CHAPITRE XIX
Il est d'autres tableaux dont le sujet n'est pas aussi aisé à comprendre; il en est qui pour l'enfant sont de véritables énigmes dont il faut lui faire trouver le mot. C'est au maître à le guider, à appeler son attention sur les détails qui peuvent l'éclairer, à l'amener par une série de questions bien graduées à retrouver dans ses souvenirs le fait ou la scène dont le tableau offre l'image. Cette recherche est déjà par elle-même un excellent exercice et une préparation naturelle au travail de la description.
Voici un tableau; il représente un champ de ba-
taille; au milieu, un guerrier à cheval suivi d'une escorte ; en face de lui, un évêque suivi de son clergé.. Il est possible que l'enfant ne retrouve pas du premier coup le sujet de cette scène. Mais que le maître lui fasse remarquer le geste de Pévêque, geste •expressif et sur le sens duquel on ne peut se méprendre; et, si cela ne suffit pas, qu'il appelle ses regards sur le visage du guerrier où se peint un étonnement mêlé de crainte; sur ses yeux petits, son*
nez écrasé, ses pommettes saillantes, signes caracté-
ristiques d'une race bien connue ; sur les armes du guerrier, sur la ville qu'on aperçoit dans le lointain et que l'évêque semble défendre ; il est probable qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard, les noms de saint Loup et d'Attila finiront par sortir de la bouche de l'enfant.
Prenons un tableau d'un autre genre; un jeune homme est debout, chapeau sur la tête, au milieu
d'une assemblée dont les membres à l'aspect vénérable restent tête nue devant lui. Si l'enfant n'a pas aupremier coup d'œil reconnu une scène mémorable, qu'on lui fasse successivement remarquer que le jeune homme est botté, éperonné, qu'il a un fouet à la main, qu'il a le costume du dix-septième siècle, qu'il a l'air hautain et courroucé, que ceux auxquels il s'adresse portent la robe des magistrats, etc. ;pour peu qu'il connaisse l'histoire, l'enfant ne tardera pas à reconnaître Louis XIV au Parlement. *
Cet autre tableau représente une bataille; au milieu, un pont; à l'une des extrémités, des canons qui vomissent la mitraille ; à l'autre un officier, qui s'élance, un drapeau à la main, entraînant ses soldats. Bien des combats se sont livrés sur des ponts; mais si l'enfant observe les. uniformes des combattants, il ne pourra se tromper de siècle, et s'il remarque les traits et la jeunesse de l'officier qui s'élance à la tête des Français, il aura bien vite reconnu Bonaparte au pont d'Arcole.
Le sujet est trouvé ; passons à la description. En faisant un tableau, tout artiste a un but ; c'est ce but qu'il faut chercher, car si le tableau est bienfait, tout doit y concourir ; toutes les parties, tous les détails doivent contribuer à accroître l'impression de l'ensemble. Ainsi quand nous aurons saisi l'intention de l'auteur, nous aurons par là même trouvé le moyen de comprendre et d'apprécier. L'art consiste en effet dans le rapport des moyens à la fin, et l'œuvre d'art