‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 161 sur 262 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

'revue des pays et des peuples est de nature à élever l'âme et à inspirer une généreuse confiance dans la force et l'intelligence unies au courage et dans la toute-puissance de la civilisation. Elle démontre en effet que la grandeur des nations est indépendante de l'étendue des pays ; que la puissance intellectuelle et l'influence morale ne se mesurent pas à la puissance matérielle ; que tel coin de terre comme la Judée, la Grèce et Rûme, tient plus de place dans l'histoire que des continents entiers ; elle apprend que la plus petite des cinq parties du monde, l'Europe, en est réellement la plus grande, puisqu'elle a peuplé les Amériques et l'Australie, pris pied sur tous les rivages de l'Afrique, soumis une moitié de l'Asie, semé d'éléments colonisateurs les îles de TOcéanie, pénétré jusqu'au cœur des continents inconnus et atteint en tous sens les confins de . la terre habitable. La configuration et la disposition des pays, leur situation près ou loin des mers, près ou 4oin de l'équateur ou des pôles, révèle encore l'histoire et le caractère des peuples, leurs besoins, leurs goûts et leurs mœurs ; elle explique leur expansion ou leur stagnation, l'activité belliqueuse, aventureuse des uns, l'humeur pacifique, indolente et l'isolement des autres. En un mot, c'est la géographie générale qui nous donne la plus haute et la plus féconde leçon d'histoire universelle.

Étudions donc la géographie avec une curiosité large et compréhensive, à la fois intéressée, patrio-

tique et humaine, pour y chercher les origines des fortunes privées, les causes de la grandeur publique et les progrès de la civilisation. Que nos enfants apprennent à suivre le mouvement de notre commerce et les produits de notre sol et de notre industrie partout où ils arrivent, à reconnaître les sources d'où la production étrangère vient affluer sur nos marchés ; qu'ils apprennent, l'histoire en main, à retrouver sur la carte les traces encore ineffacées des empires coloniaux que nous avons perdus ; qu'ils voyagent en imagination dans les colonies qui nous restent et que nous étendons. Quand cette étude ferait germer en eux le désir de voir un jour ces contrées lointaines, il ne faudrait pas s'en plaindre. Le patriotisme peut être voyageur : le Français qui voyage répand sa patrie par le monde et ne lui est pas moins utile que celui qui reste pour la servir. Qu'ils apprennent enfin a suivre les pas de ces hardis explorateurs, français ou autres, qui, au péril de leur vie, frayent le passage à la civilisation.

S'il y a une ville vraiment faite pour l'enseignement de la géographie, c'est assurément Marseille ; tout y aide, tout y invite à cet utile enseignement, tout y parle des pays étrangers, tout y porte l'imagination vers les régions lointaines : et ces murs couverts d'affiches qui annoncent les départs des bateaux, et ces ports où flottent les pavillons de toutes les nations du monde, et ces quais où s'étalent dans un pit 10-

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