CHAPITRE XXVIII
Dans renseignement de la géographie, autant et plus peut-être que dans celui des autres sciences, il importe d'associer les deux méthodes. Sans doute, au début, quand on veut faire comprendre la signification des termes géographiques, il faut regarder et prendre autour de soi, dans le milieu où vit l'enfant et s'aider de ce qu'il connaît pour lui donner une idée de ce qu'il ignore. Mais aussitôt qu'il a compris ce que c'est qu'une montagne, un fleuve, une mer, un golfe, une île, etc., comme il doit retrouver partout ces mêmes choses, il faut lui mettre sous les yeux le globe terrestre, afin qu'il y voie son pays en son lieu et place, avec ses proportions véritables, et qu'il ne se fasse pas une idée fausse de sa grandeur. Gardons-nous de croire que sa jeune intelligence soit trop étroite pour pouvoir embrasser le monde et que cette conception de l'ensemble soit au-dessus de ses forces. En réalité, la synthèse nous est aussi facile que l'analyse, et le plus souvent elle la devance. Quand nous sommes en présence d'un site, d'un monument, d'un tableau, c'est l'ensemble qui nous saisit d'abord ou que nous saisissons.
Sans doute notre pays a droit à nos préférences et nous lui devons la première et la plus grande part de nos efforts ; mais, en étudiant la carte de la France, ne la séparons pas de la carte du monde.
Si, en traçant les programmes de l'Enseignement primaire, on n'a pas cru devoir se renfermer dans
les limites de l'histoire nationale, à combien plus forte raison convient-il d'agrandir le cercle des études géographiques, à une époque où chaque nation est unie à toutes les autres par des relations commerciales et diplomatiques; où les peuples même éloignés ont plus de rapports entre eux que n'en avaient autrefois entre elles les provinces d'un même pays. Habituée à être un spectacle au monde, la France n'a que trop perdu de temps à se regarder elle-m^me; c'est au dehors qu'il faut regarder maintenant et dans toutes Jes directions; là est la source des grands enseignements et des leçons salutaires; c'est là qu'on puise une idée exacte de la grandeur et de la puissance relatives des peuples, qu'on apprend à se connaître en se mesurant avec les autres; c'est là que dans les traces d'un passé glorieux'et dans les délimitations récentes dès empires grandissants, on trouve à la fois de quoi tempérer les enivrements de l'orgueil et secouer l'apathie des habitudes sédentaires.
La vue et l'étude de la carte du monde éclaire le patriotisme, elle le préserve d'une confiance et d'une défiance également exagérées, elle corrige les excès d'une vanité et d'une modestie également dangereuses, elle dissipe ces erreurs grossières, qui, une fois répandues dans la masse des peuples, y engendrent ou une témérité' funeste ou une pusillanimité humiliante. D'un autre côté, cette étude forcément comparative, ce tour du monde, cette