CHAPITRE XIX
est d'autant plus parfaite que ce rapport est plus exact. Si, par exemple, l'artiste s'est proposé de faire naître en nous la pitié ou l'horreur, son tableau sera d'autant meilleur, qu'il aura su choisir les moyens les plus propres à éveiller en nous ces sentiments. Voilàpourquoi, en parlant d'un tableau, l'on dit qu'il est bien ou mal composé. C'est en effet une composition, c'est-à-dire une réunion de traits, de formes, de couleurs et de mouvements choisis entre mille, en vue de l'effet que l'artiste veut produire.
Avant donc de décrire, il faut avoir pénétré l'intention de l'artiste; c'est dans l'intelligence de la pensée que l'élève trouvera un guide pour sa plume et une règle pour ses jugements.
Après le premier coup d'œil jeté sur un tableau, c'est sur le visage qu'il faut arrêter les yeux, puisque le visage est le plus clair et le plus éloquent interprète des sentiments de l'âme; et, dans le visage, c'est le regard qu'il faut observer d'abord, puisque c'est du regard que jaillit la passion, et par le regard que l'âme sort et se montre au dehors.
Les autres parties du visage accusent et traduisent aussi chacune à sa manière les agitations de l'âme ; les plis du front, les froncements des sourcils, le gonflement des narines expriment la hauteur, le mécontentement, la colère ; les lèvres respirent tour à tour le mépris ou la tendresse. Sans doute l'imperfection des images scolaires ne permet pas toujours de lire ainsi dans les visages ; c'est cependant là d'abord et
surtout qu'il faut' regarder. Le port de la, tête, tantôt droite, rejetée en arrière; tantôt ou penchée en avant, ou inclinée vers Tune ou l'autre épaule, sert à peindre l'orgueil, l'étonnement, l'horreur, rabattement et prescfue tous les sentiments v viennent ensuite les bras et les mains qui sont comme un prolongement de l'âme, et dont le langage a une si incroyable puissance "que souvent un geste est à lui seul un ordre, une menace ou un refus. Enfin le corps tout entier s'accorde avec le geste et le visage, et, par une attitude appropriée, complète la traduction de la pensée et l'expression du sentiment. Quant au vêtement, comme îl se prête aux mouvements du corps, il sert à les accentuer et peut ajouter à la vertu significative de l'attitude et du geste; c'est un auxiliaire qui n'est ni à dédaigner pour l'artiste, ni à négliger pour l'observateur. Voilà donc une série de points sur lesquels oh peut appeler successivement l'attention de l'enfant pour l'habituer à l'observation méthodique : les yeux, le front, le nez, les lèvres, le port de la tête, le geste, l'attitude et le vêtement.
Si l'image représente plusieurs personnages, il faudra faire remarquer à l'enfant comment les personnages sont groupés, chacun à la place qui convient à son rôle, et dans l'attitude qui répond aux sentiments qui l'animent, en commençant par celui qui fait centre dans le tableau, et vers lequel convergent les regards et les mouvements.
Supposons un tableau qui représente la scène vu