CHAPITRE XXIX
géologie, dans la minéralogie; elle entre dans le système général du monde et par conséquent elle se rattache à la cosmographie et à l'astronomie; quand elle parle des produits du sol, elle touche h la chimie végétale et à la botanique ; quand elle mentionne les espèces animales qui vivent et prospèrent dans telles ou telles régions, elle se rapproche de la physique et de la zoologie ; par les détails qu'elle donne sur l'agriculture, l'industrie, le commerce, elle se lie à l'économie politique ; par ses procédés d'arpentage et de nivellement, elle entre en rapport avec la géométrie; il n'est pas jusqu'aux arts, comme l'architecture, la sculpture, qu elle ne rencontre, lorsqu'elle arrive à décrire les monuments fameux; quant à l'histoire, elle en e6t ie support, et on la retrouve sous tous les événements ; enfin elle confine et s'amorce à toutes les sciences. On comprend que la tentation soit grande et gurtout fréquente d'enjamber la barrière et d'entrer chez ses voisines.
Où donc le géographe et surtout le maître qui enseigne la géographie doit-il s'arrêter? où est la ligne de démarcation qu'il ne doit pas franchir ?
Un des défauts de l'ancien enseignement géographique, c'était la sécheresse et la pauvreté; le défaut h craindre pour l'enseignement nouveau, c'est la surabondance. Veut-ori* s'en prémunir, il faut se rappeler le but de la science, qui est de faire saisir les causes et les rapports des faits dont l'ensemble
forme l'objet, la matière de la science. La science ne consiste pas dans les faits eux-mêmes, mais dans l'explication des faits. Si donc on a recours à la description, ce qui est indispensable, car avant de faire comprendre, il faut faire voir, et les cartes ne sont que des lignes et des signes et non des images et des tableaux, si, dis-je, on se met à décrire, la description sera sobre et bornée aux traits essentiels, c'est-à-dire aux traits nécessaires à l'intelligence des choses; elle sera plutôt un croquis, un dessin, qu'un tableau, qu'une peinture ; elle sera scientifique et non poétique ou littéraire. Son but n'est pas de plaire et de charmer l'imagination, mais d'instruire en intéressant ; son but n'est pas d'exciter l'admiration, mais d'offrir une représentation exacte des choses. Si l'on décrit un ileuve, entreront dans la description tous les détails qui sont de nature à faire comprendre la nature et le volume de ses eaux, la direction et les accidents de son cours, la forme ordinaire ou accidentelle de son lit, en un mot tout ce qui contribue à expliquer le caractère particulier du fleuve, le rôle qu'il joue, les services qu'il rend, les dommages qu'il cause.
De même si le maître décrit une ville, qu'il n'aille pas se perdre dans les menus détails et nous promener de rue en -rue; qu'il décrive à grands traits, et qu'il choisisse ceux qui feront ressortir la physionomie de la ville, qui expliqueront son importance,