CHAPITRE XX
surnage sur ce cours des siècles qui emporte tant de choses. Nous en citons encore qui sentent le vieux, le plus vieux français, qui viennent du fin fond de notre histoire, et dont la verte vieillesse verra bien des siècles encore. C'est là eh effet une des propriétés du proverbe : il est toujours de mode, toujours de saison ; on ne s'en lasse jamais, et, l'eût-on entendu vingt fois, s'il arrive à propos, s'il tombe juste, il fait toujours plaisir ; semblable à ces personnes privilégiées, qui n'ont pas d'ennemis et qui sont toujours bien accueillies partout.
L'explication des proverbes est pour l'enfant une sorte d'initiation à la vie, et un exercice fortifiant et stimulant. A la rue," à la maison, à l'atelier, aux champs, partout le proverbe lui résonne de bonne heure à l'oreille ; mais, il traverse bien des fois l'esprit sans y laisser autre chose que des mots et des sons. G'pst peu à peu que ces mots se garnissent de sens, que ces sons parlent et vivent. Le proverbe n'est acquis que le jour où l'enfant est en état de l'appliquer et surtout de se l'appliquer à lui-même, et d'en faire la preuve à l'aide de sa propre expérience.
C'est à ce point qu'il faut l'amener.
Ces petits exercices sont en quelque sorte à double fin ; ils dégrossissent l'esprit, ils l'aiguisent, ils le trempent, et, d'un autre côté, ils viennent d'euxmêmes prendre place à la suite des petites leçons de raoralef théorique ou pratique que le maître doit
mêler à son enseignement; ils en sont le développement naturel et la confirmation.
En cueillant avec un peu de soin, on arriverait sans trop de peine à composer tout un petit cours de morale en proverbes.
Voyons maintenant comment l'enfant peut s'y prendre pour tirer du proverbe les idées qu'il condense et contient.
Avant de répondre à une question, la première chose à faire est de s'assurer qu'on l'a bien saisie ; de même, avant de développer une pensée, il faut s'assurer qu'on l'a bien comprise, de peur de partir sur une fausse piste, de courir à côté du sujet, de s'échauffer en pure perte. Cette précaution, nécessaire pour tout le monde, l'est à plus forte raison pour les enfants.
Sans être obscur, le proverbe n'est pas toujours si clair qu'on ne puisse s'y tromper. D'abord il dit beaucoup en peu de mots, et il le dit souvent sous forme allégorique ; de plus, pour être compris, il suppose une certaine connaissance de la vie, et un certain état d'esprit.
Quand un proverbe sort d'une situation qui l'a suscité, il se passe de commentaire, il n'a pas besoin de lumière ; c'est lui qui en apporte. Mais lorsqu'au lieu de venir de lui-même, il est amené de vive force, quand il est sans rapport ni avec le moment, ni avec le lieu, ni avec les circonstances, et c'est le cas quand on le prend pour sujet d'exercice, alors il