CHAPITRE XXXI
sent. Sans doute cette société plonge par ses racines dans le passé le plus lointain ; mais c'est surtout l'esprit de réforme et de libre examen du seizième siècle, ce sont les chefs-d'œuvre littéraires et artistiques du dix-septième siècle, c'est la grande croisade philosophique du dix-huitième en faveur du peuple et de l'humanité, c'est le gigantesque effort de la Révolution française pour introduire la justice dans les lois civiles et politiques, c'est le prodigieux essor des sciences historiques, physiques et naturelles au dix-neuvième siècle, qui l'ont créée, développée, affermie.
Apprenons donc à nos enfants par quelles transformations celte société a passé.
Faisons-leur voir par quelle suite de revendications longtemps impuissantes et de souffrances patiemment endurées, nos grands principes de Liberté, d'Égalité, de Fraternité sont enfin arrivés à prévaloir, et comment la législation, les institutions se sont par degrés mises en harmoniç avec ces principes régénérateurs.
Il est bon, sans doute, de connaître le règne de Clovis, de Charlemagne, de Louis XI et de tous les princes qui, par la politique ou les combats, ont constitué le sol de la patrie ; mais il est bon aussi d'apprendre l'histoire de la classe qui, d'abord opprimée, méprisée, s'est, par un labeur incessant de douze ou treize siècles, affranchie, élevée, éclairée, et a fini par absorber dans son vaste sein et
fondre en une démocratie puissante les castes opiniâtres et les hiérarchies réfractaires.
Il ne s'agit pas de passionner l'histoire, et d'y porter l'ardeur des luttes politiques contemporaines, mais de la compléter, de l'éclairer et de donner aux faits dans l'enseignement une place, un rang proportionnés à leur importance.
Jl ne s'agit pas non plus d'élever l'enseignement primaire à des hauteurs inaccessibles ; non, il y a une philosophie de l'histoire, très simple, très claire, et parfaitement à la portée des enfants : c'est celle qui se tire de la comparaison des temps. Elle ne demande pas de longs développements, de hautes considérations, de savantes dissertations ; le gros bon sens la dégage aisément de la seule juxtaposition de6 faits. Mettez le temps présent à côté du temps passé, l'enfant verra bien vite de quel côté est l'avantage. Qu'était la société française avant la Révolution, qu'est-elleaujourd'hui ? En combien de classes se partageait la nation, et comment ces classes se sont-elles fondues dans l'égalité civile et politique ? Comment les juridictions spéciales ont-elles fait place à l'uniformité? Quels étaient les procédés employés dans l'administration de la justice, dans la recherche des crimes, dans les pénalités ? Sont-ils encore les mêmes ? En quels rapports vivaient les diverses religion 8 catholique, protestante, juive, et comment la religion d'État a-t~eile été remplacée par le pri»-