DE L'ENSEIGNEMENT DE LA GÉOGRAPHIE (SUITE
SOMMAIRE. — Progrès de la science géographique dans ces derniers temps. — Changements qui en résultent dans les méthodes d'enseignement. — Ce que c'est que savoir la géographie. — Que cette science est ambitieuse, qu'elle touche et tient à tout, et que le maître doit savoir se borner et choisir. — • Où doit-il s'arrêter ? — De la limite dans la description. — Qu'il doit à propos des lieux fameux rappeler les événements et non les raconter. — Des lectures géographiques* — De la décomposition nécessaire de la carte complète en cartes spéciales. — De l'importance des cartes orographiques et hydrographiques. — De l'ordre dans lequel les cartes spéciales peuvent se succéder. — De la reconstitution par l'élève de la carte générale. — Son utilité.
Dans notre siècle plusieurs sciences se sont développées avec une rapidité qui tient du prodige ; la géographie ne s'est pas seulement développée, elle s'est métamorphosée ; ce n'est plus la science d'autrefois, c'est une science nouvelle, d'un aspect,
d'un caractère et d'un esprit nouveaux. L'enseignement de la géographie change avec elle ; d'aride et de fastidieux qu'il était, il devient vivant et fécond.
Naguère le livre était presque Tunique instrument de celte étude; on ne se bornait pas à le lire, on l'apprenait par cœur, on le transvasait dans la tête; on remplissait la mémoire, mais l'esprit restait vide; la mémoire du reste elle-même se vidait rapidement, car on ne retient bien que ce qu'on a compris, et de tout ce savoir péniblement amassé, il ne surnageait que quelques noms épars, flottant à l'aventure.
Aujourd'hui le livre est réduit au rôle de simple auxiliaire ; on le consulte, on le lit, mais on ne l'apprend plus ; la carte l'a remplacé, c'est-à-dire le monde, l'image du monde; ce n'est plus une étude de mots, c'est l'étude des choses ; ce n'est plus à la seule mémoire que l'on s'adresse, c r est aux yeux qu'on parle et à l'intelligence.
Autrefois savoir la géographie, c'était réciter imperturbablement d'interminables files de noms de lieux, de villes, de fleuves, de montagnes; mais où étaient ces monts et ces fleuves, ces lieux et ces villes, où étaient-ils, qu'étaient-ils, on ne s'en souciait guère, et, mis en présence de la carte, l'enfant, qui savait tout, n'y voyait rien qu'un inextricable réseau de fils entre-croisés ; il ressemblait au voyageur perdu dans une épaisse forêt.
Aujourd'hui apprendre, c'est regarder; c'est pour le commençant mettre le doigt sur les points de la carte où se trouvent les lieux qu'on li» nomme ; c'est remonter ou descendre le cours des