‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 138 sur 262 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

à se venger d'un ennemi et. à faire sentir à la France tout ce qirelle a perdu en le perdant.

« On est toujours à plaindre, réplique Bayard, quand on agit contre son devoir; ah! quelle horrible gloire que celle de détruire son propre pays ! »

Les rôles changent ; le vainqueur est réduit à se défendre, à s'excuser. Madame l'avait traité indignement, le roi l'avait dépouillé de son bien, sa vie même était menacée, que pouvait-il faire ? — Son devoir, répond le mourant, et toutes les excuses du traître viennent se briser contre cette simple réponse.

« Il valait mieux être pauvre, obscur, inutile à tout, que de prendre les armes contre votre patrie. Votre gloire eût été au comble dans la pauvreté et le plus misérable exil. »

Bourbon faiblit, on sent qu'il perd de son assurance, on sent dans sa réponse qu'il commence à avoir conscience de son crime.

« Mais ne vois- tu pas que la vengeance s'est jointe à l'ambition pour me jeter dans cette extrémité? » Nous avançons ; Bayard grandit, Bourbon ne se défend plus que mollement : encore un peu, il va renoncer à la lutte.

Il ne fait plus que se répéter.

« Le roi, balbûtie-t-il, méritait-il de si grands égards ? »

u — Si le roi ne le méritait pas, laFrance entière le méritait. La dignité même de la couronne, dont

vous êtes un dès héritiers, le méritait. Vous vous deviez à vous-même d'épargner la Franee, «dont vous pouviez être un jour roi. »

Cette raison, tirée de son propre intérêt, met fin à sa résistance ; l'aveu tombe enfin de ses lèvres, jl demande .grâce.

« Mais ne sais-tu pas combien les meilleurs cœurs ont de peine à vaincre leur ressentiment ? »

Bayard l'accable et nous l'approuvons, car le traître ne mérite ni pitié ni pardon.

Ainsi d'un bout à l'autre on sent dans ce dialogue comme une sorte de courant qui devient de plus en plus fort, et qui pousse vers la conclusion. Je voudrais qu'il fût imprimé dans la mémoire de tous les enfants de notre France, car il n'est pas seulement une admirable leçon de style, mais une éloquente et chaleureuse leçon de patriotisme.

Ce genre de composition met, comme on le voit, en présence et quelquefois aux prises des caractères opposés : Bayard, c'est le devoir ; Bourbon,. c'est l'intérêt personnel. Cette opposition complète n'est pas absolument nécessaire, surtoutdans des exercices scolaires; mais, quel que soit le sujet du dialogue, il faut qu'on y trouve toujours au moins une différence sensible entre les interlocuteurs dans la manière de voir et de sentir; que cette- différence perce dès le début, et qu'elle s'accentue au fur et à mesure que k conversation avance ; que le dialogue aussi s'anime

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