on élève si haut les cheminées, etc, ; mais tous ces détails, quelque intérêt qu'ils présentent, ne sont qu'accessoires, et, par conséquent, ne doivent arriver qu'en seconde ligne ; ils viennent se ranger autour de l'objet principal et compléter la description.
Le défaut ordinaire de ces exercices, c'est le horsd'œuvre, c'est la surabondance des détails oiseux, qui noient et font perdre de vue l'objet principal, ou le réduisent au rang desimpie détail. Il faut pousser droit au centre, là où est le nœud de la description, et aller de là aux extrémités en montrant le lien des choses. Si Ton veut décrire un phare, qu'on ne perde pas son temps à tourner autour et à distance, dépeignant la mer, le rocher, la maison du gardien , la tour, etc.; qu'on aille d'abord au phare, à la lumière. Pourquoi les phares sont-ils construits ? — Pour éclairer au loin, et au large. — Que faut-il pour que la