CHAPITRE XXXII
sances sans perdre celles qu'on a acquises, c'est d'apprendre sans oublier, de manière à avoir l'histoire entière sous le regard et sous la main.
L'histoire ne doit pas ressembler à une longue route qui se déroule en ligne droite, dont on ne voit déjà plus le commencement dès qu'on y a fait quelques étapes, mais plutôt à une circonférence, au centre de laquelle on se tient, et d'où l'on embrasse le cercle tout entier.
De même que l'ouvrier typographe saisit vivement dans les cases de son casier les lettres dont il a besoin pour former les mots, les lignes, les phrases de la page qu'il compose, ainsi le maître qui sait l'histoire puise sans hésitation dans le casier de sa mémoire et rassemble sans effort les noms, les dates, les faits qu'il a besoin de rapprocher et de comparer entre eux pour en tirer quelque conclusion, quelque vérité générale, quelque loi historique, ou quelque enseignement moral.
L'histoire est une science d'une complexité infinie et d'une étendue sans bornes ; chaque jour elle s'étend en largeur et en profondeur, elle recule dans le passé vers les* origines du monde, elle embrasse quelque peuple ou peuplade jusqu'aujourd'hui mal connus ou inconnus; chaque jour des efforts nouveaux viennent éclairer quelque point obscur, débrouiller quelque origine, résoudre quelque problème, chaque jour tire du fond des bibliothèques quelque manuscrit ignoré et des
entrailles de la terre quelque monument enfoui ; chaque jour apporte son contingent de faits nouveaux, recueillis par toute la terre, si bien que cette science ressemble à une mer qui, recevant des eaux nouvelles sans rien perdre des anciennes, verrait s'approfondir son lit et s'élargir ses bords.
Pour l'historien de profession lui-même, l'histoire, c'est la mer à boire, que sera-ce pour nous? aussi à l'École primaire a-t-on fait sagement de borner cette étude, et, dans les limites où on l'a resserrée, elle offre encore à l'intelligence des maîtres et des élèves une assez ample matière.
Nous avons vu que la géographie complète contient toute une série de géographies spéciales ; l'histoire, qui est l'humanité même, comprend un nombre bien autrement considérable d'histoires particulières. On peut dire qu'il y a vingt, trente, quarante histoires en une seule, ou, si l'on veut, que l'histoire a mille faces sous lesquelles on peut, oh doit la considérer et l'étudier successivement. Elle est, suivant le point de vue où on se place, tour à tour politique, militaire, administrative, diplomatique, législative, religieuse/morale, commerciale, agricole, industrielle, littéraire, artistique, maritime, coloniale, etc., et chacune de ces divisions, déjà si nombreuses, comporte elle-même de nombreuses subdivisions et ces subdivisions en engendrent d'autres à leur tour. Ainsi les guerres sont ou civiles ou étrangères ; les premières sont