‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 110 sur 262 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Le nuage élargi les couvre de ses flancs ; Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants. Mais des traits enflammés ont sillonné la nue ; Et la foudre, en grondant, roule dans l'étendue; Elle redouble, vole; éclate dans les airs ; Leur nuit est plus profonde, etc.

Du couchant ténébreux s'élance un vent rapide Qui tourne sur la plaine, et, rasant les sillons, EDlève un sable noir qu'il roule en tourbillons. Ce nuage nouveau, ce torrent de poussière Dérobe à la campagne un reste de lumière.

Nous voici arrivés par degrés au plus haut point d'intensité du phénomène. A l'épaisseur des nuages, aux roulements du tonnerre dans toute l'étendue du ciel sont venus se joindre un vent impétueux et des nuages de poussière ; que reste-t-il encore à craindre sinon que

La foudre éclate et tombe et des monts foudroyés Descendent à grand bruit les graviers et les ondes Qui courent en torrents sur les plaines fécondes.

Le poète passe ensuite aux effets désastreux, de l'orage: .

récolte! 6 moisson! tout périt sans retour, L'ouvrage de l'année est détruit en un jour!

Le poète n!a pas suivi le decrescendo de l'orage, parce qu'il avait pour but de laisser dans nos âmes une impression de terreur qu'il eût évidemment affaiblie en nous peignant l'apaisement progressif.de cette redoutable et funeste colère de la nature. C'est que la composition d'un simple morceau, comme

celle d'un ouvrage entier, est subordonnée au but que l'auteur se propose, et que la méthode générale doit être un auxiliaire et jamais un obstacle.

Si l'auteur avait eu un but différent, il aurait au contraire suivi pas à pas la décroissance du phéno- * mène et ramené insensiblement le calme dans la nature. En voici la preuve tirée du même sujet. Dans une admirable symphonie, qui s'appelle la Symphonie pastorale, l'auteur, Beethoven, nous décrit, car la musique aussi peut être descriptive, le calme des champs par un beau jour d'été, et la danse des paysans dans la prairie sur le bord d'un ruisseau. Cette scène champêtre est troublée par un orage. Cet orage, on le sent, on l'entend venir de loin, car les crescendo et les decrescendo, c'est-à-dire, la gradation, sont un procédé commun à tous les arts sans exception aucune. Donc à la brise légère qui frémissait joyeusement dans le feuillage succèdent peu à peu le bruit du vent, puis les sifflements de la rafale, les mugissements de la tempête mêlés aux grondements du tonnerre qui roule dans les gammes chromatiques ascendantes et descendantes de ' tout l'orchestre déchaîné.

Mais peu à peu ces grondements diminuent, ils s'éloignent, ils s'apaisent ; le calme renaît, et l'on entend de nouveau les oiseaux chanter l'un après l'autre, le ruisseau murmurer, les paysans danser, et l'on croit voir le soleil, se dégageant des nuages, inonder de sa pure et tranquille lumière les cam-

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