‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 170 sur 262 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

En effet, de quoi s'agit-il avant tout et surtout ? d'arrêter, de fixer dans la mémoire des formes, des contours, des directions, des longueurs, des hauteurs, des largeurs, en un mot des mesures, des situations, des distances; et pour cela que faut-il? des lignes, des traits, des points.

Pour empreindre ces formes dans l'esprit, rien ne vaut le dessin ; parce que, pour dessiner, il faut observer, c'est-à-dire embrasser l'objet dans son ensemble et le décomposer dans ses parties essentielles ; parce qu'il faut comparer ces parties entre elles, et l'objet lui-même avec les objets semblables et voisins ; parce qu'il faut que l'œil aille sans cesse du modèle à la copie et de la copie au modèle, pour arriver par une suite de corrections et de retouches à l'exacte ressemblance, et que ces efforts laborieux et réitérés d'attention, d'observation, de comparaison, d'imitation gravent les traits et les enfoncent si bien et si avant, qu'ils deviennent ineffaçables.

Qui dessine sur le papier, dessine du même coup dans sa tête.

L'on objectera qu'un pareil exercice dépasse les forces des enfants. Il n'en est rien ; c'est une pure question de méthode. Dans les écoles on fait dessiner des objets incomparablement plus difficiles à reproduire que la forme d'un pays ou le cours d'un fleuve. Certaines lettres de l'alphabet, certaines majuscules surtout, ne sont-elles pas d'une

imitation plus laborieuse? cependant les enfants arrivent à y exceller. Le dessin d'ailleurs, rare autrefois dans les écoles, prend pied partout; et pour dessiner, au lieu d'attendre comme autrefois* les dernières années de la scolarité, on commence dès les premières, dès l'école maternelle, où l'on mène de front l'écriture et le dessin.

Le tracé d'une carte, ou d'une partie de la carte n'est qu'une forme du dessin et certainement l'une des plus accessibles aux enfants.

Seulement il faut procéder par degrés, ne donner d'abord à dessiner que des objets simples, une frontière, un cours d'eau, une chaîne de. montagnes, et ne passer à d'autres, que lorsque l'enfant est arrivé à une ressemblance sinon complète, au moins sensible. Quand il aura appris à imiter successivement chaque partie, le moment sera venu de lui faire imiter le tout. 11 est clair que si l'on commence par la fin, et si on lui donne à vaincre à la fois toutes les difficultés, sans lui avoir appris à les surmonter l'une après l'autre, on demande l'impossible et que l'on n'obtient rien.

C'est pourtant ce qui arrive. Combien de fois n'aije pas vu un maître placer une carte sous les yeux de l'enfant et lui dire : « Copie-moi cela. » L'enfant regardait mélancoliquement la carte, ne sachant par quel bout la prendre ; puis, après avoir hésité, comme le temps pressait, il se décidait à copier, Dieu sait comme ! Encore faudrait-il guider sa main novice,

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