CHAPITRE XIX
les reproductions des chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture commencent à se répandre dans nos écoles primaires. L'image est devenue un véritable instrument d'enseignement et d'éducation ; il faut donc que les enfants et les maîtres apprennent à se servir de cet instrument.
Ajoutons qu'aujourd'hui les musées sont ouverts à tous. Ces musées se multiplient et s'enrichissent ; il n'est guère de ville qui n'ait le sien ; déjà, grâce à l'initiative de M. Groult, nombre de chefs-lieux de canton ont aussi les leurs; des musées d'un nouveau genre, musées des arts décoratifs, musées ethnographiques, industriels, commerciaux, etc., se fondent dans les grandes villes; les expositions nationales et internationales deviennent plus nombreuses et plus
importantes : or, que sont ces expositions de tout genre sinon un vaste enseignement par l'aspect et non plus seulement pour les enfants, mais pour les personnes de tout âge? Il y a donc partout comme une sollicitation permanente à l'observation et par suite à la description écrite ou orale.
Il ne suffît pas de voir un dessin, un tableau, ni même de le regarder pour le connaître, il faut l'étudier comme on étudie les objets, les êtres, les sites, tes scènes dont ces tableaux et ces dessins nous offrent l'image ; en un mot, il faut observer. La méthode d'observation est évidemment la même, qu'elle s'applique aux choses ou qu'elle s'applique à kar représentation. Décrire d'après nature ou décrire
d'après une œuvre d'art, c'est toujours décrire. Je ne reviendrai donc pas sur ce que j'ai dit au sujet des sites, des* paysages, des minéraux, des végétaux, des animaux, de l'homme, des régions, des instruments et des machines ; j'insisterai sur les scènes historiques ou dramatiques qui ne peuvent être décrites que d'après les dessins, les gravures ou les tableaux qui les représentent.
Il est certains tableaux dont le sujet n'a pas besoin d'être indiqué ni cherché; il saute aux yeux; ainsi, en voyant une toile, une image qui représente une inondation, un incendie, l'enfant ne peut pas se méprendre, il comprend et n'a qu'à décrire. La question qui se pose est toujours la même : Par où commencera-t-il ? car ses yeux sont attirés sur tous les points à la fois ; c'est comme s'il s'entendait appeler de tous les côtés en même temps par des voix différentes ; il ne sait dans quel sens il doit aller.
*Faut-il, ainsi que certains livres le conseillent, qu'en présence d'un tableau l'enfant donne carrière à son imagination, qu'il se mette à raconter la scène, non pas telle qu'elle est représentée, mais telle qu'il la conçoit, et qu'il se livre à toutes les réflexions, morales ou autres, que le sujet pourra lui suggérer? Je ne le pense pas ; ce serait dénaturer l'exercice et changer la description, dont l'exactitude est le premier mérite, en une narration qui laisse place à l'invention, et qui même la provoque.