CHAPITRE XXX
l'affluent est trop long, il le partagera, comme il a partagé le fleuve, en deux ou plusieurs parties.
Mais, me dira-t-on, voilà bien du temps employé à regarder, à observer, à comparer, et, si nous allons de ce pas, quand arriverons-nous ? Cette lenteur au début est le gage et la condition du progrès. Qu'on veuille bien réfléchir que l'élève ira plus tard d'autant plus vite qu'il aura d'abord été plus doucement. En effet, il ne s'agit pas seulement ici de lui apprendre à connaître comment est construite la charpente d'un pays et comment se forme le réseau de ses fleuves et de leurs affluents ; il s'agit aussi et surtout de le mettre en possession d'une bonne méthode ; de le rompre à la pratique de ses procédés, de telle sorte qu'il arrive à l'appliquer seul et sans secours. Alors il aura vite regagné le temps qui peut paraître perdu. Il faut songer que dans l'étude d'une science quelconque on doit poursuivre un double but : l'acquisition des connaissances et des vérités dont l'ensemble constitue cette science, et le développement des facultés, c'est-à-dire de l'esprit lui-même. Sous ce rapport le choix et l'application d'une méthode, la variété et la sûreté des procédés sont d'une importance capitale, parce qu'ils n'aident pas seulement à comprendre vite et à retenir longtemps, mais parce qu'en exerçant rationnellement l'esprit, ils le rendent de plus en plus apte à comprendre et de plus en plus capable de se diriger lui-même. La force acquise dans l'étude
d'une science rend plus facile, plus rapide et plus sûre l'intelligence de toutes les autres.
Lorsque l'enfant a dessiné les montagnes et les fleuves, le moment est venu de lui faire placer les départements; dans les deux cartes qu'il a tracées successivement, puis combinées, il a toutes les indications nécessaires. Restons dans le bassin de la Seine dont nous venons d'étudier les cours d'eau, et voyons quelles difficultés l'enfant pourra rencontrer.
Chaque rivière lui indique la place d'un département, il reste à les disposer et à les ajuster. Qu'il observe comment chaque département est coupé par le cours d'eau qui lui donne son nom ; il verra par exemple que le département de FYonne renferme presque tout le cours de cette rivière, qui le partage en deux parties à peu près égales ; et que la limite nord-est est à égale distance de l'Yonne et de la Seine ; que le département de l'Aube est coupé en deux parties, non par l'Aube qui lui donne son nom et qui coule plus à Test, mais par la Seine ; que le département de la Haute-Marne est divisé par la Marne en deux parties à peu près égales ; qu'il en est de même de celui de la Marne ; que celui de Seine-et-Marne est traversé par la Marne au nord, et par la Seine au sud, et que presque tout le département est compris entre le fleuve et son affluent; que dans celui de Seine-et-Oise, les trois quarts du département sont au sud de la Seine et que l'Oise
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-coupe par le milieu la partie qui est au nord, et ainsi de suite.
L'observation peut porter encore sur la forme des départements, dont les uns sont presque arrondis •comme l'Aube, les autres plus allongés comme la Haute-Marne, tandis que d'autres se rapprochent «le la forme quadrilatérale comme la Marne et l'Oise, ■et d'autres forment presque des triangles comme l'Aisne et laSeine-Inférieure. En portant son attention sur ces deux points, la manière dont ils sont partagés par leur dénominateur, et la forme dont ils se rapprochent le plus, l'enfant pourra disposer les départements d'un bassin ; car nous ne lui demandons pas une imitation parfaite ; l'a peu près nous suffit. Avec les observations qui précèdent, il ne mettra pas un département à la place d'un autre, et peu à peu il aura le coup d'œil plus juste et la main plus sûre. La méthode d'observation et de comparaison -que je viens d'indiquer et d'appliquer aux fleuves <3st évidemment applicable à tous les signes géographiques. Je me borne à conseiller aux maîtres de ne pas charger et encombrer les cartes de menus détails; trop compliquées, elles prennent un temps infini. À l'école la carte ne doit contenir que ce que l'enfant peut et doit retenir ; le reste est du luxe, et le luxe n'est pas à sa place dans renseignement primaire ; contentons-nous du nécessaire, qui est déjà considérable, et qui, avec le progrès général, s'accroît de. jour en jour.