‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 129 sur 262 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

caractère commun, le caractère du genre, tout y est devenu épistolaire.

Quel est donc ce caractère qui fait qu'une lettre est réellement une lettre, qui en est le propre, l'essence? Ce caractère, pour le dire d'un mot, c'est la personnalité. Les enfants n'ont encore qu'une personnalité faiblement accusée, vague, indécise, et c'est pour cela qu'ils ne peuvent guère avoir de style épistolaire.

Je m'explique.

Le propre de la lettre, c'est qu'en la lisant, on reconnaît celui qui l'a écrite, non pas seulement à son écriture ni à sa signature, mais à sa manière de voir, déjuger et de sentir. C'est de la lettre surtout qu'on peut dire : Le style, c'est l'homme ; c'est là en effet que l'homme se montre tel qu'il est, même lorsqu'il essaye de cacher ses sentiments véritables, ou lorsqu'il feint d'avoir les sentiments qu'il n'a pas.

L'enfant n'est pas un homme, mais de l'homme il a déjà quelque chose. Ce qu'il voit, ce qui lui arrive l'affecte d'une certaine manière, et c'est précisément cette manière à lui de comprendre et de sentir qui doit passer et percer dans ses lettres. La note et l'accent personnels : voilà ce qui fait le prix de ces fauches épistolaires.

Aussi ne faut-il prendre, pour sujets de lettres, que ce qui a pu éveiller en lui quelque sentiment, provoquer qaelque jugement. La lettre n'est pas un sac qu'on remplit indifféremment et successivement

de toutes sortes de choses, c'est une image de. l'esprit et uq écho du cœur. Ainsi entendue, elle devient pour l'enfant un exercice d'une utilité à la fois intellectuelle et morale, elle est pour le maître un instrument d'éducation ; il y trouve en effet une source abondante de renseignements précieux sûr le caractère et sur l'âme de l'enfant, et, par suite, des indications sûres pour le condûireret le rendre meilleur.

L'enfant a assisté à une scène, il en* a été le témoin ou l'un des acteurs ; il en a nécessaire-

ment été affecté dans un sens ou dans l'autre ; il éprouve par conséquent le besoin de la raconter à ceux qu'il suppose disposés à l'entendre ; car nos sentiments sont dans notre cœur comme la vapeur dans les vases où l'eau bout, il faut qu'ils s'échappent. La lettre est comme un tube de dégagement pour l'âme et de communication avec celle de nos semblables. J'ai lu des lettres écrites par des écoliers pendant un voyage de vacances ; c'étaient de véritables lettres, c'est-à-dire qu'elles exprimaient des sentiments' personnels, mais tels que des enfants peuvent en éprouver et les rendre, des lettres d'enfants en un mot, et non des reproductions ou des imitations de lettres d'homme, et elles étaient très sensiblement différentes les unes des autres, comme les enfants eux-mêmes. Ainsi ce qui fait la lettre, ce qu'il y a d'épistolaire dans la lettre, c'est ce qui vient de nous, ce qui est nous ; le reste n'est que l'occasion

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