‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 179 sur 262 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

que des morceaux d'histoire dans la tête et non l'histoire elle-même.

Si cet enseignement est ainsi morcelé, émietté, c'est que, pour enseigner l'histoire , il faut la posséder, c'ést-à-dire ravoir tout entière présente à l'esprit, et que bien des maîtres ne la savent pas encore et ne prennent pas la peine de rapprendre. Les plus zélés préparent la leçon du jour, et, la leçon faite, ils l'oublient, comme leurs élèves, et ne songent plus qu'à la suivante. Aussi le champ de leurs interrogations est-il des plus limités; ils n'osent s'aventurer dans l'espace déjà parcouru, et encore moins pousser une reconnaissance, ce qui cependant est toujours utile et souvent nécessaire, en histoire, comme à la guerre. Voilà pourquoi ils ne peuvent renoncer au livre charitable, indispensable* qui vient au secours de leur mémoire défaillante, ou plut&t qui est leur mémoire même.

Cependant il n'y aura pas à l'école d'enseignement historique véritahle r tant que le maître n'aura pas. pris le parti héroïque de brûler ses vaisseaux, c'està-dire ses livres, ou au moins de couper le câble. La suite le fera mieux comprendre.

Ce que nous demandons est-il impossible, est-il même bien difficile ? Nous ne le croyons pas. En^effet, le domaine historique de l'école n'embrasse pas l'histoire universelle, il se borne presque à l'histoire de France. Je sais que ce domaine est vaste encore et que, pour le mieux connaître, il faut plus d'une fois

passer la frontière et entrer chez les peuples voisins. Maisqu'on veuille bien songer combien de fois un maître, même un maître qui débute, a parcouru ce domaine depuis le jour où à l'école maternelle on y guidait ses premiers pas, jusqu'au jour où il a commencé lui-même à devenir un guide; et qu'on nous dise si après quelques années d'un enseignement qui lui impose de refaire en tout ou en partie le trajet tant de fois parcouru, le maître qui aurait seulement pris la peine de retenir et de classer, ne devrait pas être en état de se diriger dans l'histoire de France, comme un propriétaire se promène dans sa propriété, sachant où se trouve telle plante, où pousse tel arbre, où croît telle fleur, et si bien qu'il va droit où il veut et par le chemin qu'il lui plaît de choisir.

Si les instituteurs ne possèdent pas l'histoire et si par suite ils ne peuvent que la faire apprendre sans être en état de l'enseigner, la cause en doit être imputée non seulement à la puissance de la routine et à l'indifférence, mais à l'insuffisance et à la pauvreté des méthodes. Sans doute dans ces derniers temps un progrès s'est accompli ; des livres bien faits ont remplacé presque partout des livres médiocres, et l'enseignement y a gagné ; mais ce sont des livres, c'est-à-dire des instruments, et les maîtres doivent s'en servir pour apprendre euxmêmes et non pour se dispenser d'apprendre.

La grande difficulté, c'est d'ajouter à ses connais-

Page 1