‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 141 sur 262 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

nable ; or, c'est en somme dans la démonstration que consiste le discours; les développements qu'on peut y ajouter ne sont que des parties auxiliaires.

En parlant du discours, notre intention n'est pas d'introduire à l'école l'exercice oratoire ; il n'y serait pas à sa place. Nous n'avons pas besoin de former des orateurs ; ce n'est pas ce qui manque à notre pays. Mais il n'est pas mauvais peut-être que nos enfants sachent ce que c'est qu'un discours, -afin de ne pas prendre pour de l'éloquence les divagations et les déclamations sonores, et pour des orateurs les énergumènes ou les sots ; il n'est pas mauvais qu'ils sachent à quoi l'on reconnaît la valeur d'un discours, afin de pouvoir plus tard, dans l'occasion, prouver aux grands faiseurs de phrases creuses qu'ils n'ont rien dit après avoir longtemps parlé.

Du reste un paysan, un ouvrier peut avoir sinon à faire des discours, au moins à parler, à exposer, à démontrer quelque chose. Il peut un jour être conseiller de sa commune ou de son arrondissement, membre d'une société de secours mutuels, d'un comité de bienfaisance ou d'une association quelconque; il importe donc qu'il sache exprimer et soutenir une opinion, donner un bon avis, faire prendre un bon parti, et remettre à leur place les brouillons et les parleurs, éternel fléau des conseils petits ou grands. Il ne s'agit donc pas ici du discours oratoire, du discours à effet, mais de l'usage sensé

d'une parole honnête dans les circonstances ordi-

. naires de la vie civile et politique.

Toutes les fois qu'on parle avec suite pour amener quelqu'un à son avis, et surtout pour lui faire prendre un parti, il y a discours. Le but du discours est d'agir sur-la volonté et de la déterminer. Alors même qu'on se borne à prouver une vérité, à démontrer unç erreur, on agit encore

• sur la volonté, puisque nos. actes sont des conséquences de nos jugements et de nos opinions. L'orateur de Ja tribune parle pour décider ses auditeurs à voter ou à repousser une loi ; l'prateur du barreau pour faire acquitter ou condamner un accusé; l'orateur de la chaire pour faire pratiquer la vertu et fuir le vice; l'orateur académique pour amènera l'imitation des hommes dont il fait l'éloge. Mais le domaine de l'éloquence ne se borne pas à ce qu'on appelle les grands genres, politique, judiciaire, religieux, académique; sous des formes plus simples, plus brèves et d'une variété infinie, il est d'un usage fréquent, quotidien, continuel. Celui qui écrit une lettre pour obtenir quoi que ce soit d'un homme influent, dun ami, d'un parent, d'un étranger, d'un inconnu; le père qui s'adresse à son enfant, le maitre

qui parle à son élève pour l'exhorter à se bien conduire, et bien d'autres encore, tous ceux-là, qu'ils le . veuillent ou non, font des discours; ils en font parfois à leur insu, comme M. Jourdain faisait de la prose.

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