‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 164 sur 262 · CHAPITRE XXIX 28Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX 28Î

fleuves, des rivières ; c'est suivre la ligne de faîte des chaînes de montagnes, ou le tracé des frontières, des routes, des canaux; en un mot, c'est s'orienter, c'est trouver son chemin, c'est voyager par le monde. Savoir la géographie, c'est voir et comprendre; voir les yeux fermés, en imagination, et par conséquent avoir la carte nettement tracée, fortement imprimée dans la mémoire, et, qu'on me passe l'expression, porter le globe dans sa tête; c'est comprendre la raison des choses, les rapports qui existent, étroits et nombreux, entre la disposition des montagnes et la distribution des eaux; entre la constitution du sol et les végétaux qu'il produit, les animaux qu'il nourrit, les industries qu'il alimente; entre le climat d'un pays et les mœurs de ses habitants, ainsi que leurs travaux; entre la configuration du sol et la fixité ou la mobilité de leurs frontières et le caractère pacifique ou belliqueux de leurs relations ; entre la disposition . des lieux et la marche ordinaire des armées ; bref, savoir la géographie, c'est posséder la clef de l'histoire intérieure et extérieure des peuples; c'est connaître non seulement le théâtre du monde, mais aussi le secret des drames qui s'y jouent et des luttes sanglantes ou pacifiques qui s'y livrent depuis des siècles et des siècles.

Comme toutes les sciences jeunes et florissantes, la géographie est ambitieuse, elle tend à empiéter sur ses voisines, à tout attirer à elle et à tout

embrasser ; si on la laissait faire, elle s'érigerait en souveraine et réduirait les autres sciences à la condition de simples vassales.

Ce mouvement, du reste naturel, a besoin d'être surveillé et modéré. La géographie a ses limites, comme les pays mêmes qu'elle enseigne à connaître; son domaine est assez vaste et assez riche pour qu'elle ne cherche pas à l'agrandir par des usurpations. Il ne faut donc pas que la leçon de géographie devienne une sorte de leçon universelle, et qu'à propos d'un lieu, d'une ville, le maître parle de tout ; sans doute il peut, chemin faisant, réveiller le souvenir des événements mémorables et des noms glorieux ; mais là où il n'y a rien à dire, qu'il passe outre, et là où il y a trop à dire, qu'il sache se borner et choisir. En voyage, on ne va pas tout voir, tout visiter; de même dans l'enseignement de la géographie, qui est un long voyage, on n'arriverait jamais au but, si l'on s'arrêtait à tout bout de champ et si Ton dissertait à tout propos. Lé jnaître doit être un guide sûr, expérimenté, qui économise le temps du voyageur et non un cicéfone vaniteux et loquace, qui par amour- propre de clocher grossit démesurément l'importance des choses et allonge indéfiniment son boniment intéressé.

Il est certain que cette science a des tenants et des -aboutissants sans nombre; elle plonge ses racines dans le sol et- par conséquent dans la

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