CHAPITRE XVIII
pagnes rassurées. C'est que dans la composition de cette œuvre Forage n'était qu'un accident, qu'un moyen pour faire mieux sentir et goûter par le contraste le calme ordinaire de la nature et la paix profonde qui règne dans les champs.
Comme les descriptions qu'on donne à faire aux enfants ont surtout pour but de leur apprendre à bien observer, à trouver des idées et à les bien ranger, le mieux est, je crois, au moins en commençant, d'exiger d'eux l'application rigoureuse de la méthode générale.
Indépendamment des phénomènes eux-mêmes, il est toujours utile, il est souvent nécessaire de peindre le lieu, d'indiquer le moment où ils se produisent, car le lieu peut en modifier le caractère et le moment peut en accroître l'horreur ou la beauté. Il n'est pas indifférent qu'un phénomène s'accomplisse dans une plaine ou dans les montagnes, dans un désert ou dans un endroit habité ; il n'est pas indifférent non plus qu'il arrive à la pleine lumière du jour ou dans l'obscurité de la nuit.
Quand Chateaubriand veut nous décrire un ouragan dans la Thébaïde, il commence par nous dépeindre le lieu de la scène et le moment.
« Figurez- vous desplages sablonneuses, labourées par les pluies de l'hiver, brûlées par les feux de l'été, d'un aspect rougeâtre et d'une nudité affreuse, etc.... »
Et plus loin :
« Nous reprîmes notre route avant le retour de la lumière. Le soleil se leva dépouillé de ses rayons et semblable à une meule de fer rougie. La chaleur augmentait à chaque instant. Bientôt le dromadaire commença à donner des signes d'inquiétude ; il enfonçait ses naseaux dans le sable et soufflait avec violence. Par intervalles, l'autruche poussait des .sons lugubres. Les serpents et les caméléons se " hâtaient de rentrer dans le sein de la terre, etc. »
On a remarqué, sans doute, qu'après avoir dépeint le lieu et marqué le moment, l'auteur passe à la description des signes précurseurs de l'ouragan, confirmant ainsi par son exemple la règle donnée plus haut. . Un phénomène peut être décrit pour lui-même, ou bien l'homme ligure dans la description, soit comme simple témoin, soit comme acteur. Dans le premier cas, la description trouve son complément naturel dans les sentiments divers que le spectacle -^inspire à l'homme ; elle "trouve son unité dans l'impression d'ensemble qu'elle lui laisse, et les ré- . flexions qu'elle lui suggère.
Ainsi, après avoir décrit le lever du soleil, J.-J. Rousseau finit en ces termes :
« Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu'à l'âme: Il y a là une demi-heure d'enchantement auquel nul homme ne résiste ; un spectacle si grand, si beau, si délicieux n'en laisse aucun de sang- froid. »