‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 135 sur 262 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

il l'est encore moins de mener deux ou troix chevaux à la fois.

Cherchons donc, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, cherchons, dans quelque exemple emprunté aux maîtres de l'art d'écrire, une méthode qui puisse diriger nos apprentis écoliers.

La mort de Bayard est un fait bien connu des enfants; le chevalier sans peur et sans reproche, blessé au combat de Romagnano (1524), fut adossé à un arbre, près du champ de bataille. Le connétable de Bourbon, traître à son pays, reconnaît Bayard, il s'approche et Fénelon les fait parler en ces termes :

Bourbon. — N'est-ce point le pauvre Bayard que je vois au pied* de cet arbre, étendu sur l'herbe, et percé d'un grand coup! Oui, c'est lui-même : hélas! je le plains; en voilà deux qui périssent aujourd'hui par nos armes, Vandenesse et loi. Ces deux Français étaient deux ornements de leur nation par leur courage. Je sens que mon- cœur est encore touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler. Ah ! mon pauvre Bayard, c'est avec douleur que je te vois en cet état.

Bayard. — C'est avec douleur que je vous vois aussi.

Le connétable de Bourbon. — Je comprends bien que tu es fâché d-e te voir dans mes mains par le sort de la guerre ; mais je ne veux point te traiter en prisonnier : je te veux garder comme un bon ami, et prendre soin de ta guérison comme si tu étais mon propre frère. Ainsi tu ne dois pas être fâché de me voir.

Bavard. — Hé ! croyez- vous que je ne sois point fâché d'avoir obligation an plus grand ennemi de la France ? Ce n'est point de ma captivité ni de ma blessure que je suis en peine. Je meurs : dans un moment la mort vient me délivrer de vos mains.

Le connétable ds Bourbon. — Non, mon cher Bayard, j'espère que dos soins réussiront pour te guérir.

Bâtard. — Ce n'est point là ce que je cherche, et je suis content de mourir.

Le connétable de Bourbon. — Qu'as-tu donc ? est-ce que tu ne saurais te consoler d'avoir été vaincu et fait prisonnier dans la retraite de Bonnivet ? Ce n'est pas ta faute, c'est la sienne ; les armes sont journalières. Ta gloire est assez bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières contre eux.

Bâtard. — Pour moi, je ne puis jamais oublier que vous êtes ce grand connétable, ce prince du plus noble sang qu'il y ait dans le monde, et qui travaille à déchirer de ses propres mains sa patrie et le royaume de ses ancêtres.

Le connétable de Bourbon. — Quoi ! Bayard, je te loue, et tu me condamnes I je te plains, et tu m'insultes !

Bâtard. — Si vous me plaignez, je votfsplains aussi; et je vous trouve bien plus à plaindre que moi. Je sors de la vie sans tache ; j'ai sacrifié la mienne à mon devoir ; je meurs pour mon pays, pour mon roi, estimé *de s ennemis de la France, regretté de tous les bons Français. Mon état est digne d'envie.

Le connétable de Bourbon. — Et moi, je suis victorieux d'un ennemi qui m'a outragé ; je me venge de lui ; je le chasse du Milanais ; je fais sentir à toute la France combien elle est malheureuse de m'avoir perdu en me poussant à bout : appelles-tu cela être à plaindre ?

Bâtard. — Oui : on est toujours à plaindre quand on agit contre son devoir ; il vaut mieux périr en combattant pour la patrie, que la vaincre et triompher d'elle. Ah ! quelle horrible gloire que celle de détruire son propre pays !

Le connétable de Bourbon. — Mais ma patrie a été ingrate après tant de services que je lui avais rendus. Madame m'a fait traiter indignement par un dépit d'amour. Le roi, par faiblesse pour elle, m'a fait une injustice énorme en me dépouillant de mon bien. On a détaché de moi jusqu'à mes domestiques, Matignon et d'Argouges. J'ai été contraint

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