CHAPITRE XX
verbe dont le sens est analogue : « Qui se ressemble s'assemble ».
C'est là un fait, un fait vrai, partout et toujours. L'enfant n'a qu'à réfléchir un instant, à consulter sa mémoire, à songer aux personnes qu'il voit souvent ensemble, et sa mémoire lui répondra que les honnêtes gens vont avec les honnêtes gens, et les autres avec les autres ; que les ivrognes se réunissent pour boire, les joueurs pour jouer, les braves gens pour bien faire et les gredins pour faire du mal. Il n'aura qu'à regarder autour de lui dans ce petit monde qui pousse sous l'autre comme les rejetons sous les arbres et qui lui ressemble si fort ; il verra que l'enfant sage ne va pas avec les polissons, l'enfant honnête avec les voleurs et les maraudeurs, l'enfant bien élevé avec ceux qui sont grossiers et mal embouchés. Ainsi, passant en revue et rassemblant ses souvenirs, il acquerra la preuve et la conviction que le proverbe a raison, et il aura suivi la série des faits, au bout de laquelle sort l'induction, c'est-à-dire l'affirmation d'un fait généralisé ou érigé en loi.
S'en tiendra-t-il là ?
Non :. ce n'est pas assez de constater un fait, il faut encore en rechercher la cause ; un fait n'est pas compris par cela seul qu'il a été constaté ; et à quoi sert de connaître, si l'on ne comprend pas? Nous demanderons donc à l'enfant de ne pas se borner à donner des exemples, nous lui demanderons des raisons. Les gens qui se ressemblent s'assemblent,
voilà qui est prouvé, mais pourquoi s'assemblentils ? c'est la seconde partie de notre petit travail.
Qu'est-ce qui pousse ordinairement les hommes à se rechercher les uns les autres ? n'est-ce pas le plaisir qu'ils trouvent h être ensemble ou le profit qu'ils en I retirent ? Or quel plaisir un homme vicieux peut-il trouver dans la société d'un homme vertueux?
N'est-il pas clair que sa présence ne peut être pour lui qu'une gêne ou un ennui ? une gêne, car il n'osera ( ou ne pourra faire devant lui ce qu'il se permettrait j seul ou avec ses pareils ; un ennui, car, en suppo- . sant que l'honnête homme s'abstienne de lui faire j des reproches, son silence seul ne sera-t-il pas une \ désapprobation ? Or si l'on se résigne à subir une \ gêne ou une humiliation que les circonstances-imposent une fois par hasard,, on ne va pas de gaieté de cœur à la rencontre ou à la recherche des choses désagréables ; en d'autres termes, si on ne peut pas toujours éviter des personnes qui déplaisent, du moins on ne court pas après, on ne les fréquente pas. Quel plaisir trouverait un ivrogne dans la compagnie d'un homme sobre, un joueur dans la société d'un ennemi du jeu ? Et réciproquement le spectacle d'un vice, d'une passion, n'est-il pas pénible pour celui qui les déteste et les condamne? la seule vue du mal est déjà une souffrance.
Pourquoi donc les hommes qui ne se ressemblent pas s'imposeraient-ils l'ennui d'une fréquentation régulière ? Il n'y a que deux motifs qui nous font