‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 154 sur 262 · CHAPITRE XX VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VII

« Par Dieu ! de ton moulin c'est bien être entêté ;

Je suis bon de vouloir t 'engager à le vendre :

Sais- tu que, sans payer, je pourrais bien le prendre?

Je suis le maître. — Vous!... de prendre mon moulin?

Qui, si nous n'avions pas des juges à Berlin. »

Le monarque, à ces mots, revint de son caprice ;

Charmé que sous son règne on crût à la justice,

Il rit ; et, se tournant vers quelques courtisans :

« Ma foi, Messieurs, je crois qu'il faut changer nos plans ;

Voisin, garde ton bien ; j'aime fort ta réplique. »

(Andriedx.)

Nous avons dit que toutes les formes de la pensée pouvaient entrer dans la narration ; en effet, nous trouvons dans le récit d'Andrieux une description, celle du moulin ; un portrait, celui du meunier; des réflexions de l'auteur sur la mésintelligence ordinaire des voisins et sur l'insatiable ambition des rois; deux dialogues, l'un entre le meunier et l'intendant, l'autre entre le meunier et le roi ; ce sont les pièces de la narration, que l'auteur a liées et assorties.

Nous avons dit également que toutes les parties doivent concourir.au but, que les parties sont autant, de moyens différents pour atteindre une même fin. Voyons s'il en est ainsi dans le morceau d'Andrieux. Quel est le but de l'auteur ? C'est évidemment de nous intéresser au meunier, de nous faire souhaiter qu'il triomphe du caprice royal. N'est-il pas clair qu'en nous décrivant le moulin, en nous peignant sa riante situation, qui en fait un rendez-vous de fêtes, l'auteur nous explique par là même l'attachement

de Sans-Souci pour le moulin qui porte son nom ? N'est-il pas clair aussi qu'en nous faisant le portrait du meunier, en nous peignant sa bonne humeur, son contentement, il nous donne une nouvelle raison de cet attachement pour le moulin auquel il doit d'être heureux ?

La description et le portrait vont donc au but.

Mais voici que le roi a trouvé le coteau de son goût, et ce roi n'est rien moins que le grand Frédéric. Il y fait bâtir, et pour son château, mauvais symptôme et de fâcheux augure, il prend d'abord le nom de Sans-Souci. C'est peu, il veut avoir le moulin lui-même. Voilà le meunier et le roi aux prises, c'est une lutte; qui l'emportera? Le pot de terre ou le pot de fer ? L'intérêt a pris naissance, il va croître de scène en scène jusqu'au dénouement.

Avant de mettre les voisins, les adversaires en présence, l'auteur nous dessine en quelques traits le plan du jardin royal. On comprend aisément que plus le moulin contrarie le plan, plus le roi doit tenir à l'avoir. Or, sans le moulin, on sera obligé de

Renoncer à la vue, Rétrécir les jardins et masquer l'avenue.

Il faut donc que le roi l'ait, ce moulin, coûte que coûte. Mais, pour acheter un moulin, un prince n'a pas besoin de se déranger, pas même de s'en mêler ; un intendant y suffit.

Messieurs les intendants, les intendants royaux

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