‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 121 sur 262 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

a toujours je ne sais quel air d'énigme. Peut-on exiger, peut-on raisonnablement attendre que l'enfant voie bien clair dans des proverbes figurés comme ceux-ci :

A toile ourdie Dieu envoie le fil.

Habit de velours, ventre de son.

Sans doute on peut essayer d'en faire deviner le sens; jetée au milieu d'une classe, une question de ce genre peut mettre tous les esprits en mouvement, les stimuler, faire chercher, comme dans ces jeux où Ton se met en quête d'un objet caché, en se guidant moitié par instinct, moitié sur de légers indices fournis par les joueurs. C'est au maître ici à diriger les recherches.

Je veux dire seulement qu'il ne faut pas laisser l'enfant en tête-à-tête avec un proverbe à forme énigmatique. Il en est d'autres au contraire comme ceux-ci :

Précaution vaut mieux que repentir;

Qui a bu boira; dont le sens est si à fleur , qu'il vaut mieux laisser à l'enfant le soin de le trouver et de le fixer. D'une manière générale, on peut considérer le proverbe comme s'il était écrit dans une autre langue que la nôtre et comme s'il avait besoin d'être traduit sous une autre forme.

Cette traduction faite, quel genre de travail demanderons-nous à l'enfant?

Presque toujours le proverbe est une vérité tirée de l'expérience, ou une application de la loi morale,

qui paraît plus ou moins claire, suivant que l'esprit a plus ou moins de rectitude et de maturité. Pour des enfants, même traduit, le proverbe renfçrme encore une certaine obscurité ; la vérité qu'il enveloppe, y est comme flottante, isolée, sans support, j sans attaches et sans racines; il faut donc l'appuyer sur des faits, la rattacher à un principe, la retremper dans sa source, qui est l'expérience ou la raison ; en un mot, il faut la démontrer. . ,

m Cet exercice est excellent sous tous les rapports ; il habitue à l'emploi des deux formes du raisonne- ; ment, l'induction et la déduction ; car si la vérité est j morale, on devra montrer comment el'e découle du principe moral qui est le devoir; si elle est une vérité . d'expérience, on devra passer en revue un certain : nombre des faits d'où elle est sortie et par suite recommencer ou vérifier l'induction qui lui a donné naissance. Deux exemples serviront à montrer la i différence qui existe entre ces deux genres de proverbes et la marche que l'enfant peut suivre dans le

développement qu'on lui demande, et qui est, bien que le mot puisse paraître ambitieux, qui est une petite dissertation.

«Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es ».

Nous demanderons d'abord à l'enfant de traduire cette pensée sous une autre forme; celle-ci par exemple :

« On juge un homme d'après ses relations ou d'après ses amis, » ou bien encore j)ar un autre pro-

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