CHAPITRE XX
endurer volontairement les choses désagréables ; ces motifs sont l'intérêt et le devoir.
Si des hommes qui sont foncièrement différents peuvent avoir quelque intérêt à se trouver accidentellement et exceptionnellement ensemble, si leurs professions, leurs affaires peuvent les mettre de temps à autre en contact et créer entre eux des relations utiles aux uns comme aux autres, ces relations, n'étant point volontaires, ne constituent pas une véritable fréquentation, car la fréquentation ou hantise, comme disaient nos pères, consiste dans des relations suivies, nouées par goût et par choix.
D'autre part, le devoir peut-il former ces liens ? En ce qui regarde les malhonnêtes gens, il est peu vraisemblable qu'ils se croient obligés moralement à fréquenter les gens honnêtes, puisque le propre de leur caractère est de ne point agir par le sentiment du devoir. Quant aux honnêtes gens, ils peuvent bien se croire obligés par devoir ou convenance, pour rendre service ou pour ne pas blesser, à subir certains rapprochements de circonstance ; mais ces rapprochements ne sont pas une fréquentation.
Ainsi, nous savons non seulement que ceux qui se ressemblent s'assemblent, mais pourquoi il en est ainsi, pourquoi il ne peut en être autrement; les hommes en effet peuvent bien être momentanément mis en rapport par leurs intérêts, ils peuvent être rapprochés par le devoir, mais ils ne se lient, ils ne
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se recherchent, ils ne se fréquentent que pour le plaisir qu'ils ont d'être ensemble,* et ce plaisir a pour cause la communauté des goûts et des sentiments.
Le proverbe a donc raison': « Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es » ; et l'enfant pourra tirer de sa petite dissertation un utile avertissement pour lui-même ; qu'il y prenne garde, il sera jugé sur ses camarades, et, bonne ou mauvaise, leur réputation s'étendra jusqu'à lui. Qu'il choisisse donc et, s'il s'est trompé daps son choix, dès qu'il s'en est aperçu, dès qu'il a inutilement essayé de ramener dans la bonne voie ses nouveaux camarades,
qu'il n'hésite pas à les quitter.
Ainsi pour les proverbes de ce genre voilà un plan bien simple et facile à suivre : .
1° Fixer le sens du proverbe et définir les mots qui sont nouveaux ou rares, ou dont la signification pourrait échapper à l'enfant, comme le mot hanter,. ou le mot es (qui tu es) ;
2° Prouver par des exemples, empruntés s à i possible, au moins en partie, à la vie scolaire ou aux mœurs de l'enfance, que le fait général énoncé par le proverbe est vrai ;
3° Prouver par des raisons qu'il ne peut en être autrement, ou, en d'autres termes, rechercher lescauses du fait;
4° Conclure et tirer la morale, s'il y a lieu. . Prenons maintenant un proverbe d'un autre genre.