‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 156 sur 262 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

un berceau. Et cela, il le dit simplement, non sans un grain de malice et. une pointe de hardiesse qui sent son Jacques Bonhomme. Tout à- l'heure il n'était pas bien fixé sur la légitimité des titres de propriété du roi :

Mon moulin est à moi Tout aussi bien, au moins, que la Prusse est ail roi

et maintenant il se permet de rappeler à Sa Majesté qu'il n'est pas le seul à montrer de l'entêtement :

Je suis tranchant peut-être ;

Ne Vétes-vous jamais ?

Il faut vous en passer, je l'ai dit, j'y persiste.

Cela sonne un peu dur à l'oreille d'un prince, et l'on ne saurait s'étonner que Frédéric, d'ailleurs peu endurant de sa nature, s'impatiente et menace. Mais

notre meunier ne perd pas la tête ; il sait qu'audessus du pouvoir royal, il y a un autre pouvoir tutélaire ; les rôles changent : c'est lui maintenant qui menace Sa Majesté d'un bel et bon procès. Tant de confiance en la justice charme et surprend le prince ; sa colère tombe tout d'un coup, il rit, il est désarmé ; Sans-Souci a vaincu le roi.

Qu'on remarque avec quel art l'auteur a préparé le dénouement. Sans-Souci n'était d'abord pour nous qu'un joyeux compère, puis nous avons vu en lui le propriétaire qui connaît son droit, puis l'homme du peuple qui tient tête aux puissants ; mais ce n'était

pas assez ; dans cette dernière scène, il grandit à nos yeux, Fauteur nous montre dans son meunier un fils pieux, un père tendre, et enfin, et c'est ce dernier trait qui avec un prince, et un prince éclairé, devait lui donner la victoire, il nous révèle le citoyen qui a une confiance inébranlable dans la justice de son pays. Voilà comment l'auteur nous a par degrés rapprochés du but, et comment il a rendu peu à peu le dénouement non seulement vraisemblable et naturel, mais presque nécessaire.

Nous avons montré comment dans une narration toutes les parties vont au but. Ces parties n'ont pas toutes une égale importance et par conséquent ne doivent pas être toutes également développées. L'étendue du développement qu'on leur donne se mesure à leur importance relative. Sous ce rapport le récit d'Andrieux est encore un modèle. La description du moulin, le portrait du meunier, les réflexions de l'auteur, le plan du jardin, qui ne sont que des parties préparatoires, sont traitées chacune en quatre ou cinq vers ; le dialogue entre le meunier et l'intendant en compte dix ; la scène entre le meunier et le prince, qui est évidemment la principale, en compte plus de vingt.

Cette comparaison des parties entre elles est très propre à former le jugement; elle préserve aussi les enfants d'un défaut qui leur est ordinaire, celui de s'épuiser hors de propos et de rester à sec quand il faudrait développer abondamment ; celui de s'attar-

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