DE LENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
SOMMAIRE. — La leçon d'histoire dans certaines écoles. — Le coup dé ciseaux. — L'histoire en-menus morceaux. — Les fournées. — De la nécessité pour le maître de faire la leçon, livre fermé. — Combien de fois le maître a appris ce qu'il doit enseigner. — Le véritable rôle du livre. — Le maître et le casier du typographe. — Que l'histoire est, de sa nature, infinie, multiple, croissante ; que, pour la saisir et la fixer, Ton peut employer la méthode. actuellement appliquée à l'étude de la géographie. — Avantages de cette méthode : elle renouvelle l'intérêt, elle fixe les souvenirs, elle habitue à grouper les connaissances, à saisir un ensemble, à comprendre la nature et la marche du progrès. — Les questions de rapprochement et de comparaison. — Le cours de l'histoire en aval et en amont.
Dans plus d'une école encore voici en quoi consiste l'ensignement de l'histoire : le maître ouvre le livre et dit : « Vous apprendrez de telle page à telle page ou de telle ligne à telle ligne. » A la classe suivante, l'enfant se lève, récite par cœur ou à peu près, il se rassied, et la leçon est finie. La méthode est simple, comme on voit, et surtout commode pour les maîtres, et point fatigante.
J'en ai connu qui y regardaient de si près, qu'ils
arrêtaient la leçon tout net au beau milieu d'un récit, et coupaient un événement en deux, tout bonnement, comme la chose du monde la plus naturelle. Cette manière de découper ou plutôt de hacher menu l'histoire et de la déchiqueter, n'est pas aussi rare qu'on pourrait le croire; presque partout Thistoire, c'est le livre, et on taille dans le livre plus ou moins grossièrement, à la fortune des ciseaux. Ceux qui en usent le moins mal sont ceux qui font lire ou lisent eux-mêmes à haute voix la leçon qu'ils donnent à apprendre, et qui, chemin faisant, expliquent les mots obscurs. S'ils s'arrêtaient de temps à autre pour ajouter au texte les développements qu'il demande, s'ils terminaient cette lecture expliquée et commentée en la résumant eux-mêmes ou en la faisant résumer, si surtout ils n'entraient jamais dans la leçon suivante sans la rattacher aux précédentes et renouer le fil du récit, si de distance en distance ils faisaient halte pour regarder en arrière, l'étude du livre ainsi entendue ne serait pas sans fruit.
Plus d'une fois, dans les classes, j'ai demandé q« 0D me résumât ce qui avait été vu dans le mois ou dans le trimestre précédents ; presque toujours la que 8 " tion est restée sans réponse. Les souvenirs de l'élevé sont bornés à la leçon du jour ou de la veille î s mémoire ressemble à un four, dans lequel n fournée remplace l'autre, et qui se vide et se remp * tour à tour; de telle sorte que l'enfant n'a ja^ 1